ORTHODOXIE DE LA MISSION, ETC
pour exposer les juges à ses moqueries, il fit que bientôt le monde ne voulut plus être jugé. Ces sarcasmes, ces calomnies qu'il inventa contre ses adversaires, furent bientôt tournés contre la religion. Dans son oraison funèbre d'Anne de Gonzague, et dans son sermon sur la divinité de la religion, Bossuet devait déjà tonner de sa plus forte voix contre l'incrédulité envahissante, et, franchissant le xvme siècle, il prévoyait l'indifférence moderne, terme fatal auquel, après une lutte acharnée, l'erreur allait aboutir. Même au milieu de la contrainte et des réserves hypocrites que la piété sévère et morose de Louis XIV vieillissant imposait au libertinage, La Bruyère pouvait écrire son chapitre des Esprits forts. Et si nous voulions pénétrer dans les ombres épaisses où se cachait l'impiété, nous la verrions semer ces germes d'erreur et de débauche qui n'attendent, pour éclore aux flambeaux des orgies de la régence et étaler leurs fruits corrompus, que le coucher du soleil, que le dernier soupir de Louis XIV.
L'opposition antichrétienne commence, auxvme siècle, dans les rangs jansénistes. De la monstrueuse alliance des jansénistes, des philosophes et d'une courtisane, qui prennent les parlements à leur service, naît une vaste conspiration qui embrasse l'Europe entière. Le mot d'ordre, en apparence, c'est la destruction des jésuites, mais le but suprême est plus élevé ; et, en effet, les jésuites détruits, tous les efforts sont dirigés contre la papauté et contre l'Eglise, dont le jansénisme, par ses révoltes, a détruit le respect dans le cœur des peuples. Le jansénisme poursuit son œuvre. Le premier il a introduit le peuple dans le sanctuaire ; le premier il a conduit le prêtre à Pilate, et livré les causes religieuses aux tribunaux civils ; plus que personne il a contribué à mettre ir à côté ou même au-dessus du Pontife : voici qu'en u. 23.
1790, il veut faire delà religion une institution purement humaine et civile. Après avoir crié contre le pape pendant près de deux siècles, enfin il s'en passe. Ce n'est plus alors pour l'Église qu'une triste agonie, jusqu'à ce qu'on cherche à l'étouffer dans le sang en 1793. I
Voilà le jansénisme et son œuvre, et voilà comment il a arrêté l'œuvre de régénération catholique dont saint Vincent de Paul a été en France le plus puissant promoteur. La mort du saint prêtre est comme le signal, le point de départ de la décadence ; mais les saints ont une vie posthume, et nous verrons plus tard comment sa résurrection inespérée a été de nos jours le signal aussi d'une résurrection pour la foi et la charité catholique.