I. Conf. du 2 novembif
EXPLICATION DES RÉULES. 309
après quoi, ranimer son courage par la pensée suivante: « J'y vais pour l'amour de Dieu. Oh. ! que je suis heureuse d'avoir été choisie pour un si saint emploi ! »
Ainsi, c'est l'intention qui relève et vivifie toutes les œuvres. « On dit d'une certaine pierre qu'on appelle philosophale, que tout ce qu'elle touche devient or. Mes chères sœurs, tout ce que vous ferez, si vous l'accompagnez de ces trois vertus, sera aussi tout changé en or ; et partant, toutes vos actions seront agréables à Dieu et aux anges *■„ »
D'ailleurs, horreur des maximes du monde, amour de celles de Jésus-Christ, a Par exemple, une fille qui a de l'esprit, qui est adroite, gentille, plaît au monde, parce que le monde estime et aime toutes ces qualités. Les enfants de Notre-Seigneur, au contraire, les doivent mépriser, parce que Notre-Seigneur lui-même n'en fait aucun cas. Eh ! comment le Fils de Dieu estimerait-il la beauté du monde, lui qui n'a pas tenu compte de la sienne, quoiqu'il fût la beauté même?... Un jour, parlant à une religieuse, elle me raconta que quelques personnes lui avaient dit qu'elle avait les mains belles ; cela lui faisait grande peine : « Je crains, me disait-elle, que le diable ne me les ait données pour me perdre. » Voyez, mes sœurs, quel sentiment cette fille avait de ses mains et de l'estime qu'on faisait de leur beauté ! Elle était bien éloignée de penser comme celles qui font tout ce qu'elles peuvent pour les bien blanchir. A son exemple, donc,
1. Gonf. du 18 octobre 1655. — Il disait encore de l'intention : « Les habits des princes ne sont pas ordinairement tant estimés pour l'étoB'e dont ils sent faits, que pour les passements d'or et enrichissements de broderies, perles et pierres dont ils sont ornés. De même, il ne faut pas se contenter de faire de bonnes oeuvres, mais il les faut enrichir et relever par le mérite d'une très-noble et très-sainte intention, les faisant uniquement pour plaire à Dieu et pour le glorifier. »
quand on nous loue de quoi que ce soit, craignons que ce ne soit le diable qui veuille nous perdre, et méprisons de telles louanges l. »
Ainsi de la fuite de la pauvreté et de la misère, de la poursuite des commodités de la vie, de la recherche des compagnies et de sa propre satisfaction en toutes choses, et jusque dans la vertu : autant de maximes du monde qui conduisent au mal et gâtent le bien. Tout autres sont les maximes de Jésus-Christ exprimées dans les huit béatitudes : maximes de mortification intérieure et extérieure, de la curiosité des sens et de l'esprit, de la mémoire et de la volonté ; maximes de détachement de tout et de tous, d'indifférence générale en fait et en désirs. Imaginez-vous un homme solidement enchaîné à un arbre, pieds et mains liés. Il ne peut ni se délivrer luimême, ni aller chercher sa vie ; en sorte qu'il va mourir de faim ou être dévoré par les bêtes féroces. Image d'une fille attachée à un emploi, à une compagne, à une robe, à une coiffe, à des poignets qui passent un peu afin qu'on les voie. Elle y pense jour et nuit et ne peut s'en défaire ; elle ne va chercher personne qui la pourrait délivrer et lui donner la vie ; la voilà hors du troupeau et des pratiques de la Compagnie, en grand danger d'être dévorée. « 0 mon Sauveur ! est-il possible que nous ne tâchions pas de nous faire quittes de tous ces liens ? Quoi ! mes filles, un petit oiseau attrapé dans un filet se débat jour et nuit pour s'échapper, et vous, vous serez prises d'une mauvaise attache, et vous ne vous mettriez pas en peine d'en sortir ! L'exemple de cet oiseau vous condamnera au tiibunal de Dieu ! * » Nous ne devons être attachés qu a Dieu seul, qu'à Notre-Seigneur, notre unique Époux.