Conf. du 23 juillet
affligés d'une manière douce et charitable, il faut aussi que vous traitiez les pauvres malades avec douceur, compassion et amour, car ce sont vos seigneurs et vos maîtres" et les miens aussi. Oh! que ce sont de grands seigneurs au ciel ! Ce sera à eux d'en ouvrir la porte, comme il est dit dans l'Évangile. Voilà ce qui vous oblige à les servir avec respect, comme vos maîtres, et avec dévotion, comme représentant la personne de Notre-Seigneur. Vous ne devez pas oublier non plus de leur dire quelques bons mots, par exemple ceux-ci : «Eh bien ! mon frère, comment pensez-vous à faire le voyage de l'autre monde ? » puis à un autre : « Eh bien, mon enfant, ne voulez-vous pas bien aller voir Notre-Seigneur?» et autres semblables. Il ne faut pourtant pas leur dire beaucoup à la fois, mais leur donner peu à peu l'instruction qui leur est nécessaire, comme vous voyez qu'on ne donne à boire que peu à peu à la fois aux petits enfants qui sont à la mamelle. Or, encore que vos malades soient de grandes personnes, ils ne sont cependant que des enfants dans la dévotion : un bon mot, qui part du cœur et qui est dit dans l'esprit qu'il faut, leur suffira pour les porter à Dieu.
« Voyez-vous, mes sœurs, c'est bien quelque chose que d'assister les pauvres quant à leur corps, mais en vérité ça n'a jamais été le dessein de Dieu, en faisant votre Compagnie, que vous ayez soin du corps seulement, car il ne manquera pas de personnes pour cela ; mais l'intention de Notre-Seigneur est que vous assistiez l'âme des pauvres malades. Voilà votre belle vocation. Quoi ! quitter tout ce qu'on a au monde, père, mère, frères, sœurs, parents, amis, les biens, si on en a, ainsi que son pays, et pourquoi? pour servir les pauvres, pour les instruire et les aider à aller en paradis ! Y a-t-il rien de plus beau et de plus estimable ? Si nous voyions une ni. 18
fille ainsi faite, nous verrions son âme reluire comme un soleil ; nous ne pourrions en envisager la beauté sans en être éblouis. Donnez- vous donc à Dieu pour le salut des pauvres que vous servez l. »
Le service des pauvres est tellement la vocation principale de la Compagnie, que le saint veut qu'on laisse tout pour eux, s'il est nécessaire, tous les points de la règle, et même l'oraison et la messe ; car, comme il répétait sans cesse, « c'est quitter Dieu pour Dieu. » — « Penseriez-vous donc, disait-il, que Dieu fût moins raisonnable qu'un maître qui, après avoir commandé de faire telle chose, et avant qu'elle soit faite, lui en commande une autre qu'il exige à l'heure même ? Oh ! ce maître ne peut trouver mauvais que son valet laisse la première ; au contraire, il doit en être plus content. Il en est de même de Dieu : il vous a appelées en une Compagnie pour le service des pauvres, et, pour lui rendre votre service agréable, il vous a fait donner des règles ; mais si, au temps de les pratiquer, il vous appelle ailleurs, allez-y à l'heure même, et ne doutez point alors que vous ne fassiez sa très-sainte volonté.... Oh ! quelle < i r-olation pour une bonne Fille de la Charité, de penser i <ie se dire à elle-même : « Au lieu défaire mon oraison, ma lecture, je vais assister mes pauvres malades qui m ent, et je sais que Dieu aura pour agréable mon ri ion.» Oh! avec cette pensée, une fille va gaiement partout où Dieu l'appelle2. »
Dans ces admirables conférences, le saint jetait tous les enseignements que les circonstances lui pouvaient suggérer. Il excitait ses filles par les exemples de dévouement qu'elles se donnaient les unes aux autres ; et, tout en les ramenant sans cesse à l'humilité, il ne crai-