‹ Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 78 sur 122 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Origine et institulion des Dames de la Charité.

Aux servantes, aux économes des pauvres, il fallait un fonds pour fournir à tant de dépenses ; et ce fonds, les saintes filles, si pauvres elles-mêmes, ne pouvaient ni le former ni l'entretenir. Elles avaient doue besoin de pourvoyeuses qui, dans leurs propres richesses ou dans leurs opulentes relations, trouvassent les ressources nécessaires pour composer et alimenter sans cesse le trésor des bonnes œuvres ; sorte de fermières générales, recueillant tous les tributs de la charité et toujours prêtes à les affecter au secours de tous les misérables ; en un mot, les Filles de la Charité appelaient pour complément les Darnes de la Charité.

Ce fut l'année 1634 qui vit naître ce nouvel établissement. Vincent revenait d'un voyage entrepris, sur l'ordre de l'évêque de Beauvais, pour visiter des religieuses Ursulines, lorsque la présidente Goussault le vint trouver à Saint-Lazare, et lui proposa une œuvre dont l'idée l'occupait depuis longtemps.

Riche et belle, demeurée veuve à la fleur de sa jeunesse, cette femme admirable, que nous allons voir ici jouer un si grand rôle, avait refusé les partis les plus

avantageux, pour se livrer plus librement à l'exercice d'une éminente charité. Désormais, elle mettra ses richesses et sa personne au service des pauvres ; au milieu du luxe et des relations du monde, elle vivra comme une des Filles de la Charité, dont elle adoptera toutes les pratiques compatibles avec sa condition, et elle mourra en regrettant de n'avoir pas entièrement appartenu à cette sainte Compagnie, et en lui recommandant la fidélité à ses règles, garantie assurée des bénédictions de Dieu sur elle '. En restant dans le monde, elle fit bien mieux qu'en s'engageant dans la Compagnie, car, au lieu d'être une simple ouvrière, elle va devenir, en quelque sorte, ministre de Vincent de Paul au département des affaires extérieures de sa charité.

Donc, un jour de l'année 1634, la présidente Goussault venait proposer au saint prêtre une œuvre nouvelle. Parmi les pauvres qu'elle se plaisait à visiter, étaient les malades de l'Hôtel-Dieu de Paris : c'est qu'elle entrevoyait là l'occasion d'un exercice de charité admirable. Dans ce grand établissement, il passait chaque année environ vingt-cinq mille personnes, de tout âge, de tout sexe, de tout pays, de toute religion. Quelle moisson à recueillir pour Dieu dans ce vaste champ, s'il était bien cultivé ! Mais tant s'en fallait qu'il en fût ainsi aux yeux de la présidente, qui s'était convaincue, dans ses fréquentes visites, que les pauvres y manquaient de bien des secours tant pour le corps que pour l'àme.

Et cependant, depuis quelques années, d'heureux changements avaient été introduits à l'Hôtel-Dieu, grâce à Marguerite Bouquet, dite du Saint-Nom-de-Jésus, qui. entrée au service des pauvres de cet hôpital vers 1613, y avait fondé un noviciat, établi l'ordre parmi les reli-

i. Conf. aux Filles de la Charité du 22 janvier 1045.

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