‹ Saint Vincent de PaulChapitre 137 sur 159 · MISSIONS DE FRANGE · texte numérisé non relu

MISSIONS DE FRANGE

Missions autour de Paris et à l'armée.

Dès l'année 1627, Vincent et ses fils avaient déjà évangélisé quatre grandes provinces, entre autres la province de Lyon. En même temps, ils multipliaient leurs Missions autour de Paris. Ces Missions, de toutes peut-être les plus nombreuses, sont les moins connues, parce que, ou faites par Vincent lui-même, aucun compte ne lui en était adressé, ou, faites par ses prêtres, les rapports lui en étaient donnés de vive voix. Nous n'en savons quelques détails que par' ses conférences, comme, par exemple, cette réconciliation entre les paroissiens et leur curé, dont il disait : « Qu'est-ce qui a fait cela, Messieurs, sinon Dieu seul ? Était-il au pouvoir des hommes de faire cette réunion ? Certes, quand tout un parlement se serait mêlé d'un accommodement si difficile entre des esprits si fort aliénés, à peine en serait-il venu à^bout pour ce qui regarde seulement la police extérieure l. »

Ce que nous savons de plus, c'est l'ordre général suivi par les Missionnaires dans leurs Missions autour de Pa

t. Voir aussi la lettre à Ozenne en Pologne, du 9 avril 165S, qui donne la date et les détails touchants de cette mission, dont Tholard tut le directeur.

ris. Ils choisissaient ordinairement trois ou quatre cents pauvres, auxquels ils donnaient une marque particulière pour les reconnaître durant le cours des saints exercices. Le jour de la Mission venu, les pauvres étaient tous rassemblés dans une église. Un Missionnaire montait en chaire et leur adressait une exhortation générale en forme de catéchisme; après quoi, ses confrères se les partageaient en cinq ou six bandes. Chacun prenait la sienne, la conduisait en un quartier retiré de l'église, lui répétait l'instruction qu'elle venait d'entendre, et lui faisait réciter, distinctement et posément, les prières essentielles du chrétien:

Tel était l'exercice du matin. Les personnes de qualité, qui ordinairement y assistaient en grand nombre, pourdent ensuite au dîner des pauvres, et deux heures après commençait une seconde instruction, suivie d'une tition comme la première. Une aumône de cinq sous faite à chaque pauvre terminait la journée.

Le lendemain, mêmes exercices, et cela pendant huit jours ou davantage, jusqu'à ce que tous fussent suffisamment instruits, et préparés à la réception des sacrements. La mission était close et couronnée par une communion ■rate, présidée le plus souvent par quelque prélat ou quelque liant dignitaire de l'Église. L'autel était paré avec magnificence, et les pauvres revêtus de leurs meilleurs habits fournis par la charité. Après une fervente rtation, on les divisait encore, pour aller à la sainte table, en plusieurs troupes, à la tête desquelles se faiit honneur de marcher les personnes de la première nction. Spectacle à réjouir le ciel etla terre ! triomphe - dite et de la fraternité chrétiennes ! Telle ban 1 •uueniliée, d'hommes on déjeunes garçons, était

conduite au Dieu des pauvres par un marquis ou an comte, un président ou un maître des requêtes ; telle

bande de femmes ou de filles, par une duchesse ou même une princesse du sang : ici les riches et les grands ne se réservaient d'autres privilèges que ceux de la charité et du bon exemple.

La communion était suivie d'une procession générale du Saint-Sacrement, qu'accompagnaient tous les pauvres, deux à deux, un cierge à la main. La procession rentrée à l'église, un Missionnaire adressait un dernier discours, exhortation à l'action de grâces et à la persévérance. Venait enfin le dîner d'adieu, vraie agape chrétienne. Seigneurs, grandes dames, se répandaient autour des tables des pauvres, les servaient de leurs mains et leur distribuaient, en forme de dessert, une abondante aumône. Le souvenir de tant d'instructions et de pieux exercices, de tant de charité pratiquée au profit de leur corps et de leur âme, persévérait ordinairement chez ces pauvres, et longtemps après on les distinguait encore d'avec ceux qui n'avaient pas suivi la Mission.

Les succès des Missionnaires autour de Paris attirèrent sur eux l'attention, et les firent choisir pour des Missions d'une nouvelle espèce, des Missions à l'armée.

Alors commençait la période française de la guerre de Trente ans. Pendant que le cardinal de La Valette, le duc de Weimar et le vicomte de Turenne opéraient sur le Rhin contre les impériaux, que le prince de Gondé envahissait la Franche-Comté et assiégeait Dole, les Espagnols, qu'on croyait retenus dans les Pays-Bas, se préparaient à pénétrer en France par la Picardie, dont les frontières étaient trop peu protégées. Deux corps d'armée, commandés l'un, par Piccolomini, l'autre par Jean de Wert, prirent droit leur chemin vers la France en juillet 1036, et se montrèrent aux portes de La Gapelle. En vain le comte de Soissons fut-il appelé en toute hâte de la Champagne pour se joindre en Picardie au duc de

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Chaumes et au maréchal de Brézé : l'ennemi prit (9 juillet-4 août) La Capelle, Fonssomme, Fervaques, Le Gâ- I îlet, passa la Somme après un léger combat et entra Tans Roye sans coup férir.

Il y eut alors à Paris une épouvante dont le souvenir Jura de longues années. Les Parisiens, depuis longtemps habitués à ne prendre part à la guerre que par les joies de la victoire, croyaient déjà voir l'ennemi à leurs portes, et tous les jours ils prenaient pour lui les bandes de fuyards qui, chassés par son avant-garde, venaient chercher refuge dans leurs murs. Ils ne prononçaient surtout qu'en tremblant le nom de Jean de Wert, de ce soldat de fortune qui, parvenu au commandement suprême à force de courage et de services, conservait dans ce haut rang la brutalité de sa première condition.

Pàchelieu se hâta de venir les rassurer; le roi lui-même quitta Saint-Germain et vint se loger au château de Madrid ; puis tous les deux exploitèrent la terreur générale au profit de la France, et demandèrent aux Parisiens de l'argent et des troupes.

Tous les corps et communautés s'empressèrent de contribuer à la défense commune. Chacun se laissa taxer sans murmure. Ceux qui étaient exempts de la taille durent monter à cheval et s'assembler à Saint-Denis. D'autres bourgeois s'armèrent et se distribuèrent les postes, pour empêcher les riches de déménager et d'émigrer du côté de la Loire. Les artisans eux-mêmes cédèrent leurs ouvriers pour en faire des soldats, et les maîtres d'atelier eurent défense de garder plus d'un apprenti en leur boutique. Les laquais et gens de travail furent enrôlés dans l'infanterie, et les cochers formèrent la cavalerie ou attelèrent leurs chevaux, de louage ou de luxe, aux équipages de canons. On eut ainsi bientôt une armée de vingt mille hommes qu'on ne savait où loger. Saint-

Lazare, sur la route de Saint- Denis et à la porte du Nord, d'où l'on devait tout d'abord voir venir l'ennemi", parut admirablement situé pour servir de place d'armes et de lieu d'exercices militaires. On y entassa donc les nouvelles recrues. Étables, bûcher, salles de conférences, cours, ancien cloître des religieux, tout fut envahi. « Ce saint jour de l'Assomption (1636), écrivait Vincent à Portail, occupé alors avec Olier en Auvergne ; ce saint jour n'est pas exempt de cet embarras tumultueux. Le tambour commence à y battre, quoiqu'il ne soit encore que sept heures du matin ; de sorte que depuis huit jours il s'est dressé céans soixante et douze compagnies. Or, quoique cela soit en ainsi, toute notre Compagnie ne laisse pas de faire sa retraite, trois ou quatre exceptés, qui sont sur le point de partir et de s'en aller au loin. » Chose admirable que cette paix au sein de ce tumulte, que ces pieux exercices au milieu du fracas des armes !

Le jour même où Vincent écrivait cette lettre, les Espagnols s'emparaient de Corbie, petite ville sur la Somme, à quatre lieues d'Amiens. Cette prise mit à son comble l'effroi général. Toutes les troupes levées à Paris, toutes celles qu'on avait fait venir des provinces , allèrent prendre position sur les bords de l'Oise, devenue en ce moment le fossé de Paris. L'armée nouvelle se montait alors à trente mille hommes de pied et douze mille chevaux. Le duc d'Orléans, frère du roi, en eut le commandement, avec le comte de Soissons, les maréchaux de la Force et de Châtillon sous ses ordres.

Le roi lui-même, laissant la reine gouvernante à Pans, voulut aller visiter ses troupes. Mais, avant de partir, le religieux monarque, songeant à leur sanctification autant qu'au succès de ses armes, désira que les soldats et les Missionnaires continuassent au camp la vie commune

commencée à Saint- Lazare, dont les bons effets avaient déjà paru. 11 chargea donc son chancelier de demander à Vincent vingt de ses prêtres pour l'armée. Comme un bon nombre de Missionnaires étaient alors occupés à toutes les extrémités du royaume, Vincent n'en put fournir que quinze : les trois ou quatre dont il nous parlait tout à l'heure, auxquels onze de leurs confrères vinrent bientôt se joindre *. A la tête de cette petite troupe, Vincent se mit lui-même en campagne et vint à Sentis l'offrir au roi, qui voulut bien l'agréer malgré la réduction de son cadre.

Avant de se séparer d'elle et de l'abandonner à son courage, 'le pacifique capitaine ne manqua pas de lui laisser un plan de campagne.

Les Missionnaires, y disait-il, se représenteront que i-e-Seigneur les a appelés à ce saint emploi: 1° pour offrir leurs prières et sacrifices à Dieu pour l'heureux succès des bons desseins du roi et pour la conservation de son armée ; 2° pour aider les gens de guerre qui sont dans le péché à s'en retirer, ceux qui sont en état de grâce à s'y conserver; et enfin ceux qui mourront à sortir de ce monde en état de salut.

Ils auront, pour cet effet, une particulière dévotion au nom que Dieu prend dans l'Ecriture, de Dieu des armées, et au sentiment qu'avait Notre- Seigneur quand il disait : Non vent pacem mittere, sed gladium ; et pour nous donner la paix, qui est la fin de la guei

Ils se représenteront que, s'ils ne peuvent ôter tous les péchés de l'armée, peut-être Dieu leur fera la grâce d'en diminuer le nombre ; ce qui est faire que Notre-

1. Ceux d'entre eux qu'on trouve nommés dans les lettres de saint Vin, . h Du Coudray, Lambert, Gresnu, Mulan et le frère

Alexandre.

Seigneur, devant encore être crucifié cent fois, ne le sera peut-être que quatre-vingt dix, et que sur mille âmes qui devaient être damnées, plusieurs, par leur secours et la miséricorde de Dieu, ne le seront pas.

Ils auront grand besoin des vertus de charité, de ferveur, de mortification, d'obéissance, de patience, de modestie, de soumission à la volonté de Dieu : c'est pourquoi ils en feront une continuelle pratique, tant extérieure qu'intérieure.

A cet effet, ils célébreront la sainte messe ou communieront tous les jours.

Ils observeront le plus exactement possible les petits règlements de la Mission, notamment à l'égard du lever et du coucher, de l'oraison, de l'office divin, de la lecture spirituelle et des examens.

Ils feront souvent des conférencs, après y avoir pensé devant Dieu, sur les devoirs de leur position, par exemple, sur l'importance et la nécessité de l'assistance des armées, sur sa nature et sur ses moyens ; et, suivant la même méthode, sur l'assistance des malades, sur la conduite à tenir pendant les batailles, sur les vertus et pratiques requises des Missionnaires dans les armées.

Ils honoreront le silence de Notre-Seigneur aux heures accoutumées, et se tairont toujours sur les affaires de l'État ; ils ne diront leurs peines qu'à leur supérieur.

Le supérieur distribuera à chacun son office : à celui-ci la sacristie ; à celui-là la confession des Missionnaires et la lecture de table ; à un troisième le soin des malades ; à un autre l'économie, la nourriture, la tente et les meubles ; tous s'emploieront aux prédication et confessions des soldats.

Pour ne point s'exposer inutilement et s'entretenir au service du prochain, il n'entendront que de loin, et avec les précautions nécessaires, les confessions des pesti-

férés, et laisseront à d'autres l'assistance corporelle de tous les malades.

Bien que distribués dans les régiments, ils tâcheront de loger et de vivre ensemble. Que si on les emploie en divers lieux, comme à l'avant-garde, à l'arrière-garde ou au corps d'armée, le supérieur, autant que possible, fera en sorte qu'ils logent sous des tentes.

Et, en effet, Vincent, non moins soigneux de la santé que du salut des siens, fit acheter une tente pour leur usage, leur envoya des meubles et des vivres, leur procura une charrette et un mulet pour le transport de leurs personnes et* de leur petit bagage; après quoi, il les bénit et revint à Saint-Lazare.

Mais il eut soin de laisser un d'eux, de Sergis, auprès du roi et du chancelier, tant pour recevoir les ordres du prince et les lui transmettre, que pour veiller au bien-être de ses confrères et à l'accomplissement de leurs devoirs. C'était à la fois son lieutenant et son aide de camp.

Là-dessus, les Missionnaires se mirent en marche avec l'armée. Ils l'accompagnèrent à la reprise de Roye, à l'attaque de Péronne, sur toute la ligne de la Somme, et, en particulier, au siège de Corbie. Le roi s'y éta: ' rendu de sa personne avec le cardinal de Richelieu et tout le conseil. Ce siège devint le grand événement de la campagne et fut poussé avec grande activité ; et, néanmoins, il traîna en longueur. La mauvaise saison venait ; des maladies contagieuses s'étaient mises dans les troupes: Richelieu força le roi à quitter l'armée et à se rendre à Chantilly, pendant que lui-même continuerait à surveiller le siège. C'est alors que les Missionnaires eurent à se multiplier et à redoubler de zèle. La peste étendant ses ravages et plusieurs d'entre eux en étant frappés, Vincent dut leur envoyer du secours ; et, comme il avait U. 27

peu d'ouvriers sous la main, il ne craignit pas d'enlever au roi le prêtre qui se tenait près de lui. a La peste est dans l'armée, lui écrivait-il : allez donc, Monsieur, allez dans le même esprit que saint François -Xavier alla aux Indes, et vous remporterez, comme lui, la couronne que Jésus-Christ vous a méritée par son sang précieux, et qu'il vous donnera, si vous honorez sa charité, son zèle, sa mortification et son humilité (septembre 1636). y>

Ni les fatigues, ni la peste, ni la mort, rien n'arrêtait les Missionnaires. Au bout de quelques jours, un d'entre eux avait déjà confessé à lui seul trois cents soldats, et Vincent lui écrivait tout transporté : <c Béni soit Dieu de la bénédiction qu'il donne à votre travail ! 0 Jésus ! Monsieur, qu'elle me paraît grande ! Quoi ! d'avoir déjà procuré, pour votre part, le bon état de trois cents soldats qui ont si dévotement communié, et de soldats qui s'en vont à la mort ! Il n'y a que celui qui connaît la rigueur de Dieu dans les ' enfers, ou qui sait le prix du sang de Jésus-Christ répandu pour une âme, qui puisse comprendre la grandeur de ce bien. Et quoique je connaisse mal l'un et l'autre, il plaît néanmoins à sa bonté de m'en donner quelque petite lueur, et une estime infinie du bien que vous avez fait en ces trois cents pénitents. Mardi passé, il y avait déjà neuf cents confessions faites en toutes les autres Missions de l'armée, sans compter les vôtres, outre ce qui s'est fait depuis. 0 Dieu! Monsieur, que cela est au-dessus de mon espérance ! Il faut s'humilier, louer Dieu, continuer avec cqurage, et suivre, si vous n'avez d'autre ordre. »

Quelques jours après, le 20 septembre, ce n'était plus par centaines, mais par milliers, que se comptaient les pénitents ; car, ce jour-là, Vincent écrivait à Portail pour s'excuser de ne point envoyer en Auvergne les Mission-

riaires qu'il avait promis, et qu'il venait de faire partir cour l'armée : a Déjà quatre mille soldais on fait leur devoir au tribunal de la pénitence, avec grande effusion de larmes. J'espère que Dieu fera miséricorde à plu- : sieurs par ce petit secours, et que peut-être cela ne nuira pas au bon succès des armées du roi. » C'est ainsi que le saint prêtre, qui savait que les soldats chrétiens sont les plus braves et les plus fidèles , trouvait en même temps le compte de son zèle pour le salut des âmes et de son patriotisme.

Cependant la campagne suivait son cours. Se conformant aux mouvements des troupes, les Missionnaires campaient et décampaient presque tous les jours avec leurs régiments. Leur apostolat, bien loin de se ralentir, se multipliait pendant les marches. Car sur le passage de l'armée accouraient une foule de personnes des diocèses qu'elle traversait, et en même temps qu'aux soldats, les Missionnaires leur distribuaient, dans l'intervalle d'un campement et avec la permission des évêques, le pain de la parole sainte et le don de la réconciliation. La peste, hélas ! continuait ses ravages, soit parmi les troupes, soit parmi les Picards réfugiés dans leurs rangs ; il en mourait beaucoup, mais pas un sans avoir reçu les sacrements de l'Église.

Quoique décimées par le fléau, quoique novices et sans expérience de la guerre, les troupes, fortifiées par le secours d'en haut, firent merveille. Le siège de Corbie fut poussé avec une nouvelle vigueur. Le maréchal de Châtillon avait demandé un mois pour se rendre maître de la place, et on l'avait taxé de présomption : au bout de dix jours, elle offrait de capituler, et le 14 novembre elle était remise au comte de Soissons. Ce fut la fin de la campagne. Accablés tous de fatigues, frappés, quelques-uns, de la maladie contagieuse, les Missionnaires

revinrent les uns après les autres à Paris ; aucun pourtant ne succomba : Dieu se les réservait pour d'autres services.

Voilà comment Vincent inaugura les missions dans l'armée ; à lui ainsi remonte l'institution des aumôniers militaires. Nous avons déjà vu ce qu'il fit pour le service religieux de la marine. Cette dernière œuvre fut complétée en 1683 par l'établissement à Rochefort d'un séminaire pour les aumôniers de vaisseaux et l'hôpital royal des matelots. Tous les capitaines étaient obligés de recevoir pour aumôniers les ecclésiastiques élevés dans ce séminaire et présentés par le supérieur, et de les appuyer dans Pexercice de leurs fonctions, principalement pour empêcher les péchés et les scandales. Quand un vaisseau partait, un Missionnaire y devait monter, ou commettre un aumônier à sa place. Ainsi était assuré le service religieux de la marine royale *. Tant il est vrai, encore un coup, qu'il n'est pas d'œuvre sainte dont Vincent, et les siens à son exemple, n'aient pris l'initiative, ou dont ils n'aient étendu et perfectionné la pratique. Ce qu'ils avaient fait au xvne siècle, les Missionnaires l'ont renouvelé sous nos yeux dans les guerres d'Orient et d'Italie. En Orient, ils étaient quinze Français dans les ambulances, et tous les aumôniers de l'armée piémontaise appartenaient à leur Compagnie. En Italie, ils se trouvaient dans les trois armées avec les Filles de la Charité de chaque nation. Ils étaient presque exclusivement chargés des ambulances italiennes.

i.Arch. de l'Etat., MM. 535-539.

Missions à Saint-Germain et dans les maisons royales.

Deux ans après la Mission tout à l'heure racontée, en janvier et février 1638, le roi, étant à Saint-Germain avec toute la cour, demanda à Vincent quelques-uns de ses prêtres pour y prêcher une Mission. L'humble supérieur fit grande difficulté de les y envoyer, du moins pendant la présence de la cour ; il accumula objections sur objections , opposant tantôt les règlements de la Compagnie, tantôt son ignorance, la rudesse de son langage, si peu en harmonie avec les goûts d'un auditoire amoureux de pensées relevées et de belles paroles. « Je le désire ainsi », se contenta de répondre Louis XIII, et il fallut obéir. Vincent choisit ses ouvriers, a Est-ce que nous devons, lui demandèrent ceux-ci, parler aussi simplement devant la cour qu'aux champs ? — Sans aucun doute, répondit Vincent, car l'esprit du monde ne se détruit que parla simplicité et l'humilité, qui sont contraires à sa vanité et à son orgueil *. »

Les Missionnaires commencèrent donc leur œuvre dans toute la simplicité, et aussi dans toute la liberté chrétienne. Dès le début, ils tonnèrent contre les nudités de gorge, plus scandaleuses alors peut-être que de nos jours, comme on en peut juger par les peintures du temps, et ils soulevèrent contre eux les clameurs de la vanité et de la licence, ou les railleries de la chanson. Ils crièrent cent fois plus fort, et, joignant les actes aux paroles, ils refusèrent impitoyablement l'absolution à toutes les femmes qui continuaient d'offenser la modestie et de tendre ainsi des lacs à la passion.

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