‹ Saint Vincent de PaulChapitre 108 sur 159 · FERMETÉ ET CHARITÉ, ETC · texte numérisé non relu

FERMETÉ ET CHARITÉ, ETC

nion de ceux qui ne veulent pas signer soit véritable ; rien qui détruise le sentiment de ceux qui sont persuadés qu'un chrétien est obligé de suivre les décrets et les déclarations de l'Église. Il faut demeurer ferme et mourir dans cette conviction ; et les raisons contraires ne valent pas la peine d'être écoutées... » — « Je le laissai dans ces sentiments, continue le réformateur de la Trappe ; je sais qu'il en changea depuis : mais je sais aussi de quelle adresse, de quels artifices on s'est servi, et quelle diligence a été faite pour l'y porter. »

On conçoit donc que, malgré le refus de signer la lettre au Pape, Vincent ait continué à entretenir de bonnes relations avec l'évêque d'Alet, qui, au fond, était encore fidèle, et qu'il l'ait invité plusieurs fois à faire les entretiens des ordinands à Saint-Lazare. Il n'était plus, lorsque Pavillon tomba, et il n'eut pas la douleur d'être le témoin de la chute d'un homme qu'il avait formé avec tant de soins et qu'il avait tant aimé. Pavillon sembla attendre la mort de Vincent de Paul pour se déclarer contre le formulaire. Il persévéra jusqu'à la fin dans sa rébellion, et fit la fortune du parti par sa grande réputation de vertu. Son ami, l'évêque de Pamiers, avait songé à se séparer de lui, à cause de son inclination pour les novateurs ; il ne crut pas devoir rompre aussitôt, même après les lettres de Pavillon contre le formulaire, se flattant de le ramener par la voie de la persuasion et de la douceur. Ce fut lui qui fut entraîné dans le schisme et l'hérésie, et il en vint à un tel point d'aveugle obstination, qu'il ne craignait pas de s'appliquer les paroles de saint Paul : Miser icordiam a Deo consecutus sum, ut sim fidelis. Désormais, Arnauld fut pour lui l'apôtre suscité de Dieu pour la défense de la vérité, et il vit toujours son oracle dans Pavillon, qu'il assista à la mort et dont il prononça l'oraison funèbre.

Certes, ce n'est pas Vincent dont la droiture et la simplicité, tant célébrées par Bossuet, eussent, nous ne disons pas imaginé, moins encore adopté, mais soupçonné dans les autres cette duplicité et ces subterfuges hypocrites. Il fallut peut-être qu'on lui ouvrît les yeux sur ce qu'il n'aurait pas vu de lui-même. Hallier et Lagault, restés à Rome, l'informèrent d'abord de ce qu'il y avait de coupable et de ridicule dans les tergiversations des jansénistes, refusant de reconnaître que les cinq propositions fussent dans YAugustinus, et qu'elles eussent été condamnées dans le sens de ce livre. Ensuite, après l'avoir félicité de la charité qui le portait à ramener les jansénistes à la soumission in spiritu lenitatis, et du succès qu'il avait déjà obtenu auprès de plusieurs, ils l'engagèrent à user de la plus grande fermeté. Douceur et respect envers eux, à la bonne heure, lui dirent-ils ; mais il ne faut ni les employer, ni les conserver dans des places où ils pourraient semer leurs erreurs, à moins qu'ils ne témoignent un véritable repentir. Défiez- vous, ajoutaient-ils, de ceux qui, après avoir enseigné le jansénisme, prétendent n'avoir rien enseigné qui soit condamné par la balle pontificale. Gens très -pernicieux à l'Église que ces hommes qui, pour écarter le vrai, l'unique point de la censure, ont recours à la distinction de divers sens ridicules et chimériques ! Quand il s'agit de conserver la pureté de la religion, soyons roides et ne plions jamais. La plus grande prudence est de n'avoir aucune condescendance pour les personnes au péril des vérités catholiques et des âmes simples. On sait à Rome, et on sait certainement, qu'il y a en France bien des gens disposés à la révolte. Il est à craindre que la soumission de quelques-uns ne soit qu'extérieure, d'autant plus que la dissimulation est ordinaire aux hérétiques, ainsi que le témoigne saint Jérôme : Hxresis semper

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