‹ Saint Vincent de PaulChapitre 14 sur 159 · LE PÈRE BOURDOISE · texte numérisé non relu

LE PÈRE BOURDOISE

se livre presque uniquement à la conduite des personnes du sexe. — Je conviens, répondit le saint évêque sans s'offenser de cette hardiesse de langage, et je suis même très-persuadé qu'il n'est rien de plus nécessaire dans l'Église que de former de bons prêtres : mais c'est là un ministère trop haut pour ma faiblesse, et que je laisse à des mains plus habiles. M. de Bérulle s'en occupe \ et il a pour cela plus de capacité et de loisir que moi, qui suis chargé d'un vaste diocèse. Je laisse aux orfèvres à manier l'or et l'argent; les potiers doivent se contenter de manier l'argile. J'estime d'ailleurs d'une haute importance la sanctification des personnes du sexe : solidement vertueuses, elles peuvent de grandes choses dans l'Eglise, et y répandent le parfum de leur piété ; en même temps que leur sexe faible mérite une grande compassion, leur courage mérite un grand intérêt. Elles suivaient Notre- Seigneur dans ses courses évangéliques ; elles l'accompagnèrent jusqu'au pied delà croix, tandis qu'il ne s'y trouvait qu'un seul apôtre. »

Telle est la réponse que Févêque de Belley (Esprit de saint François de Sales, p. x, sect. xiv) met dans la bouche du saint évêque ; réponse plus probable, plus conforme à l'esprit d'humilité et de charité de saint François de Sales en même temps qu'aux faits, que la réponse rapportée par Bourdoise. S'il fallait en croire Bourdoise, ou plutôt son historien, François de Sales aurait répondu : « J'avoue, et je suis très-persuadé qu'il n'y a rien de plus nécessaire dans l'Église ; mais, après avoir travaillé moi-même pendant dix-sept ans à former seulement trois prêtres, tels que je les souhaitais pour m'ai-

1. Saint François de Sales, qui travailla toute sa vie à former un bon clergé dans son diocèse, eut encore le projet de fonder une Conition d'ecclésiastiques, et il n'y renonça que quand il vit naître c- 11'- de Bérulle, à qui même il désira B'associer.

ni SAINT VINCENT DE PAUL.

der à réformer le clergé de mon diocèse, je n'ai pu en former qu'un et demi ; et je n'ai pensé aux Filles de la Visitation et à quelques séculiers, que lorsque j'ai eu perdu toute espérance à l'égard des ecclésiastiques *. »

Faibles résultats. — Séminaires-collèges.

Quoi qu'il en soit, on voit qu'à cette date de 1619, rien n'était encore solidement ni universellement établi pour la préparation et la réforme du clergé. Il en fut ainsi pendant plus de vingt autres années. On en vint même jusqu'à regarder les séminaires comme impossibles, à cause de l'inutilité des nombreuses expériences qui avaient été faites. A force d'instances, Bourdoise, Duval et quelques bons prêtres, provoquèrent de nouveau, en 1629, l'assemblée du clergé de France à délibérer sur ce point important ; et de là le projet d'établir, pour tout le royaume, quatre séminaires généraux, auxquels se rapporteraient tous les autres. Mais ce projet lui-même parut si difficile, que l'assemblée finit par laisser à chaque évêque le soin d'agir de son mieux. La difficulté pre-

1. Pendant son séjour à Paris, François de Sales se rendit plus d'une fois à la communauté de Saint-Nicolas -du-Chardonnet. Il voulut visiter séparément toutes les chambres, et prit plaisir aux conférences hebdomadaires que Bourdoise faisait au clergé sur les vertus et les obligations sacerdotales. Il l'invita même à l'accompagner dans ses prédications, et lui témoigna tout le respect et toute l'estime qu'il avait pour lui et pour sa communauté. Un jour que le cardinal de Rete se plaignait de l'ardeur etde l'indiscrétion de son zèle : a Croyezmoi, Monseigneur, répondit François, nous n'avons pas encore ouï dire que personne ait été damné pour aVoir poursuivi avec trop de zèle le rétablissement delà discipline ecclésiastique. » (Vie de saint FnnfùU ie Suies, par M... (Hamon), curé de Saint-Sulpice. 2 vol. in-8, Paris, 1854, tom. II, p. 205 vi suiv.)

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