‹ Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 92 sur 122 · HÔPITAL DE SAINTE-REINE · texte numérisé non relu

HÔPITAL DE SAINTE-REINE

longs siècles, attirent un grand nombre de pauvres et de pèlerins, non-seulement de la Bourgogne, mais de plusieurs autres provinces : ce sont les eaux et le tombeau de sainte Reine, vierge et martyre. Un bourgeois de Paris, nommé des Noyers, y fit un pèlerinage avec sa femme, vers Tannée 1658 *.

Il fut douloureusement surpris d'y voir un tas de malheureux, qui, après les fatigues du voyage, étaient réduits, faute d'hôtellerie chrétienne, à coucher sur la terre nue, soit dans quelque grange, soit même dans les rues du village, où les injures de l'air leur causaient quelquefois des maladies plus funestes que celles dont ils étaient venus demander la guérison aux eaux médicinales et à la sainte patronne. Mais, chose plus triste, ils n'étaient pas moins abandonnés pour l'âme que pour le corps, et, dans leurs souffrances, à la dernière heure, ils étaient privés de toute consolation religieuse. Ainsi, à nul point de vue, ils ne trouvaient là l'homme de l'Évangile, pour les plonger dans la piscine où. ils auraient recouvré la santé physique ou la santé morale. Aussi, en grand nombre, ils périssaient misérablement, en quelque sorte abandonnés de Dieu et des hommes.

De retour à Paris, des Noyers raconta son voyage à un prêtre de la Doctrine chrétienne, son directeur, et lui soumit son pieux dessein d'aller s'établir avec sa femme à Sainte-Reine, et d'y mettre leur bourse et leur personne au service des pèlerins les plus malades et les plus pauvres. Leur exemple toucha quelques personnes charitables, qui s'unirent à eux de corps et de biens, et commencèrent la bonne œuvre. Mais ils ne tardèrent pas

1. Il ne faut pas confondre ce des Noyers avec le secrétaire d'État dont nous avons parlé plus d'une fois: celui-ci, devenu veuf, entra dans la Congrégation de la Mission, en qualité de frère coadjuleur, et mourut à Tréguier en Bretagne, en 169o.

à reconnaître qu'elle dépassait leurs forces. Où loger tant d'infirmes, tant de mendiants ? 11 fallait une maison vaste et commode, et ils n'étaient pas assez riches pour la bâtir.

Dans cet embarras, ils songèrent, comme tant d'autres, au grand intendant des a /[aires de la Providence, à Vincent de Paul, et ils lui députèrent des Noyers et quelques-uns d'entre eux pour en conférer avec lui. Arrivés à Paris, ceux-ci lui exposèrent l'état des choses, et lui demandèrent l'appui de ses conseils et de son crédit. Le saint vieillard loua leur dessein, mais il en sentit toute la difficulté. Dans des temps meilleurs, un de ses plus illustres et de 8es plus dignes coopérateurs, le baron de Renti, avait eu la même pensée, sans avoir pu réussir à l'exécuter. Néanmoins, il crut que Dieu voulait peut-être la réaliser par des instruments plus faibles, et contre toute espérance, pour s'en réserver la gloire, et il engagea des Noyers et ses compagnons à le consulter dans une retraite spirituelle. De son côté, il pria. Quand la conférence fut reprise après la retraite, il les interrogea de nouveau, et, sur leurs réponses, il leur déclara hardiment que leur dessein était du ciel, et qu'il fallait l'entreprendre.

Restait à déterminer les moyens d'exécution. Une après-dînée tout entière fut consacrée à en délibérer - Devait-on commencer avec le petit ionds déjà réuni, ou attendre de plus abondantes ressources? Vincent écouta en silence la discussion ; puis, d'un ton de voix ferme et religieux : « Déni soit Dieu ! s'écria-t-il tout à coup ; il veut assurémentcet ouvrage. Ayez confiance en aa bonté, espérez tout de sa Providence. Mettez promptement la main à l'œuvre et jetez les fondements d'un hôpital, sans vous mettre en peine d'autre chose que de bien servir les pauvres. Dieu fera le reste. Rapportez tout à sa gloire,

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