‹ Saint Vincent de PaulChapitre 130 sur 159 · MANIÈRE DE PRÊCHER, ETC · texte numérisé non relu

MANIÈRE DE PRÊCHER, ETC

Christ, lui qui était la Sagesse éternelle, n'a pas bien su comment traiter sa parole, qu'il ne s'y entendait pas bien ! Oh ! quel blasphème ! »

De plus en plus affectionné, par conviction et par expérience, à la petite méthode, Vincent proposa dès lors aux siens de prêcher chacun à son tour, par manière d'exercice, exceptant les infirmes, mais non luimême : « Oui, et moi, pauvre porcher que je suis, je commencerai le premier, non pas dans la chaire, car je n'y saurais monter, mais dans quelque conférence, où je traiterai qnelque.point de la règle, ou quelque autre sujet1.»

Et ainsi fit-on, ainsi il fit lui-même presque jusqu'à son dernier jour, puisque nous avons encore des conférences de lui pendant toute l'année 1659, l'avant dernière de sa vie, alors qu'il avait déjà quatre-vingt-quatre ans. Et voilà comment Saint-Lazare devint une grande école de prédication et fit une révolution dans la chaire chrétienne. On sait ce qu'avait été auparavant l'éloquence sacrée en France. Depuis la mort de saint Bernard jusqu'au milieu du xvic siècle, nos prédicateurs n'avaient connu presque que l'idiome des anciens Romains, défiguré par des altérations successives. Dès qu'ils voulurent parler français, ils se laissèrent gagner par le mauvais goût qui avait plus ou moins envahi tous les genres littéraires. C'était une manie d'érudition amenée par la résurrection du culte des anciens. Les prédicateurs, comme les écrivains, pour donner de l'autorité à leurs discours, ou plutôt de l'éclat à leurs personnes, se croyaient obligés de faire un vaste étalage de toutes sortes de fragments empruntés aux auteurs de l'antiquité. Chaque sermon était une sorte de bazar, de musée, où se voyaient les richesses les plus hétérogènes ; une macédoine, une marqueterie, où toutes sortes de couleurs

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