‹ Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 72 sur 122 · Conf. du 6 juin · texte numérisé non relu

Conf. du 6 juin

Toute autre attache est une sorte d'idolâtrie et d'adultère. A une fille non détachée Dieu ne saurait plus 's'unir qu'une personne vivante à un corps mort ; elle ne fait même plus partie de la Compagnie, car « la Compagnie est comme la mer qui a coutume de rejeter les corps morts et généralement ce qui pourrait l'infecter *. » — Maximes de patience dans les incommodités, les contradictions, les moqueries et les calomnies. Dieu n'est point un tyran, il ne fait souffrir que pour son bien une personne qui le sert, une Fille delà Charité. Voyez le sculpteur qui veut faire une belle image d'une pierre grossière. Il prend son marteau, il frappe dessus à grands coups, de sorte qu'à le voir vous diriez qu'il va la briser entièrement. « Puis, quand il a ôté le plus gros, il prend un marteau plus petit, et le ciseau ensuite, pour commencer la figure avec toutes ses parties. Quand elle est formée, il prend d'autres outils plus délicats pour la mettre dans la perfection qu'il a dessein de donner à cette image, Ainsi fait Dieu. Voilà une pauvre fille de la Charité, ou un pauvre Missionnaire : quand Dieu les retire de la masse corrompue du monde, ils sont encore dans la grossièreté et la brutalité, ils sont cjrame de grossières pierres. Dieu veut cependant en faire de belles images, et, pour cela, il y met la main et frappe à grands coups de marteau ; et comment le fait-il? en leur faisant souffrir tantôt la chaleur, tantôt le froid, puis en allant voir les malades aux champs, où le vent cingle en hiver, et où il ne faut point laisser d'aller par ce mauvais temps. Eli bien ! ce sont là de grands coups de marteau que Dieu décharge sur une pauvre Fille de la Charité ; et qui ne regarderait qu'à ce qui paraît, dirait que cette fille est malheureuse : mais si l'on jette les yeux sur les desseins

i. Conf. du 23 juillet 1656.

de Dieu, on verra que tous ces coups ne sont que pour former cette belle âme. Et lorsqu'après avoir envoyé de grandes peines, tant de corps que d'esprit, et qu'il voit que ce qu'il y avait de plus grossier est ôté de cette âme par le moyen de la patience qu'elle a pratiquée : oh ! pour lors, il prend des ciseaux pour la perfectionner ; il commence à faire les traits du visage, il la pare et l'embellit, il prend plaisir à l'enrichir de ses grâces, et ne cesse jamais qu'il ne l'ait rendue parfaitement agréable. »

Donc, s'abandonner à la conduite de la Providence, comme l'enfant à sa nourrice, dit la règle : « Que la nourrice mette l'enfant sur son bras droit, il y est content ; qu'elle le tourne sur le gauche, il ne s'en met pas en peine, et, pourvu qu'il ait sa mamelle, il est satisfait... Oh ! je sais qu'il y en a parmi vous qui ne demandent autre chose, et qui disent : « Dieu est mon père : qu'il me mette au côté droit, c'est-à-dire à mon aise, ou au côté gauche, qui signifie la croix, il n'importe ; il me fortifiera, je l'espère*.»

Le saint continua ainsi d'expliquer tous les articles des règles. Il insista naturellement sur le service des pauvres. « Votre principal soin, mes filles, dit-il, après l'amour de Dieu et le désir de vous rendre agréables à à sa divine majesté, doit être de servir les pauvres malades avec grande douceur et cordialité, compatissant à leur mal et écoutant leurs petites plaintes comme une bonne mère doit faire, car ils vous regardent comme leurs mères nourricières, comme des personnes envoyées pour les assister. Ainsi vous êtes destinées pour représenter la bonté de Dieu à l'égard de ces pauvres malades. Or, comme cette bonté se comporte avec les

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