LE PÈRE BOURDOISE
cotn.re, prit une forme plus stable à partir de l'année 1618. Après avoir changé plusieurs fois de résidence, elle vint alors à Paris, où elle résolut de se consacrer à l'éducation des jeunes clercs. Un de ses membres, Guillaume Compaing, fils d'un secrétaire du roi et grandoncle du ministre Chamillart, lui donna sa maison, située près de l'église de Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Froger, curé de cette église, fut mis à la tête de la communauté, qui obtint bientôt l'approbation de l'archevêque de Paris et les lettres patentes du roi. Le séminaire diocésain y fut transféré et confié à ses prêtres. Les personnages les plus distingués contribuèrent à son entretien : les magistrats Le Pelletier, La Houssaye et Destouches ; les présidentes de Nesmond, de Herse et Goussault ; les dames de Chauvelin, de Glermont et de Miramion ; une somme lui fut affectée par l'Assemblée du clergé de France, et le prince de Conti lui légua 36,000 livres par testament. La fondation de Bourdoise avait deux buts : la préparation des jeunes clercs, et le maintien des prêtres dans la grâce de leur vocation par la vie de communauté, si favorable à l'édification, à la surveillance mutuelle et à la bonne entente dans l'accomplissement des fonctions saintes. L'établissement de la vie commune, c'était là surtout la grâce de Bourdoise, comme Bérulle le lui avait dit dès 1611, dans une retraite qu'il avait faite à l'Oratoire. En vertu de l'impulsion donnée par lui, la vie commune s'étendit à un grand nombre de paroisses de Paris et de plusieurs villes de France. Bourdoise luimême l'organisa à Brou sa patrie, dans le diocèse de Chartres ; puis à Chartres même, à Beauvais, à Orléans, à Arles, à Lyon, etc. Angers, Bordeaux, Verdun, Meaux, Senlis, etc., suivirent l'exemple. Plusieurs évêques s'adressèrent à Bourdoise pour l'organisation de leurs séminaires, et il coopéra à l'établissement de ceux de Beauvair
et île Chartres. Saint Vincent de Paul, qui avait établi déjà le séminaire des Bons-Enfants, et qui professait pour ce prêtre et sa communauté la plus grande estime, lui proposa, le 6 février 1641,1a réception réciproque de ceux de leurs sujets qui voudraient faire échange de maisons : « Je dis de vos pensionnaires, ajoutait Vincent, et non certes de ceux qui ont le bonheur d'être liés à votre sainte communauté, que j'estime des plus saintes qui soient en l'Église de Dieu, et en laquelle je m'estimerais moi-même bienheureux d'être, si la Providence ne m'avait attaché à celle-ci. » En toute circonstance, Vincent faisait aux siens l'éloge de Bourdoise. « Voyez, leur dit-il un jour, voyez M. Bourdoise, cet excellent prêtre : que ne fait-il pas ? et que ne peut-il pas faire ? »
Ardent promoteur, Bourdoise faisait sans cesse de la propagande en faveur de l'éducation ecclésiastique, et lui cherchait partout d'autres apôtres. En 1619, saint François de Sales ayant accompagné à Paris le prince cardinal de Savoie, qui venait négocier le mariage du prince de Piémont avec Christine de France, fille de Henri IV, il lui écrivit une longue lettre qu'il porta lui-même, où il faisait ressortir le peu de fruit que produiraient les prédications du saint évêque, alors réclamées de toutes parts, tant que le clergé et le peuple ne seraient pas mieux instruits et mieux réglés. François de Sales, après avoir lu cette lettre deux fois avec grande attention, conféra une heure entière de son objet avec Bourdoise. Celui-ci ramenait toujours la discussion sur la réforme du clergé. « C'est une chose étrange, disait-il, que personne n'y pense. » Puis, emporté par la liberté de son zèle et se tournant vers François : « Je suis surpris, lui dit il, qu'un évêque à qui Dieu a donné de si grands talents, ne les emploie pas à former de bons prêtres, et