‹ Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 90 sur 122 · III. «S · texte numérisé non relu

III. «S

dessein projeté. La reine obtint aussitôt et fit expédier, eu 1653, un brevet de donation. Nulle opposition ne' s'éleva, si ce n'est de la part d'un particulier qui se prétendit lésé, et qu'une Dame de l'Assemblée s'offrit de dédommager au prix de 800 livres de rente.

« Nous voilà un logement, dirent alors les Dames ; nous avons déjà quelques fonds, du linge, des ustensiles, et le reste viendra certainement en son temps : pourquoi donc différer davantage ? Invitons les pauvres à venir de bon gré ; et, s'ils refusent, amenons-les de force. N'estce pas leur bien que nous voulons ? et la manière, qu'importe ? »

C'était bien là l'empressement et la volonté si absolue des femmes ; mais ni une telle hâte, ni de tels moyens ne convenaient à Vincent de Paul. Sa lenteur ordinaire ne pouvait emboîter leur pas, et sa mansuétude répugnait à la contrainte. Cependant, comme il fallait ménager des personnes plus recommandables encore par leur charité que par leur naissance, maîtresses de cette œuvre et de presque toutes les œuvres charitables de Paris, coupables seulement, d'ailleurs, d'excès d'amour du bien, il vit les plus influentes chacune en particulier, et les disposa à modérer les ardeurs de leur zèle ; puis, à l'assemblée suivante, il leur tint ce discours, auquel elles étaient désormais préparées : « Les ouvrages de Dieu se font peu à peu ; ils ont leurs commencements et leurs progrès. Quand Dieu voulut sauver Noé du déluge avec sa famille, il lui commanda de faire une arche qui pouvait être achevée en peu de temps ; et néanmoins il la lui fit commencer cent ans auparavant, afin qu'il la fît petit à petit. Dieu voulant semblablement conduire et introduire les enfants d'Israël en la terre de promission, il pouvait leur faire faire ce voyage en peu de jours; cependant plus de quaraute ans s'écoulèrent avant qu'il leur fît la grâce

d'y entrer. De même, Dieu ayant dessein d'envoyer son Fils au monde pour remédier au péché du prermer homme qui avait infecté tous les autres, pourquoi tarda- L-.l tj ois ou quatre mille ans? C'est qu'il ne se hâte point un us ses œuvres, et qu'il fait toutes choses dans leur l< mps. Et Notre- Seigneur, venant sur la terre, pouvait wjiir dans un âge*parfait opérer notre rédemption, sans y i ni ployer trente ans de vie cachée, qui pourrait semj c; superflue. Néanmoins il a voulu naître petit enfant il croître en âge à la façon des autres hommes, pour parvenir peu à peu à la consommation de cet incomparable bienfait. Ne disait-il pas aussi quelquefois, parlant des choses qu'il avait à faire, que son heure n'était pas encore venue ? pour nous apprendie de ne nous pas trop avancer dans les choses qui dépendent plus de Dieu que de nous. Il pouvait même de son temps établir l'Église par toute la terre ; mais il se contenta d'en jeter les fondements, et laissa le reste à faire à ses apôtres et à leurs successeurs. Selon cela, il n'est pas expédient de vouloir tout faire à la fois et tout à coup, ni de penser que tout sera perdu si un chacun ne s'empresse avec nous pour coopérer à un peu de bonne volonté que nous avons. Que faut-il donc faire ? Aller doucement, beaucoup prier Dieu, et agir de concert.

« Selon mon sentiment, il ne faut faire d'abord qu'un essai, et prendre cent ou deux cents pauvres, et encore seulement ceux qui viendront de leur bon gré, sans en contraindre aucun. Ceux-là, étant bien traités et bien contents, donneront de l'attrait aux autres ; et ainsi on augmentera le nombre à proportion que la Providence enverra des fonds. On est assuré de ne rien gâter en agissant de la sorte ; et, au contraire, la précipitation et la contrainte dont on userait, pourraient être un empêchement au dessein de Dieu. Si l'œuvre est de lui, elle

réussira et subsistera ; mais si elle est seulement de l'industrie humaine, elle n'ira pas trop bien, ni beaucoup loin. »

Idées sages et chrétiennes, bien opposées à celles qui vont prévaloir dans le dessein de l'Hôpital-Général.

Du reste, des obstacles vinrent du dehors pour enrayer la marche trop rapide des Dames. Comme on ne pouvait agir, en affaire de cette importance, sans l'autorité des magistrats, on présenta au Parlement, pour y être enregistrées, les lettres patentes de 1653 qui faisaient à l'œuvre donation de la Salpêtrière. Mais plusieurs juges, des plus considérables, effrayés du grand nombre de vagabonds qui erraient dans la ville et les faubourgs, craignant l'émotion que pouvait jeter, parmi ces hommes à tout faire, le projet de les enfermer, et, à plus forte raison, de les contenir sous un même toit dans l'ordre, le travail et l'obéissance, regardèrent le dessein comme chimérique, et refusèrent de l'autoriser. Ni Vincent, résolu désormais, ni la duchesse d'Aiguillon, mademoiselle Legras et les autres Dames de la Charité, ne se tinrent pour vaincus. A force de zèle et de sagesse, ils gagnèrent à leur cause le premier président Pomponne de Bellièvre, d'abord opposé, maintenant tout entier à l'œuvre. Malheureusement, Pomponne de Bellièvre, qui avait succédé à Mathieu Mole en janvier 1656, mourut dès le 13 mars suivant, non sans avoir donné à l'œuvre un contrat de vingt mille écus, et lui avoir légué davantage encore par son testament ; mais son successeur Lamoignon le remplaça aussi dans ses desseins charitables, et, après des conférences, nombreuses il est vrai, l'affaire fut emportée au fond. Restait à en régler la forme, ce qui, — tant les difficultés étaient grandes ! — consuma deux années entières, qui virent naître et mourir mille projets avant celui auquel on s'arrêta. Enfin,

au mois d'avril 1656, Louis XIV rendit le célèbre arrêt par lequel il tentait de reprendre l'œuvre oubliée et restée stérile du défunt roi, son très-honoré seigneur et père d'heureuse mémoire, et de remédier à un mal qui s'était encore accru par la licence publique et par le dérèglement des mœurs.

Il attribuait le non-succès des lettres patentes de 1612 au défaut d'emploi des pauvres dans les œuvres publics et manufactures, au défaut d'appui du gouvernement et d'autorité suffisante de la part des directeurs de l'institution ; enfin, aux malheurs de la guerre et aux désordres qu'elle traîne après elle. Le nombre des pauvres s'était d'ailleurs si fort accru au delà de la créance commune et ordinaire, que le remède s'était trouvé en peu de temps disproportionné au mal. Puis venait le tableau, connu de nous, du libertinage des mendiants et de leurs effrayants excès. Dans un sentiment de reconnaissance pour la visible protection du ciel, le succès de ses armes et le bonheur de ses victoires, Louis XIV, non par ordre de police, mais par le seul motif de charité, se porte en aide aux pauvres mendiants comme membres vivants de Jésus-Christ.

Tel est le préambule de l'édit. L'édit lui-même a pour objet l'établissement d'un hôpital général pour le renfermement des pauvres mendiants de la ville et faubourgs de Paris. 11 s'applique aux mendiants invalides comme aux valides : tous devront travailler selon la mesure de leurs forces. Les lieux d'enfermement désignés sont, outre la Salpêtrière, la Grande et la Petite Pitié, Bicêtre et autres dépendances. L'administration, distincte de celle du grand bureau de charité de la ville de Paris, est confiée à la magistrature, au barreau et à la municipalité ; à la tête sont placés le premier président et le procureur général.

La mendicité est interdite : « Faisons très-expressé-

ment inhibitions et défenses à toute personne de tout sexe et lieu et âge, de quelque qualité, naissance, et en quelque état qu'ils puissent être, valides ou invalides, malades ou convalescents, curables ou incurables, de mendier dans la ville et faubourgs de Paris, ni dans 1rs églises, ni aux portes d'icelles, aux portes des maisons, ni dans les rues, ni ailleurs, publiquement ni en secret, de jour ou de nuit, à peine du fouet contre le contrevenant, pour la première fois, et, pour la seconde fois, des galères contre les hommes et garçons, et du bannissement contre les femmes et les filles. » Les ordres mendiants sont exceptés de la mesure, comme aussi le droit de quête à la porte des églises ou près de leurs troncs est laissé à quelques hôpitaux. Les propriétaires, locataires et leurs domestiques sont tenus de livrer les délinquants à la justice, comme des malfaiteurs. Et pour l'exécution de ces mesures sévères, les directeurs ont non-seulement droit de juridiction, de police et de châtiment dans l'intérieur de l'hôpital ; mais ils possèdent une force armée pour arrêter les mendiants par les rues. Défense est faite de donner aux mendiants, de les loger, à peine d'amende au profit de l'hôpital. Il est enjoint aux officiers de police de ne laisser habiter aucune personne dans leur quartier, qu'il n'ait été constaté qu'elle a des moyens de subsistance ; sont exceptés les pauvres honteux assistés des paroisses ou d'ailleurs, ou ceux que l'Hôpital-Général luimême subventionne à domicile.

La direction spirituelle de l'hôpital est confiée aux prêtres de la Mission, sous l'autorité et juridiction de l'archevêque de Paris, et suivant les règlements délil' par l'administration ; mais le supérieur général des Missionnaires ou son délégué prend place au bureau des directeurs, lorsqu'il s'agit de modifier ou d'appliquer ces règlements.

Après l'instruction religieuse des mendiants, redit pourvoit à leur éducation professionnelle. Dans toute l'étendue de l'hôpital et de ses dépendances, seront fondées des manufactures dont on fera vendre et débiter les produits au profit des pauvres. Pour leur procurer des maîtres, l'édit offre des immunités à tous ceux qui, pendant quelques années, contribueront soit à l'enseignement primaire, soit à l'apprentissage des mendiants.

La dotation de l'hôpital était considérable. L'édit le rend copropriétaire de tous les biens des hôpitaux qu'il embrasse dans sa circonscription ; il lui donne part dans tous les legs et donations faits aux hôpitaux en général, et lui adjuge tous les dons faits aux pauvres sans mention particulière ; il soumet à son profit les communautés séculières et régulières à une taxe proportionnelle ; il donne à ses directeurs droit de quêtes et de troncs en tous lieux ; enfin il lui accorde toutes sortes d'immunités et de privilèges.

Le roi se déclarait conservateur et protecteur de l'Hôpital-Général et de ses dépendances, comme étant de sa fondation royale. Il ordonnait que les panonceaux des armes de France fussent arborés aux portes de ses maisons pour leur servir de sauvegarde. « On aime à voir, a dit un écrivain, la fierté de cette devise : « l'État c'est moi, » appliquée à la charité, et le roi de Versailles appeler les mendiants tes pauvres du roi *. »

Un règlement fut publié en même temps que l'édit. Il porte que les mendiants qui n'appartiennent ni à la ville

1. Dictionnaire d'économie charitable, par M. Martin-Doisy. 4 vol. in-4, Paris, 1857 , tom. IV, col. 936 ; dans la série des Encyclopédies théologiques publiées par M. l'abbé Migne. Nous avons souvent recouru à cet ouvrage pour toutes les questions d'économie charitable. Qu'il nous suffise d'en avoir fait une fois pour toutes la déclaration reconnaissante.

de Paris ni à ses faubourgs, seront renvoyés aux lieux 1 de leur domicile, mais à la condition qu'il y existera des maisons d'enfermement ou des fonds de secours ; autrement, l' Hôpital-Général leur servira d'asile. Quant aux vagabonds et gens sans aveu valides, ils sont refoulés hors de Paris et de sa banlieue : ils deviennent ce qu'il plaît à Dieu et à leurs inclinations vicieuses. Toujours en vertu du règlement, les mendiants, dans l'intérieur de l'hôpital, sont séparés par quartiers, selon la diversité des sexes, des sains et des infirmes, du travail et des manufactures. Ceux qui ont atteint l'âge de seize ans, quelque soit leur sexe, reçoivent personnellement le tiers du prix de leur travail; les deux autres tiers sont dévolus à l'hôpital. Du reste, aux directeurs est laissée la faculté d'une justice distributive pour récompenser et punir.

On a vu que la volonté absolue de Louis XIV, dans le désir d'arriver à l'extinction, non-seulement de la mendicité, mais de l'indigence même, allait jusqu'à une sorte de taxe des pauvres. Le Parlement, dans son arrêt de vérification, ramena l'édit aux vrais principes de la charité chrétienne, et déclara la contribution non plus forcée, mais facultative.

Cependant Vincent de Paul avait remis aux nouveaux directeurs la maison de la Salpêtrière, dont l'investissaient les lettres patentes de 1653, et le château de Bicêtre qui lui avait été donné pour les enfants trouvés. Les constructions nouvelles marchèrent avec une rapidité étonnante, et l'Hôpital-Général put être ouvert dès le 7 du mois de mars 1657. Par un arrêt du Parlement du 18 avril, publié dans Paris à son de trompe, et par une proclamation faite aux prônes de toutes les églises, ordre fut donné aux pauvres de bonne volonté, désireux d'être admis dans le nouvel asile, de se trouver, du 7 au 13 mai, dans la cour de la Pitié, d'où ils devaient être répartis entre

les divisions dont se composait l'Hôpital-Général ; les autres y devaient être conduits de force, et à tous défense était faite de mendier désormais dans Paris. Mesure décisive, qui allait opérer le discernement des bons et des mauvais pauvres, comme on disait alors ; de ceux qui préféraient au travail l'oisiveté et l'aumône, et de ceux qui, indigents par impuissance ou contre leur volonté, ne demandaient pas mieux que de trouver des ressources dans une vie disciplinée et laborieuse. Cinq mille à peine, un huitième de la masse mendiante, furent fidèles au rendez-vous ; les trente-cinq mille autres, au premier son de trompe, ou se cachèrent dans Paris, ou s'enfuirent loin du ressort de la cour auquel s'étendait la mesure, et se répandirent dans les provinces pour y repreudre leurs naoitudes indépendantes, désordonnées et licencieuses. De malades et de languissants, ils étaient devenus valides et agiles tout à coup ; et Jean Loret put écrire :

On n'a jamais vu dans Paris Tant de gens si soudain guéris.

C'était la preuve péremptoire du mal et de la nécessité du remède ; la preuve aussi qu'il n'était pas détruit et qu'il allait réagir contre les efforts de la puissance publique et de la charité. En effet, les mendiants reparurent bientôt dans Paris ; ils s'attroupèrent en grand nombre, et la seule année 1659 les vit jusqu'à huit fois se lever en armes contre le bailli et les archers de l'Hôpital-Général ou contre les officiers de la police. Les arrêts du Parlement, les ordonnances royales, les condamnations se succédèrent contre eux pendant tout le règne de Louis XIV, et jusqu'au milieu du xvme siècle, où Ton voit naître l'institution des dépôts de mendicité, que Napoléon généralisa et étendit à toute la France. Néan-

moins, l'œuvre de Louis XIV, grâce à des aumônes considérables ', eut l'effet qu'il s'en était promis, comme il le jeconnut dans son édit de 1662. Cet édit nous montre « la capitale soulagée de l'importunité des mendiants; les enfants des pauvres nourris à la piété chrétienne, instruits aux métiers et ouvrages, en attendant que dans l'hôpital il y ait des lieux et des ouvroirs pour de plus grandes manufactures. » En cinq années, suivant une déclaration du Parlement de janvier 1663, « plus de soixante mille pauvres ont trouvé, dans l'Hôpital-Général, de la nourriture, des vêtements, des médicaments ; de plus, à tous les ménages nécessiteux des portions ont été distribuées, en attendant que la maison leur puisse être ouverte. » C'est une moyenne de vingt mille pauvres par année, et telle fut, en effet, désormais, la population ordinaire de l'Hôpital-Général.

L'établissement de cette maison fut donc un service immense rendu à Paris ; ce fut encore un service pour tout le royaume, car bientôt les principales villes, excitées par Louis XIV, en adoptèrent le système. Aussi partout on vit ce que saint Jean Chrysostôme en son temps avait si ardemment désiré de voir, ce qu'il s'était vainement efforcé de procurer à sa ville patriarcale ; ce qui aurait pénétré, disait-il, son cœur de consolation et de joie : les pauvres logés, nourris, soulagés en commun dans leur corps et dans leur âme. Ne nous étonnons donc pas que tous les contemporains, historiens, poètes, magistrats, prêtres, religieux, laïques, aient célébré à l'envi ce vaste et superbe édifice ; cet hôpital, « un des plus grands ouvrages du siècle » ; « ce grand chef d'œuvre, le plus grand, le plus merveilleux ouvrage

l Le cardinal Mazarin y contribua do 100,000 livres ea un jour, et de r.o.OOOà sa mon.

qu'ait jamais entrepris la charité la plus héroïque ; » « le plus bel établissement que l'on ait vu dans tous les siècles passés. » Ainsi parlent Fléchier, Patru, le P. Lalemant et le Parlement lui même qui d'abord en avait trouvé le dessein chimérique ; ainsi parle surtout Bossuet, la grande voix du siècle, qui devait son tribut à cette merveille de son temps, tribut, en effet, qu'il lui paya plus d'une fois en puissantes paroles qui durent faire jaillir des trésors. On trouve dans ses Œuvres deux abrégés ou précis de sermons prêches à l'Hôpilal-Général. « Sortez un peu hois de la ville, s'y écrie-t-il, et voyez cette nouvelle ville qu'on a bâtie pour les pauvres, l'asile de tous les misérables, la banque du ciel, le moyen commun assuré à tous d'assurer ses biens et de les multiplier par une céleste usure. Rien n'est égal à cette ville ; non, ni cette superbe Babylone, ni ces villes si renommées que les conquérants ont bâties... Là, on tâche d'ôter de la pauvreté toute la malédiction qu'apporte la fainéantise, de faire des pauvres selon l'Évangile. Les enfants sont élevés, les ménages recueillis, les ignorants instruits reçoivent les sacrements1. » Nourri de la lecture des Pères, Bossuet, sans doute, se souvenait, dans cette belle apostrophe, de celle prononcée par saint Grégoire de Nazianze en célébrant l'hôpital fondé par saint Basile dans Gésarée, sa ville épiscopale : « Si vous sortez de Césarée vous y verrez comme une nouvelle ville : la demeure de la charité, le trésor commun de tous les riches ; où la misère paraît heureuse et est soufferte avec joie, et où une voie courte est ouverte à tous vers le salut. »

Mais c'est le 29 juin 1657, que Bossuet dut enrichir l'Hôpital-GénéraL lorsqu'il y prononça son panégyrique de saint Paul, cette merveille de l'éloquence chrétienne.

i. Œuvres, tom. XIII, p. 248.

L'hôpital n'était ouvert que depuis quelques mois,et les seules dépenses de premier établissement avaient épuisé toutes les ressources. Les pieuses dames qui avaient conçu et mené à terme cette grande entreprise, et qui, chaque semaine, s'assemblaient pour en assurer la durée, crurent que des réunions de charité produiraient d'abondants secours, grâce à cette chaleur sympathique qui réchauffe et féconde les cœurs assemblés, et elles invitèrent Bossuet, dont la voix retentissait depuis quelque temps dans la capitale avec un éclat inouï, à leur prêter le concours de son éloquence. En un tel lieu, ayant à célébrer saint Paul, Bossuet ne parla que des puissantes infirmités de l'Apôtre, et, dans sa péroraison, en faisant l'application à son auditoire, il s'écria : « Ne voulez-vous pas, chrétiens, imiter un si grand exemple ? Que d'infirmes à supporter, que d'ignorants à instruire, que de pauvres à soulager dans l'Eglise...! Mais jetez encore les yeux sur les nécessités temporelles de tant de pauvres qui crient après vous. Ne semble-t-il pas que la Providence ait voulu les unir ensemble dans cet hôpital merveilleux, afin que leur voix fût plus forte, et qu'ils pussent plus aisément émouvoir vos cœurs ? Ne voulez- vous pas les entendre, et vous joindre à tant d'âmes saintes, qui, conduites par vos pasteurs, courent au soulagement de ces misérables ? Allez à ces infirmes, mes frères, faites-vous infirmes avec eux ; sentez en vous-mêmes leurs infirmités, et participez à leur misère. Souffrez premièrement avec eux, et ensuite soulagez- vous avec eux, en répandant abondamment vos aumônes. Portez ces faibles et ces impuissants ; et ces faibles et ces impuissants vous porteront après jusqu'au ciel l. »

Que durent produire ces paroles d'or, si elles furent payées leur juste prix ! ces paroles prononcées dans une

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