‹ Saint Vincent de PaulChapitre 149 sur 159 · Arch. de l'État., MM. 534, loi · texte numérisé non relu

Arch. de l'État., MM. 534, loi

de leur parole et de leurs aumônes ; leur charité vint ainsi en aide à leur prédication, et acheva de gagner les cœurs des dévoyés. A Sedan, comme ailleurs, ils assistaient les protestants aussi bien que les catholiques, témoin ce bon F. Sirven, dont Vincent fait l'éloge dans sa lettre à Laudin, au Mans, du 7 août 1660 : « Toute la ville et les environs le regrettent fort, même les hérétiques, qui étaient édifiés de sa modestie et assistés de sa charité. »

Une autre fondation royale, qui précéda même celle de Sedan, fut Crécy, dans le diocèse de Meaux. « Les faveurs extraordinaires, disait Louis XIII dans ses lettres patentes d'avril 1641, que nous avons reçues de la main libérale de Dieu depuis notre avènement à la couronne, nous obligent à une reconnaissance infinie de ses bontés, que nous ne pouvons mieux lui témoigner que par le soin et le zèle des choses qui concernent son service, le culte et le respect de la religion ; et pour cet effet, après avoir rétabli la discipline ecclésiastique et réparé les désordres et la dépravation que la guerre et l'hérésie avaient causés en plusieurs lieux, nous avons, outre la réformation des ordres, érigé et fondé en notre royaume diverses congrégations ; l'une desquelles et des plus utiles a été celle des prêtres de la Mission. » En conséquence, le roi érigeait à Crécy une maison de la Compagnie, composée de huit piètres et de deux frères, sous l'autorité de l'évêque de Meaux, pour missions dans le diocèse et exercices des ordinands; et, à cette fin, il lui donnait le château de Crécy, 4,000 livres de rente et une somme de 31,600 livres à prendre sur le grenier à sel de Lagnysur-Marne. Deux messes basses devaient être dites par semaine : l'une à l'intention du roi et de toute la maison royale; l'autre, de l'évêque, du chancelier et garde des sceaux de France, des surintendants des finances et sei-

gneurs engagistes de Crécy; et, au décès du roi, de chacun de ses successeurs, des reines et enfants de France^ de l'évêque et des officiers nommés tout à l'heure, il devait être encore célébré un nombre de messes proportionné à la dignité de chacun. Approuvée par Dominique Séguier, évêque de Meaux, le 12 avril 1641, cette fondation fut protégée et augmentée par ses successeurs, et en 1702, Bossuet écrira à Clément XI : « Pour nous, très-saint Père, nous conservons du vénérable Vincent de Paul un souvenir d'autant plus cher et plus durable, que nous le voyons vivant encore dans sa congrégation et dans notre diocèse. Nous vivons avec ses disciples, nos frères dans le sacerdoce, nous travaillons avec eux, et nous nous réjouissons dans le Seigneur de les voir nourrir le troupeau à nous confié de leur doctrine et de leurs exemples, avec un zèle incessant et infatigable. » Sur tous les points et à toutes les extrémités du royaume, nous les pourrions suivre ainsi : à Toulouse, à Tours (1640) ; à Genève (1640), où l'évêque Juste Guérin remercie Dieu d'avoir inspiré tant de charité à Vincent et au commandeur de Sillery ; dans le diocèse de Rouen^ où les voies leur avaient été préparées par Louis Galon, docteur de Sorbonne. Zélé pour les Missions, Galon ne se contenta pas d'y travailler de sa personne, d'abord seul, ensuite avec les fils de Vincent, dans les diocèses de Paris, de Rouen, de Meaux, de Chartres et de Senlis ; il voulut y contribuer de son patrimoine. C'est à ses dépens qu'il commença d'évangéliser le pays de Caux; il donna une somme assez considérable à la Compagnie, et il finit par fonder une Mission à Aumale, lieu de sa naissance. Épuisé de travaux, de pénitences, de mortifications plus que de vieillesse, il se retira à Vernon, chez les fils de saint François, qui le reçurent comme un apôtre et comme un émule de leur pauvreté. Un an à

peine avant sa mort, le 28 août 1646, Vincent de Paul, qui apprit son dénûment et le désir qu'il avait de venir à Saint-Lazare, lui écrivit :

« Je rends grâces à Dieu de celle que vous nous faites espérer de venir bientôt vous reposer ensuite de vos grands travaux. Oh ! Monsieur, que vous serez le bienvenu, et que je vous embrasserai volontiers! Venez donc, et ne tardez pas, s'il vous plaît, Monsieur; et je vous assure que nous aurons un soin très-particulier de votre santé, et que vous serez le maître de la maison pour dire et faire tout ce qu'il vous plaira, et particulièrement le mien, qui vous ai toujours chéri avec plus de tendresse que mon propre père. Que si tant est que vous ayez besoin des 4,000 livres que vous avez données à rente et affectées à la Mission, très-volontiers nous vous en ferons la rétrocession, étant juste, ce me semble, qu'un fondateur qui se trouve en nécessité s'aide du revenu de la fondation qu'il a faite; et nous ferons plus, car, si vous avez besoin du fonds pour vous survenir en votre vieillesse, nous le vous transporterons, comme nous avons fait à M. le curé de Vernon, lequel nous ayant donné 600 livres de rente et les nous ayant demandées depuis, estimant en avoir besoin, nous lui avons rétrocédé et la rente et le fonds; mais, si vous n'en avez pas besoin, jouissez toujours du revenu, Monsieur, ainsi que vous avez fait jusques à présent, et nous continuerons les Missions que vous avez commencées et continuées avec tant de bénédiction. » Mais les fils de saint François rie voulurent point que Calbn recourût au désintéressement du saint prêtre; ils le gardèrent chez eux avec bonheur, lui fermèrent les yeux, et écrivirent à Vincent une longue lettre, dans laquelle ils lui disaient combien ils avaient été payés de leur charité par les exemples de sa vie et l'édification de sa mort.

Vincent agit toujours ainsi envers les fondateurs de ses établissements et les bienfaiteurs de sa Compagnie. Au mois de septembre 1654, il écrivait à un de ses prêtres : « Nous ne saurions jamais avoir assez de reconnaissance ni de gratitude pour nos fondateurs. Dieu nous a fait la grâce ces jours passés d'offrir au fondateur d'une de nos maisons le bien qu'il nous a donné, parce que je pensais qu'il en avait besoin; et il me semble que s'il l'eût accepté, j'en aurais reçu une très-sensible consolation. Et je crois qu'en ce cas la divine bonté se rendrait elle-même notre fondatrice, et que rien ne nous manquerait. Mais quand bien cela n'arriverait pas, quel bonheur nous serait-ce, Monsieur, de nous appauvrir pour accommoder celui qui nous aurait fait du bien ! Dieu nous a déjà fait la grâce d'en user une fois de la sorte, ayant effectivement rendu à un bienfaiteur (le curé de Vernon) ce qu'il nous avait donné; et toutes les fois que j'y pense, j'en ai une consolation que je ne puis exprimer. » — Et l'année suivante, il écrivait à un bienfaiteur même qu'il supposait dans le besoin : « Je vous supplie d'user du bien de notre Compagnie comme du vôtre ; nous sommes prêts de vendre tout ce que nous avons pour vous, et jusqu'à nos calices: en quoi nous ferons ce que les saints canons ordonnent, qui est de rendre à notre fondateur en son besoin ce qu'il nous a donné en son abondance. Et ce que je vous dis, Monsieur, n'est point par cérémonie, mais en la vue de Dieu, et comme je le sens au fond de mon cœur. »

Des personnes puissantes s'étant opposées longtemps à la Mission d'Aumale, elle ne put être reprise qu'en 1656. Mais alors Vincent paya sa dette avec usure, car ses fils travaillèrent non-seulement à Aumale, mais à Chaumont, à Magni, à Saint-Clair, à Longueste, à Meulan, dans tout le grand vicariat de Pontoise, et partout ils déployèrent un zèle dont François de Harlay de Champvallon, alors

archevêque de Rouen, et plus tard de Paris, rendit à Vincent un éclatant témoignage.

De leurs postes de Saint-Méen et de Tréguier (1654), ils se répandirent dans toute la religieuse Bretagne. A Mauron, les domestiques quittaient leurs maîtres et renonçaient à leurs gages, lorsqu'on ne leur permettait pas autrement de suivre les exercices de la Mission ; et des mères, après les avoir elles-mêmes suivis, remplaçaient leurs filles pour leur procurer le même avantage. Il y eut tels jours où la foule fut si grande, qu'il fallut donner la communion jusqu'à sept heures du soir. A Plaissala, plus de cinq cents personnes attendirent dix jours entiers dans l'église le moment de pouvoir se confesser.

A Angers, en 1657, une troupe de Missionnaires envoyés à Henri Arnauld, neveu du célèbre docteur, prépara un établissement qui fut achevé en 1674 par les libéralités de Pierre Chomel, ancien conseiller clerc du parlement de Paris. Quelques années auparavant, en 1668, Chomel avait également fondé à Lyon une maison de Mission, à laquelle s'unirent, l'année suivante, les prêtres catéchistes de Saint-Michel.

Impossible d'énumérer tous les autres établissements de Mission qui eurent lieu du vivant de Vincent de Paul, ou qui suivirent sa mort1. En somme, nous trouverions

1. Cahors (1643 et 1684), Mission et paroisse; Le Mans (1645), Mission et paroisse; Mautauban (1652); Amiens (1662); Narbonne (1671); Fontenay -le- Comte (1676), par Henri de Laval, évêque de la Rochelle Béziers et Alet (1678); Bordeaux et Dijon (1682); Sarlat et Boulogne (1683); Notre-Dame-de-la-Délivrande (1692), par François de Nesniond, évêque de Bayeux, pour retraites et exercices de jeunes prêtres-, Notre-Dame-de-Buglosse (1706), Mission et paroisse; Toulouse (1707), par Jean-Baptiste-Michel Golbert ; Montuzel et Bourgen-Bresse (1708); Valtleury (1709), Mission et paroisse ; (ïhàlons-sur-

plus de quarante maisons de Mission et douze paroisses.

Combien d'autres établissements furent seulement en projet ou ne reçurent qu'un commencement d'exécution, on ne le saurait dire. Citons au moins celui de Bétharam.

Hubert Charpentier, licencié de Sorbonne, né au diocèse de Meaux en 1565, avait, dans le désir d'honorer Jésus crucifié et de prêcher la foi catholique aux protestants du Béarn, formé plusieurs établissements ecclésiastiques. Le premier est le pèlerinage célèbre de Notre- Dame de Garaison, au diocèse d'Auch, au pied des Pyrénées; le second est celui des Missionnaires de Notre- Dame de Bétharam, au diocèse de Lescar, au bas d'une montagne appelée le Calvaire. On lui doit encore la congrégation des prêtres du Calvaire, établie sur le Mont- Valérien, près Paris, sous l'invocation de Jésus crucifié. Cette dernière fondation fut faite à la demande de Louis XI CI, qui avait autorisé (1633) les deux premières par ses lettres patentes. Notre-Dame de Bétharam devint bientôt un lieu de dévotion célèbre, et sinon « le second, dit Vincent dans une lettre, au moins le troisième le plus fréquenté du royaume. Il s'y fait, ajoute-t-il, souvent des miracles. » De bonne heure, au plus tard vers 1639, Charpentier y voulut appeler les Missionnaires de Saint-Lazare : « Il y a, plus de vingt ans, écrit toujours Vincent dans la même lettre, du 19 juin 1659, que ce bon serviteur de Dieu nous y voulut établir, et de temps en temps il m'en a parlé; mais Dieu n'a jamais conduit ce dessein au point où il est. » A la date de cette lettre,

Marne (1711); Auxerre (1714); diverses terres du Berry et du Bourbonnais (1718), par Pierre-Georges d'Entraigues; Villefranche 1722) ; Notre-Dame-de-1' Épine (1725), Mission et paroisse; Figeac, paroisse (173G) ; Fongombault (1742), Mission et paroisse ; Nancy ^779), etc., etc.

Charpentier était mort depuis plusieurs années t. Mais, vers la fin de 1658, de nouvelles propositions furent faite» à Saint-Lazare par un chanoine de Tarbes, au nom des deux autorités ecclésiastique et laïque. Vincent répondit, le 29 janvier 1659, par toutes sortes d'objections : la chéîiveté de sa Compagnie pour le nombre, la qualité et te, vertu; les veilles de nuit dans l'église, incompatibles avec ses règles et ses travaux de jour; l'attache à un ' sanctuaire particulier, non moins inconciliable avec les excursions des Missionnaires : « Ces Messieurs de Bétharam, disait-il, attendent les pénitents; nous allons les chercher. » D'ailleurs, sur les prêtres de Bétharam, trois seulement consentaient à céder leurs places ; quatre autres s'y refusaient, et il s'agissait de s'entendre avec ceux-ci, comme on avait fait avec les religieux de Saint-Lazare. Quelques mois plus tard, toutes les difficultés semblaient aplanies, et Vincent, dans la lettre citée du 19 juin, adressée à Corwel, qu'il voulait faire supérieur du nouvel établissement, écrivait encore : « Nous y sommes appelés par Monseigneur l'évêque de Lescar et le parlement de Navarre. Il y a en cette ville (Paris) un gentilhomme député du Béarn qui a été chargé de nous en faire la proposition. Il y a huit prêtres qui ont consenti à nous céder leurs places... Nous faisons état d'y envoyer quatre prêtres et un frère. On dit qu'il y a 4,000 livres de revenu. Des prêtres qui desservent la chapelle, quatre demeurent, et les autres se retireront. Les emplois des nôtres seront de prêcher et confesser dans la maison, d'avoir soin d'un séminaire et de faire des missions dans le diocèse. » Malgré les avantages d'un tel établissement, dont la résolution semblait venir de Dieu, Vincent le

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