PREMIERS ESSAIS DE RÉFORME. L'ORATOIRE
missions, de ministère paroissial, et surtout, comme semblait l'avoir craint Bérulle, de la conduite d'une multitude de collèges. Dans ses demandes de bulles d'institution, Bérulle avait exclu l'instruction de la jeunesse dans les belles-lettres, et ce fut le pape qui refusa d'adopter une telle restriction. Ce qui n'était qu'un accident ou qu'un accessoire dans ses œuvres devint bientôt son œuvre principale.
Mais à l'Oratoire restent la gloire et le mérite d'avoir formé les premiers et les plus célèbres instituteurs du clergé : Eudes, qui le quitta, lorsqu'il le vit infidèle à sa vocation, pour établir la société des Eudistes, consacrée à la direction des séminaires ; Vincent de Paul, que nous avons vu lui demander communication de son esprit sacerdotal ; Adrien Bourdoise, dont nous allons faire connaître les services ; et enfin Jean-Jacques Olier, le plus grand ouvrier de l'œuvre du clergé après Vincent de Paul.
Tel est le véritable honneur des premiers prêtres de l'Oratoire, « de ces hommes apostoliques, — disait Bourdoise, qui avait séjourné trois mois avec eux, — destinés, comme d'autres Noé, à repeupler notre Église, après le déluge de maux des siècles précédents ; et qui, en effet, ont été comme les prémices de tant de saintes familles qui se sont élevées depuis dans ce royaume. »
Au P. de Gondren, qui, suivant Bérulle, « avait reçu l'esprit de l'Oratoire dès le berceau », appartient surtout l'accomplissement de cette seconde part de sa vocation. Gondren, le grand homme et le véritable saint de l'Oratoire français, comprit plus tôt et mieux que personne la nécessité urgente de la réformation du clergé, et le rôle qu'était appelée à y remplir la congrégation dont il fut le second général. On s'étonne d'abord qu'avec cette vive intelligence et ce profond sentiment des besoins de l'É-
-lise, il n'y ait appliqué directement ni sa personne ni les siens ; mais, dans les élus de Dieu, il faut supposer, outre une vue plus claire du présent, la seconde vue de l'avenir. Sans aucun doute, Gondren eut le pressentiment, plus ou moins net et réfléchi, de la chute prochaine de sa congrégation dans les erreurs du jansénisme. Il entrevit, par conséquent, que l'Oratoire, chargé lui-même de l'éducation du clergé, n'ouvrirait en France à l'esprit sacerdotal qu'une source infectée ; qu'il devait donc, par une sorte de dérivation, communiquer à d'autres sa grâce pendant qu'elle était pure encore.
Car, répétons-le, Condren était un saint, c'est-à-dire un voyant. Bérulle lui-même se prosternait en passant devant sa chambre pour baiser la trace de ses pas, et écrivait à genoux ce qu'il lui avait entendu dire. Vincent de Paul, au rapport d'Olier, disait de lui : Non est inventifs similis Mi ; et, quand il apprit sa mort, se jetant à genoux et se frappant la poitrine, il s'accusait , les larmes aux yeux, de n'avoir point honoré ce saint homme autant qu'il méritait de l'être. Témoignage plus étonnant ! sainte Chantai, la fille de saint François de Sales, semblait le mettre au-dessus même de son vénéré père, lorsqu'elle disait : « Si Dieu a donné à l'Eglise notre bienheureux fondateur pour instruire les hommes, il me semble qu'il a rendu le P. de Condren capable d'instruire les anges. »
Le P. de Condren s'attacha donc à former des héritiers de la grâce dont l'Oratoire s'allait rendre indigne. Il se déchargea sur d'autres de la direction supérieure des collèges et d'une partie de son administration générale, pour s'occuper des ecclésiastiques en qui il découvrait vocation pour l'œuvre du clergé. Parmi tous il distingua Olier et ses premiers compagnons : Caulet, connu alors sous le nom d'abbé de Foix, et plus tard cvêque de