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aidant. — Quoi donc ! me direz-vous, défendez-vous qu'on dispute de ces matières ? — Je réponds qu'oui, et qu'on n'en dispute point céans pour tout. — Mais quoi ! désirez-vous qu'on n'en parle point à la Mission de Rome, ni ailleurs ? — C'est à quoi je prie les officiers de tenir la main, et de donner pénitence à ceux qui le feront, si ce n'est au cas que j'ai dit.

« Et pour ce que vous me dites, Monsieur, qu'il faut laisser chacun de la Compagnie d'en croire de ces matières ce qui lui semblera : 0 Jésus, Monsieur, il n'est pas expédient qu'on soutienne diverses opinions dans la Compagnie ; il faut que nous soyons toujours unius labii ; autrement nous nous déchirerions tous les uns les autres dans la même Compagnie. — Et le moyen de s'assujettir à l'opinion d'un supérieur ! — Je réponds que ce n'est pas au supérieur qu'il se soumet, ains à Dieu et au sentiment des Papes, des conciles, des saints ; et si quelqu'un ne voulait pas déférer, il ferait bien de se retirer, et la Compagnie de l'en prier. Beaucoup de Compagnies de l'Église de Dieu nous donnent l'exemple de cela. Les Carmes Déchaussés, dans leur chapitre qu'ils tinrent l'année passée, ordonnèrent que leurs professeurs en théologie enseigneraient les opinions anciennes de l'Eglise, et agiraient contre les nouvelles. Chacun sait que les R. P. Jésuites en usent de la sorte ; comme, au contraire, la congrégation de Sainte -Geneviève ordonne à leurs directeurs de soutenir les opinions de saint Augustin, ce que nous prétendons faire aussi, en expliquant saint Augustin par le concile de Trente, et non le concile de Trente par saint Augustin, pour ce que le premier est infaillible, et le second ne l'est pas. Que si l'on dit que quelques papes ont ordonné que l'on croira saint Augustin à l'égard des choses de la grâce, cela s'entend au plus des matières disputées et résolues alors ; mais

comme il s'en fait de temps en temps de nouvelles, il faut s'en tenir pour celles-là à la détermination d'un concile qui a déterminé toutes choses selon le vrai sens de saint Augustin, qu'il entendait mieux que Jansénius et ses sectateurs.

« Je vous supplie, Monsieur, dit Vincent en terminant, de communiquer ma lettre à M. Aimeras (qui était alois à Rome) et à ceux que vous jugerez à propos de la Compagnie, à ce qu'on voie les raisons que j'ai eues d'entrer dans les sentiments anciens de l'Église et de me déclarer contre les opinions nouvelles, et que nous demandions à Dieu, et que nous fassions tout ce qui sera en nous, pour être cor unum et anima una, en ce fait comme en tout le reste. Je vivrai dans cette espérance et aurais une affection que je ne vous puis exprimer, si quelqu'un, quittant les vives sources des vérités de l'Église, se fabriquait des citernes des opinions nouvelles. »

Application à sa Compagnie.

Ce programme fut précisément celui que Vincent suivit, dans la direction de sa Compagnie, après comme avant la bulle d'Innocent X. Si telle était sa résolution avant les décisions de la Sorbonne, des évêques et du Saint-Siège, comme il le dit dans une lettre à Get, supérieur de Marseille, du 22 septembre 1656, quelle dut-elle être ensuite, et après l'ordre exprès qu'il avait reçu de Rome ?

D'abord, en toute circonstance, il mettait sous les yeux

des siens le bonheur de la soumission et l'état affreux de

l'âme révoltée. « Je connais deux personnes qui pendant

assez longtemps ont vécu en saints, faisaient beaucoup

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d'aumônes aux pauvres, lesquelles, pour s'être laissé aller à quelques nouvelles opinions du temps, y ont si fort et tellement attaché leur esprit et leur pauvre cervelle, qu'il n'y a pas eu moyen jusqu'à présent de les en pouvoir retirer, quelques raisons que l'on ait pu alléguer ; ils ne sauront se tirer de cet état, quoi qu'on leur dise, tant il est vrai que cet état est horrible, et je vous avoue que je n'ai jamais vu chose aucune qui m'ait mieu,T fait connaître au naïf l'image de l'enfer que cela. Oh ! déplorable et malheureux état î Vouloir plutôt croire sa misérable cervelle, un faux jugement, que non pas se soumettre à ce qui a été ordonné par le pape ! Je le répète encore, je ne sache jamais avoir rien vu qui m'ait si bien représenté l'état de l'enfer que cela l. »

Nous avons un beau témoignage de sa fermeté, de son zèle sans accommodement pour la doctrine de l'Église dans une conversation rapportée par Abelly. Un homme d'honneur et de mérite, ébloui des vertus apparentes de quelques gens du parti, se faisait un scrupule de les condamner. Il vint trouver Vincent à Saint-Lazare, etlui demanda s'il n'y avait pas' moyen de modérer la chaleur avec laquelle on pressait les gens de Port- Royal : « Quoi ! lui dit -il, veut-on les pousser à bout ? Ne vaudrait-il pas mieux faire un accommodement de gré à gré ? Ils y sont disposés, si on les traite avec plus de modération ; et il n'y a personne plus propre que vous, pour adoucir l'aigreur qui est de part et d'autre, et pour faire une bonne réunion, » — « Monsieur, se contenta de répondre Vincent, lorsqu'un différend est jugé, il n'y a point d'autre accord à faire que de suivre le jugement qui en a été rendu. Avant que ces Messieurs fussent condamnés, ils ont /ait tous leurs efforts afin que le mensonge prévalût sur

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