Conf. du 18 octobre 1fiô
servez les malades partout ; vous instruisez non-seulement les riches, mais les pauvres ; non-seulement à vos écoles, mais partout où vous en trouvez l'occasion. Je le dis donc avec tout le respect que je dois à ces grandes religions que j'estime beaucoup : vous devez avoir plus de vertu qu'elles, puisque Dieu demande davantage de vous. Pourquoi encore? C'est qu'étant cloîtrées, elles manquent des occasions de mal faire, et que même, voulussentelles mal faire, la grille, qui est toujours fermée, les enempêcherait ; au lieu qu'il n'y a personne qui aille dans le monde comme les Filles de la Charité, ni qui ait tant d'occasions de se perdre que vous, mes sœurs : en sorte que, s'il ne faut qu'un degré de perfection aux religieuses, il en faut deux aux Filles de la Charité1. »
Voilà leur fin et leur état. Pour accomplir l'un et l'autre, il leur faut, en toutes leurs actions, humilité, simplicité et charité, dans les visites, à l'oraison, à table comme ailleurs. « Hélas ! mon Dieu ! se doivent-elles dire, je ne mérite pas d'aller manger le bien des pauvres, ni d'être dans la compagnie de mes sœurs, puisqu'elles servent les pauvres beaucoup mieux que moi qui ne suis bonne à rien. » Il faut cependant, après qu'on a fait cette réflexion sur son indignité, se relever aussitôt par un acte d'amour de Dieu, et se dire : « Encore que je ne sois pas digne de faire telle chose, je la ferai pourtant parce que Dieu le veut, afin de lui plaire, et parce qu'il désire que je la fasse. »
Semblablement, allant voir les malades, se dire en soimême: « Ah! misérable que je suis, comment oséje aller à ce pauvre, moi qui suis plus malade devant Dieu que lui? Si tant de saintes âmes avaient le pouvoir de le faire, elles s'en acquitteraient beaucoup mieux que je ne fais »;