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Il fallut céder à la sainte obstination de ce zèle. Chose merveilleuse, les femmes mêmes qui avaient d'abord jeté les plus hauts cris, c'est-à-dire les filles de la reine, firent la plus éclatante conversion. Elles s'associèrent à la Confrérie de la Charité, non-seulement par leurs aumônes, mais de leurs personnes. Elles servirent les pauvres chacune en son jour, et, se partageant en quatre bandes, elles parcoururent les rues de Saint-Germain pour solliciter la charité des fidèles.
Le pieux Louis XIII fut touché de ces bons succès, et il dit à Pavillon, le futur évêque d'Alet, qui, cette fois encore, s'était associé aux fils de Vincent : « Je suis fort satisfait de tous les exercices de la Mission ; c'est ainsi qu'il faut travailler ; je rendrai ce témoignage partout ii »
La reine ne fut pas moins reconnaissante. Elle était alors dans les premiers mois de sa grossesse, et le 5 septembre suivant, après vingt-deux ans de stérilité, elle donnait à la France celui qui devait être Louis XIV. Voulant rendre grâces à Dieu par de pieuses libéralités, elle n'oublia ni Vincent avec qui elle était déjà en intimes relations, ni Saint-Lazare qui avait fourni les Missionnaires de Saint-Germain. Elle envoya donc à la sacristie, alors très-pauvre, de cette maison, un ornement en drap d'argent. C'était aux environs de la fête de Noël, et on se réjouissait à Saint-Lazare de voir Vincent, qui devait officier à cette solennité, s'en revêtir le premier. Mais son amour de la pauvreté s'effraya d'ornements si riches, et il fallut absolument lui en donner de plus communs.
Anne d'Autriche n'avait donc pas oublié la Mission de Saint-Germain. Aussi, quelques années plus tard, en sep-
1. Tous ces détails nous sont connus par une lettre de saint Vincent à Lucas, Missionnaire de Montmirail, du 21 février 1638.
tembre et octobre 1641, elle en demanda une seconde au même lieu et en mêmes circonstances. Il est vrai quelle avait d'abord principalement en vue le salut des nombreux ouvriers qui travaillaient alors aux bâtiments du château; mais toute la cour en profita, car il y eut plusieurs missions dans une. Pendant qu'on évangélisait les ouvriers, des conférences de piété étaient faites chaque jour dans le château même aux filles de la reine, et tous les soirs, Anne d'Autriche, au milieu de sa cour, assistait avec applaudissement aux discours d'un des Missionnaires qui avait un grand talent pour la prédication. Il n'y eut pas jusqu'au dauphin, âgé alors seulement d'un peu plus de trois ans, qui n'eût sa mission particulière : la reine voulut absolument qu'on lui fît le catéchisme, et ce fut un des fils du pâtre des Landes qui jeta les premiers germes de la foi et de la piété chrétienne dans le cœur du futur Louis le Grand !
Là ne s'arrêtèrent pas, en dehors même du conseil de conscience, les rapports de Saint-Lazare avec la cour. En 1661, un an après la mort de Vincent, dix Missionnaires furent établis parle roi à Fontainebleau, et investis, avec la permission de Henri de Gondrin, archevêque de Sens, de la cure que le prince y venait d'ériger pour la commodité de la cour et des particuliers, ainsi qu'en reconnaissance de la paix générale, la paix des Pyrénées, et de la naissance du dauphin. — En 1674, la cure de Versailles étant vacante par la démission du titulaire, elle fat unie à la Mission par François de Harlay, archevêque de Paris, qui en était collateur, selon l'intention du roi et les bulles d'Innocent XI ; et en 1682, les Missionnaires étaient encore chargés du service de la chapelle royale du château. —En 1675, un contrat fut passé entre Edme Jolly, troisième supérieur général de la Mission, et tes assistants, d'une part, et Ch. Maurice Le Tellier, arche-
vêque de Reims, agissant au nom de son frère Louvois, gouverneur des Invalides, d'autre part, pour l'établissement en cet hôtel royal de douze prêtres chargés d'y faire les fonctions curiales, sous la protection du roi et l'approbation de l'archevêque de Paris ; contrat qui fut renouvelé, en 1680, entre le même Jolly et Louvois en personne, avec la stipulation d'un surcroît de huit prêtres.
Enfin, quand il fallut mettre la réforme à Saint-Cyr, où l'esprit mondain s'était introduit avec la cour venant assister aux représentations à'Esther, on songea à lui donner des prêtres réguliers pour chapelains et pour confesseurs. Paul Godet Des Marais, évêque de Chartres et supérieur de la maison, conseilla à madame de Maintenon de suivre l'exemple du roi, qui avait confié aux prêtres de Saint-Lazare le service de Versailles , de Fontainebleau et des Invalides, et de leur confier aussi le service religieux de Saint-Cyr. La régularité, la sagesse, la modestie de ces prêtres, leur passion pour l'obscurité, connues dès lors de toute la France, étaient précisément les vertus qui convenaient aux dispositions présentes et aux desseins de madame de Maintenon, et c'est pourquoi elle suivit les conseils de l'évêque de Chartres. Mais les fils de Vincent repoussèrent d'abord la direction des religieuses, que leur père leur avait interdite, et s'effrayèrent, eux destinés uniquement aux pauvres villageois, de conduire des filles de la noblesse. Cependant, le roi ayant ordonné, ils obéirent. Trois contrats successifs furent passés, de 1692 à 1698, entre les dames de Saint-Louis, représentées par mesdames de Loubert, de Fontaine et du Férou, supérieures, et la congrégation de Saint-Lazare. Suivant ces contrats et un règlement dressé par Godet Des Marais, le supérieur général de Saint-Lazare était dorénavant et à perpétuité le supérieur
spirituel de Saint-Cyr, sous l'autorité de l'évêque de Chartres ; six prêtres d'abord, huit ensuite, âgés d'au moins trente ans, avec quatre frères pour les servir, étaient établis à Saint-Cyr pour y faire le service divin, élever quelques jeunes clercs dans une sorte de petit séminaire que l'évêque transporta ensuite à Chartres, et donner même des Missions dans les terres des dames et le diocèse de Chartres. On leur allouait 400 livres de pension à chacun, et on les logeait dans un grand bâtiment construit pour eux, qui allait de l'église du dehors au pavillon de l'évêque de Chartres, à la place où se trouvaient les écuries de madame de Maintenon et les logements des jardiniers. Derrière ce bâtiment on leur fit un petit jardin attenant au cimetière ; et, comme lieu de promenade, on leur donna une maison avec jardin sise à Fontenay-le-Fleury, village à un quart de lieue de Saint-Cyr, dans une situation solitaire et pittoresque. Complètement séparés des dames et des demoiselles, les prêtres de la Mission ne les voyaient jamais qu'au confessionnal, et renvoyaient toujours à la règle et à la supérieure tout ce qui ne regardait pas uniquement le gouvernement des consciences. Le règlement de l'évêque de Chartres fixait aussi les prières officielles et les intentions de messes. Chaque jour, après la messe de huit heures, un Exaudiat était chanté par les daines et les demoiselles, et suivi d'une oraison pour le roi chantée par le prêtre officiant. Une messe était fondée à perpétuité pour madame de Maintenon, une autre pour les rois prédécesseurs de Louis XIV et pour la reine Marie- Thérèse, une autre enfin pour Louis XIV lui-même, « pour remercier Dieu, disait le contrat de fondation, des grâces qu'il répand incessamment sur la maison royale, et pour lui demander qu'il plaise à sa divine Majesté de donner aux rois de France les lumières néces- 11. 27.
saires pour bien gouverner leur Etat, et d'exalter l'Eglise catholique dans le royaume. » Grâce à ces règlements, et plus encore à l'esprit de leur institut, les Missionnaires restèrent à Saint-Cyr jusqu'à la Révolution, dans une sainte obscurité j connus seulement parleur zèle sacerdotal et leurs pieux exemples *.
ni
Missions de Montauban, dé Mende, de Saint-Flour, etc.
Cependant la Mission multipliait ses établissements et ses œuvres, car les évêques réclamaient de toutes parts ses ouvriers. Dès 1629, et pendant qu'il était encore aux Bons-Enfants, Vincent avait dû en accorder deux aux instances d'Anne de Murvieil, évêque de Montauban. Après son grand succès sur La Rochelle, Richelieu venait de s'emparer de cette ville dans une course victorieuse à travers le Languedoc, et d'y faire une entrée solennelle (21 août 1629). Il y avait rétabli l'évêque, chassé par les nuguenots,instituédes couvents de jésuites etde capucins, et donné des ordres pour rebâtir l'église détruite par l'hérésie. C'était la fin du parti réformé et le moment favorable pour travailler à une résurrection catholique. Les Missionnaires arrivèrent à Montauban en 1630, et ils travaillèrent dans le diocèse deux années entières. Parmi les grands biens qu'ils y firent, ils abolirent la magie et le sortilège, qui naissaient partout en France sous les pas de l'hérésie. Quoiqu'ils eussent été envoyés principal e-
1. Arch. de l'État, MM. 535-539. — Hisloirede la maison royale de Saint-Cyr, par Théophile Lavallée, gr. in-8°, Paris, 1853, pp. 103, 104. — Mémoires do Languot do Gergy, publiés par le môme, in -8°, Paris, 1863, p. 334.