MANIÈRE J)E PRÊCHER, ETC
seignant. Successivement, il en exposa les motifs, la définition et les moyens ; puis il répondit aux objections. Les motifs de cette méthode familière sont son efficacité pour instruire et toucher ; l'exemple de Jésus-Christ et j des apôtres qui l'ont pratiquée ; les grands fruits qu'elle a produits dans les âmes ; enfin, le salut du prédicateur que seule elle assure : « Le prophète crie malheur à celui qui ne signale pas l'ennemi. Et voilà justement ce que font ces prédicateurs qui ne regardent pas avant toutes^ choses le profit de leur auditoire. Bien qu'ils voient l'ennemi, ils ne disent mot ; ils vous chantent des airs de plaisance, au lieu de crier avec la trompette : « Nous allons nous perdre ! voilà, voilà l'ennemi ! Sauvons-nous, sauvons-nous ! »
La définition de la méthode n'a plus besoin d'être donnée ; on l'entend assez désormais. Quant à ses moyens, ils se réduisent à éviter la recherche et l'emphase pour se borner à la simplicité et à la familiarité. « Qu'est-ce que toute cette fanfare ? s'écrie ici Vincent. Quelqu'un veut-il montrer qu'il est bon rhétoricien, bon théologien ? Chose étrange ! il en prend mal le chemin ! Peutêtre qu'il sera estimé de quelques personnes qui n'y entendent guère ; mais pour acquérir l'estime des sages et la réputation d'un homme fort éloquent, il faut savoir persuader ce qu'on veut que l'auditeur embrasse, et le détourner de ce qu'il faut qu'il évite. Or, cela ne consiste pas à trier ses paroles, à bien agencer les périodes, à exprimer d'une manière peu commune la subtilité de ses conceptions, et à prononcer son discours d'un ton élevé, d'un ton de déclamation qui passe bien haut pardessus. Ces sortes de prédicateurs obtiennent-ils leur fin? Persuadent-ils fortement l'amour de la piété ? Le peuple est-il touché et court-il après la pénitence ? Rien moins, rien moins. Et voilà cependant les prétentions de ces
grands orateurs ! Voici leur prétention : acquérir de la réputation, faire dire au monde : « Vraiment cet homme débite bien, il est éloquent, il a de belles pensées, il les exprime agréablement. » Voilà à quoi se réduit tout le fruit de leur sermon. Vous montez donc en chaire, non pas pour prêcher Dieu, mais vous-même, et vous vous servez (oh ! quel crime !) d'une chose aussi sainte que la parole de Dieu pour nourrir et fomenter votre vanité ! O divin Sauveur ! »
Donc, le saint recommande, comme les vrais moyens ou les vraies sources de la prédication, l'intention droite, le bon exemple, l'amour d'une méthode familière et simple, la prière. Il entre alors dans des détails touchants sur les fruits de la méthode en usage dans la Mission, qu'il appelle toujours la petite méthode, non-seulement parmi les campagnes, mais à Paris même et à la cour, interpellant ses anciens compagnons, Portail, Aimeras, et les prenant à témoins de faits qu'ils ont vus ou obtenus eux-mêmes. Puis il répond aux objections» « Nous perdrons notre honneur, lui dit-on, par cette méthode triviale et abjecte » ; et il répond : « Vous perdrez par là votre honneur ! Oh ! en prêchant comme Jésus-Christ a prêché, vous perdrez votre honneur ! Quoi ! c'est perdre son honneur que de parler de Dieu comme le Fils de Dieu en parle ! Oh ! Jésus-Christ, le Verbe du Père, n'avait donc pas d'honneur ! C'est n'avoir point d'honneur que de faire des sermons dans la simplicité, dans le discours familier et ordinaire, comme a fait Notre-Seigneur ! Et faire autrement, c'est être homme d'honneur ! C'est avoir de l'honneur, de couvrir d'affectation et de masque la parole sacrée de Dieu ! O divin Sauveur ! O Messieurs ! qu'est ce que c'est? Dire que c'est perdre son honneur, que de prêcher l'Évangile comme a prêché Jésus-Christ ! J'aimerais autant dire que Jésus-