INSTITUTION DE:- DAMES DE LA CHARITÉ
gieuses et les gens de peine, amélioré la couche et la nourriture des malades, la préparation des remèdes, obtenu la réforme presque entière du règlement. L'Hôtel- Dieu devenait ainsi la maison mère d'un ordre de religieuses qui allaient se répandre de là par toute la France et y porter les nonnes méthodes d'assistance des malades. Couvent en même temps qu'hôpital, l'Hôtel-Dieu ne comptait pas moins de cent professes et de cinquante novices, sous la règle de saint Augustin. H était administré temporellement par une commission laïque, et gouverné, pour le spirituel, à la nomination et sous la juridiction du chapitre de Notre-Dame, par vingt-quatre ecclésiastiques, dont l'un, portant le titre de maître, avait pour fonction de maintenir la bonne discipline dans le service de ses subordonnés. De ceux-ci, quatorze étaient chargés de l'administration des sacrements et des diverses fonctions du ministère, et les neuf autres, qualifiés de chapelains, de chanter l'office canonial ; deux des premiers, appelés vicaires, l'un Allemand, l'autre Irlandais, confessaient les malades de leur nation.
Malgré tout, en 1634, le service de l'Hôtel-Dieu laissait beaucoup à désirer tant au spirituel qu'au temporel, car il est bon de dire que l'organisation décrite tout à l'heure n'était pas encore accomplie, et qu'elle est chie, dans son perfectionnement, précisément à l'intervention des Dames de la Charité.
Après avoir écouté le récit de la présidente Gpussault, Vincent, si bien informé des besoins des pauvres et de ce qui manquait à leur service, ne put s'empêcher de reconnaître la justesse de ses observations et la légitimité de ses plaintes. « Mais, lui répondit-il, il est des maux qu'il faut souffrir, surtout si le remède en devait amener de pires. D'ailleurs, il ne saurait me convenir de mettre la faux en la moisson d'autrui. L'Hôtel-Dieu est gou-
vei'Dé, au spirituel et au temporel, par des directeurs et 1 des administrateurs que j'estime très-sages. Je n'ai ni caractère ni autorité pour empêcher les abus qui peuvent se trouver là comme partout ailleurs. Il faut espérer que ceux qui sont chargés du gouvernement de cette grande maison y apporteront les remèdes nécessaires. »
Quelque sage que fût ce discours, la présidente fut loin d'en être satisfaite. Aussi elle renouvela, multiplia ses instances, sans pouvoir néanmoins obtenir d'autre réponse. Mais, tant de fois repoussée, elle ne se lassa pas de revenir à la charge, avec cette obstination que les femmes portent heureusement dans le bien comme dans le mal. Ne se trouvant plus en force toute seule, elle chercha du renfort auprès de l'archevêque de Paris. Le prélat, après avoir écouté son récit vif et pressant, fit savoir à Vincent de Paul qu'il lui ferait plaisir d'accéder aux propositions de la présidente, et d'établir une Compagnie de Dames qui prissent un soin particulier des malades de l'Hôtel-Dieu.
Sur la parole de son évêque, le saint ne douta plus de la volonté de Dieu. Sans plus de délibération Di de délai, il invita donc quelques femmes de condition et de piété à se rendre au jour marqué chez la présidente. Les dames de Ville-Savin, de Bailleul, du Mecq, de Sainctot et Pollalion furent fidèles au rendez- vous. Presque toutes ces dames appartenaient à la haute magistrature.
Vincent, tout entier désormais à l'œuvre nouvelle, ouvrit l'assemblée par un discours si énergique, en fit si bien valoir le besoin, l'importance et la grandeur, que toutes s'engagèrent à s'y consacrer. Il leur indiqua une nouvelle assemblée pour le lundi suivant, et les chargea d'y inviter toutes celles de leurs amies qu'elles croiraient disposées à entrer dans le même dessein. Par-dessus tou' il les pria de recommander l'affaire à Dieu et de commu