‹ Saint Vincent de PaulChapitre 143 sur 159 · MISSIONS DE MONTAUBAN, DE MENDE, ETC · texte numérisé non relu

MISSIONS DE MONTAUBAN, DE MENDE, ETC

ment à ses créatures, et surtout aux pauvres ! Car, Messieurs, nous avons remarqué que c'est particulièrement en eux qu'il réside, et pour eux qu'il demande le secours de ses serviteurs, afin d'achever par leur ministère ce qu'il n'a pas accoutumé de faire seul, je veux dire l'instruction et la conversion de ces peuples. Messieurs, ne refusez pas ce secours à Jésus ^ il y a trop de gloire à travailler sous lui, et à contribuer au salut des âmes, et à la gloire qu'il doit en retirer pendant toute l'éternité. Vous avez heureusement commencé, et vos premiers exemples m'ont fait quitter Paris ; continuez dans ces divins emplois, puisqu'il est vrai que, sur la terre, il n'y a rien de semblable. Paris, ô Paris ! tu amuses des hommes qui convertiraient plusieurs mondes. Hélas ! dans cette grande ville, combien de bonnes œuvres sans fruits, de conversions fausses, de saints discours perdus, faute de dispositions que Dieu communique aux simples ! Ici, un mot est une prédication ; les pauvres de ces contrées n'ont point méprisé la parole des prophètes, comme on le fait dans les villes ; et, à cause de cela, Messieurs, avec fort peu d'instruction, ils se voient remplis de bénédictions et de grâces ; c'est ce que je puis vous souhaiter, dans le Seigneur, puisque, en son amour, je suis, Messieurs, votre très-humble, très-obéissant et très-obligé confrère. »

Les besoins de l'armée empêchèrent Vincent d'envoyer à Olier les Missionnaires qu'il lui avait promis. Mais plusieurs des amis d'Olier vinrent se joindre à lui, entre autres l'abbé de Foix^Gaulet, le futur évoque de Pamiers, et Meyster, l'un des plus célèbres Missionnaires de son temps. Meyster avait un talent particulier pour toucher les pécheurs. Le genre de ses discours, son accent, son seul regard, dit-on, tout en lui concourait à produire les impressions les plus vives '. N'étant encore que sous-

1. Essai sur l'influence de la religion en France, etc., t I, p. 275.

diacre, vers la fin de l'année 1634, il était venu pour se donner à Vincent de Paul, mais il l'abandonna bientôt et passa sous la conduite du P. de Gondren. C'est le P. de Condren qui l'envoya à Olier en Auvergne i.

Secondés par cette troupe toute fraîche, les Missionnaires reprirent leurs travaux parmi les catholiques et parmi les protestants. L'un d'eux, très-habile controversiste, défia publiquement un ministre fort accrédité dans le pays. Le ministre n'osa pas accepter; ou plutôt il attendit l'absence de ce Missionnaire pour défier lui-même les autres à son tour; mais, effrayé de sa propre audace, il rebroussa chemin lorsqu'il se rendait à la conférence, et rentra chez lui 2.

L'année suivante, le 10 février 1637, Olier écrivait encore à Vincent et aux ecclésiastiques de la conférence de Saint-Lazare :

« La quatrième de nos Missions se fit il y a quinze jours, dans laquelle il s'est fait plus de deux mille confessions générales, quoique nous ne fussions que six ouvriers, et sur la fin, huit. Nous étions accablés du peuple, qui y abordait de sept ou huit lieues du pays, nonobstant la rigueur du froid et l'incommodité du lieu, qui est un vrai désert. Ces bonnes gens apportaient leurs provisions pour trois ou quatre jours, et se retiraient dans les granges; et là on les entendait conférer ensemble de ce qu'ils avaient ouï à la prédication et au catéchisme. Et à présent l'on voit ici les paysans et leurs femmes faire la Mission eux-mêmes dans leurs familles ; les bergers et les laboureurs chantent les commandements de Dieu dans les champs, et s'interrogent les uns les autres de ce qu'ils ont appris pendant la Mission. Enfin, la noblesse, pour laquelle il semblait que nous ne parlions pas, nous

Page 1