‹ Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 83 sur 122 · Lettre écrite de Fresneville, le 30 décembre · texte numérisé non relu

Lettre écrite de Fresneville, le 30 décembre

commerce que Dieu bénit et qui alimenta la caisse de la charité !

Dire combien le spectacle de femmes de cette condition, assistant les pauvres avec une humilité de servantes, et avec une teDdresse et une grâce dont celles-ci eussent été incapables, charma le peuple et la noblesse ; ce qu'il produisit en aumônes, en prosélytisme, en conversions, serait chose impossible. Dieu seul connaît le nombre des malades qui, touchés d'abord de reconnaissance pour les services rendus à leur infirmité, furent ramenés ensuite à la religion qui les avait inspirés, et passèrent à une vie ou à une mort chrétienne. Qu'on en juge par le seul nombre des conversions ou des retours à la vraie religion. En une seule année, qui fut la première de l'oeuvre, il y eut plus de sept cent soixante abjurations, tant de Turcs blessés et pris sur mer, que de luthériens et de calvinistes. La charité des Dames, les bénédictions dont Dieu les récompensait, mirent l'Hôtel-Dieu en une telle estime, que de riches bourgeois demandaient à y être admis dans leurs maladies, en payant largement leur dépense, à la seule condition d'y être traités comme les pauvres.

Autres œuvres des Dames.

Cette œuvre aussi survécut à saint Vincent de Paul. Après la présidente Goussault, la Compagnie eut successivement pour supérieures mesdames de Soucarière, de Lamoignon et d'Aiguillon. Madame de Lamoignon, née Marie de Landes, s'était mise sous la direction de saint François de Sales dans les voyages qu'il fit à Paris. Après lui, elle s'abandonna à la conduite de Vincent de Paul et prit part à toutes ses œuvres charitables. Quant le peuple

voyait le saint prêtre se diriger vers l'hôtel de la présidente : « Voilà le père des pauvres, disait-il, qui va chez la mère des pauvres *. » Madame de Lamoignon forma une association ayant pour but la délivrance des prisonniers pour dettes et l'assistance générale de tous les prisonniers. L'association compta bientôt non-seulement des femmes et des ecclésiastiques, mais des seigneurs et des magistrats. Elle eut pour premier supérieur de Morangis, maître des requêtes, et pour premiers associés les marquis de Laval et d'Urfé, le vicomte d'Argenson, messieurs de Lavau, d'Ornano, Talon, du Belloy. Tous visitaient les prisons, s'informaient des besoins des prisonniers et délivraient ceux qui méritaient le plus d'intérêt. Le roi y contribuait tous les ans d'une somme considérable, et l'archevêque de Paris payait la rançon du prisonnier qui lui était présenté par l'association le dimanche des Rameaux. L'oeuvre survécut à la pieuse fondatrice : elle existait encore au moment de la Révolution, et, récemment rétablie, elle continue ses soins aux malheureux prisonniers.

C'est ainsi que l'exemple de Vincent enfantait les œuvres charitables. Car, c'est à son école que la présidente avait puisé son ardent amour des pauvres. Chez elle se tint souvent l'assemblée des Dames, et elle fut toujours une des meilleures ouvrières de la charité du i saint prêtre. Aussi, quand il apprit sa mort, arrivée le 31 I décembre 1651, il monta aussitôt en voiture pour l'aller voir sur son ht funèbre. Et, dans le trajet, il ne cessa de déplorer, devant le frère Ducourneau qui l'accompagnait, la perte que venaient de faire l'Eglise et les pauvres *.

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