THEORIE DES MISSIONS
Missions en général. — Missions populaires de saiit Vincent de Paul.
L'action de l'Église parmi les peuples n'est qu'une prolongation de l'apostolat. Or, l'apostolat, c'est la parole. Enseignez, parlez, a dit le Maître ; et les apôtres ont parlé ; ils ont parlé dans toutes les langues, et « l'éclat de leur voix s'est répandu dans tout l'univers ; il a retenti jusqu'aux extrémités de la terre. )> Peu leur importait d'être chargés de chaînes comme des malfaiteurs, pourvu que la parole de Dieu ne fût point enchaînée.
L'Église parle donc toujours. Mais il est des temps, des lieux, où, maîtresse paisible des esprits, et n'ayant à lutter que contre les ténèbres et les faiblesses inhérentes à notre nature, elle peut se borner à la parole ordinaire, à la parole pastorale. Cette parole est moins un enfceinen-
cernent qu'une culture, moins un glaive de combat qu'un instrument d'édification. Il en est autrement lorsque l'Eglise ne trouve que des éléments rebelles, des terres où rien n'a encore été semé, des intelligences qui, dégoûtées du bien et du vrai, tendent à rentrer dans le mal et l'erreur. Alors il lui faut une parole ou primitive, pour les peuples à qui l'Evangile n'a pas été encore annoncé, ou exceptionnelle pour les peuples, qui oublient ou rejettent la vérité après l'avoir reçue. De là les Missions dites étrangères qui, plus que toutes les autres, continuent et renouvellent l'apostolat ; de là aussi les Missions parmi les peuples déjà chrétiens, mais que l'ignorance et l'incurie des pasteurs, l'obscurcissement insensible et l'affaissement graduel des âmes, une action contraire à celle de l'Église venant des hommes ou des circonstances, refoulent peu à peu vers le paganisme et l'infidélité.
Cette triple nécessité des Missions se faisait sentir au commencement du xvne siècle. Nous avons dit, dans ce volume même, l'état du clergé, son ignorance, ses désordres, et partant son impuissance à accomplir l'œuvre apostolique ; l'ignorance aussi et les désordres des peuples, s'enfonçant de jour en jour dans l'oubli des vérités chrétiennes et dans la corruption. Un demi-siècle d'anarchie politique et religieuse avait achevé de tout bouleverser, sinon de tout détruire dans la foi et dans les mœurs. Tirés en sens contraires par mille chefs divers, les peuples ne savaient plus à qui aller. Le oui et le non qu'ils entendaient prononcer à droite et à gauche sur les mêmes questions, dévoyait leur intelligence. Les disputes de l'orthodoxie et de l'hérésie, dont ils ne saisissaient que la contradiction, confondaient leurs croyances. Le mélange des populations restées extérieurement fidèles et de celles que le protestantisme avait déjà conquises, amenait peu