Il mourut à Paris, le 10 décembre
manqua, sans doute pour les mêmes raisons qui faillirent faire échouer celui de Saint-Lazare *. i
Aujourd'hui, indépendamment des trois Missions et des deux paroisses d'Algérie, d'une Mission et d'une paroisse fondées en 1858, à Marche-les-Dames, diocèse de Namur, les Lazaristes possèdent environ quinze établissements en France 2 : c'est à peu près, relativement à leurs établissements antérieurs à la Révolution, la même proportion que nous avons remarquée entre leurs séminaires d'autrefois et leurs séminaires actuels.
1. Voir, sur le même sujet, une lettre à l'évêque de Lesear du 11 août 1660.
2. Valfleury (1801), Mission et paroisse; Amiens, Mission également et paroisse (1823 et 1827) ; Tours (1837); Aurillac (1842) ; Dax (1845); Gregy (1847), Mission et paroisse; Montargis (1852); Évreux et Garcassonne (1856); Saintes (1857); Loos (1857), Mission et paroisse ; Châlons-sur-Marne et Vichy (1858) -, Angers (1860)
PiEUfcb JUSTIFICATIVES. 509
No 1.
« Monsieur, depuis la dernière fois que j'eus l'honneur de vous voir, j'ai toujours été malade, un mois durant, d'une impression maligne que m'avait fait, comme je crois, une personne mourante, que j'assistai le long d'une nuit. Ne sachant pas à quoi mon mal se terminerait, que je portais sans me tenir dans le lit, j'ai eu diverses pensées, au cas qu'il plût à Dieu de me mener à la veille de ma mort ; et parce que j'avais lors en esprit les derniers discours que vous avez eus avec moi, je songeais à vous faire savoir par écrit que, par la grâce de Dieu, je n'avais mon cœur nullement chargé de ces quatre choses que vous me vîntes dire chez moi, et que j'en avais d'autres en l'âme que vous ignorez, pour lesquelles j'ai sujet de craindre les jugements de Dieu, qui reçoivent quelque sorte d'allégement à l'accusation de ces vérités catholiques, qui passaient pour mensonges et faussetés parmi les personnes qui aiment mieux la lueur et l'éclat que la lumière et la vérité de la vertu. La disposition d'humilité que vous avez au fond du cœur pour croire à ce que l'on vous ferait voir dans les livres saints, me fait assez connaître qu'il n'y avait rien de plus facile que de vous faire consentir, par le témoignage même de vos yeux, à ce que vous détestez maintenant comme des erreurs. Mais quand je vous ouïs, dans la suite de votre fraternelle admonition, trouver h. J!)
mauvais, et quant ajouter cette cinquième correction aux autres quatre, de ce qu'autrefois je vous avais dit en particulier que j'avais envie de vous faire rendre un bon office, et à toute votre maison, je jugeai que ce n'était pas le temps de se défendre, et de vous éclaircir, par des preuves même sensibles et inartificielles, de ces choses que vous trouvez mauvaises, jusques à les condamner hardiment sans les entendre. Gela fut cause que je me tins comme sur une pente, dans la grande passion et agitation que je me sentais avoir de vous parler et de vous faire voir la fausseté des choses que vous me reprochez plutôt pour vous excuser de m'avoir abandonné au temps d'une persécution, comme un criminel, que pour aucune mauvaise opinion que vous eussiez en effet de moi. J'ai facilement supporté cela d'un homme qui m'avait honoré dès longtemps de son amitié, et qui était dans Paris en créance d'un parfaitement homme de bien, laquelle on ne pouvait entamer sans blesser la charité. Il m'est seulement resté cette admiration dans l'âme, que vous, qui faites profession d'être si doux et si retenu partout, ayez pris sujet d'un soulèvement qui s'est fait contre moi par une triple cabale et pour des intérêts assez connus, de me dire des choses que vous n'eussiez osé penser auparavant; et qu'ainsi, au lieu que je devais attendre de la consolation de vous, vous ayez pris de là une hardiesse extraordinaire, contre votre inclination et coutume, de vous joindre aux autres pour m'accabler; ajoutant cela de plus aux excès des autres, que vous avez entrepris de me le venir dire à moi-même dans mon propre logis, ce que nul des autres n'avait osé faire.
<c J'ai cru que je manquerais à la franchise de l'amitié, et même à la charité de l'Évangile, si, après avoir laissé passer le temps nécessaire pour évaporer la chaleur qui m'était montée à la tête, je ne vous faisais à vous
seul cette plainte du dedans de la maison d'un excellent évêque dont je vous écris, et qui rendra des témoignages tout autres de moi, s'il est besoin, à toute l'Italie où il est connu, sans parler de la France, où, par la grâce de Dieu, je n'en ai pas besoin : car quand la faction ne sera plus, et que les intérêts grossiers, source des passions et des discours qu'on a tenus de moi, seront passés, je demeurerai de ce côté-là aussi net et irréprochable devant les hommes comme je le prétends être devant Dieu, qui, étant la vérité essentielle, a une particulière opposition à toute sorte d'ignorance et de fausseté qui en procède. Ce que madame la duchesse de Longueville, qu'on avait suscitée contre moi, me donne sujet de dire, sans me flatter par la réparation copieuse qu'elle m'en a faite, un mois avant sa mort, devant une personne de nom qui en gouverne plusieurs autres qui ne vous sont pas inconnues ; et après elle, Monseigneur le cardinal de La Valette, qui, ayant été informé par le menu de ces accusations, s'en est moqué et a rendu, sans que je m'en sois mêlé, un témoignage de moi et de ce qu'on m'impute, si avantageux, que j'aurais honte de le dire. J'aime mieux vous désigner un de vos amis à qui il l'a dit, quand vous aurez envie de le savoir ; et j'ose vous dire qu'il n'y a aucun de ces Messieurs les prélats qui hantent chez vous, avec qui je ne demeure d'accord et à qui je ne fasse passer et autoriser de leurs suffrages toutes mes opinions, quand il me plaira de leur en parler à loisir. Car étant lumineux comme ils sont, et la vraie source, par leurs prédécesseurs, de toute la discipline qu'il faut garder envers les âmes ; tant s'en faut qu'ils s'y opposent , qu'au contraire ils en seront ravis et me remercieront. Ce que je vous dis seulement pour vous faire voir avec quelle sûreté je parle, sans que j'aie aucun dessein de vous troubler dans l'honneur qu'ils vous rendent, et dans
le repos dont vous jouissez dans leur entretien etconversation. Car pour le regard de votre maison, vous avez cru rendre un bon office d'avoir empêché celui que je lui voulais rendre ; tant s'en faut que j'en sois fâché, que je vous remercie affectueusement de m'avoir délivré de cette peine, sans peut-être avoir diminué pour cela le gré que Dieu me saura de la bonne volonté qu'il m'avait donnée de vous servir autant dans le spirituel que dans le temporel, encore que vous savez bien que j'ai fait, sans m'être mêlé dans les commencements par lesquels vous vous êtes établi dans les lieux où vous êtes, auxquels je n'aurais voulu pour rien du monde prendre aucune part. Ce qui vous devait plus que toute autre chose faire connaître combien je suis peu attaché à mon sens et disposé à biaiser avec mes amis, puisque, contre le jugement de ma conscience qui ne me permettrait jamais de faire de telles choses, je les ai soutenues par une contestation publique, jusqu'à faire changer d'avis, par force de raisons et d'importun ités, celui à qui vous en avez toute l'obligation. Je ne l'allègue que par nécessité et en cette seule rencontre, pour vous faire ressouvenir de ma condescendance et vous faire rabattre de l'opinion que les autres vous ont donnée de ma raideur et sévérité. Car j'ose bien dire que je mérite si peu cette réputation, au jugement de ceux qui me connaissent et de la vérité, que si je proposais à ce même personnage et à son collègue les quatre ou cinq reproches que vous m'avez faits, ils s'en riraient, et qu'ils apaiseraient ainsi sans mot dire toute la colère que j'en aurais eue. J'ai grand sujet, Monsieur, de vous le pardonner, et de vous dire en mon cœur une partie des paroles que le Fils de Dieu dit à ceux qui le maltraitaient. J'espère, et je le dis avec confiance, que ce ne sera pas cela qui me fera rougir devant son jugement, et qu'au contraire j'en attends quelque faveur de sa miséricorde, si je persiste
à maintenir et adorer dans mon cœur ce que la succession de la doctrine apostolique, par laquelle nous minons les hérétiques, et sans laquelle l'Église ne ne peut subsister, m'a appris par l'organe de la même Église universelle et catholique, depuis vingt-cinq ou trente ans.
« Je vous prie d'agréer que le plus tôt que j'aie pu, et ensuite d'une douloureuse infirmité qui m'a pris à Gléry et qui me dure encore, je vous aie dit ce que j'avais sur le cœur, afin de vous traiter en ami et en chrétien, et ne laisser rien d'amer dans le fond de l'âme qui pût altérer tant soit peu l'amitié, laquelle je vous veux conserver jusques à la fin de ma vie. Je vous en ai rendu un témoignage, depuis ce sensible déplaisir, par la lettre que j'ai écrite à Mgr l'évêque de Poitiers, et je vous en eusse rendu un plus grand, si je me fusse senti approcher de la mort, en vous dressant des articles sur des choses que je trouve à dire dans votre institut, afin de vous faire voir, pour le moins après ma mort, les causes que j'avais en cela de vous offrir mon service, lequel vous avez si peu estimé, que vous avez pris la simple proposition que je vous en ai faite pour une preuve de la vérité des quatre choses dont vous m'avez accusé. Moyennant que Dieu ne m'en accuse pas, je suis trop heureux, et qu'il accepte comme sienne la charité avec laquelle je prétendais vous ôter de certaines pratiques que j'ai toujours tolérées en votre discipline, voyant l'attache que vous y aviez, avec une résolution d'autant plus forte de vous y tenir, qu'elle était autorisée par l'avis de grands personnages que vous consultez. Je n'ai garde après cela de dire la pensée que j'en avais, que Dieu à mon avis ne les agrée point. Car il n'y a qu'une véritable simplicité dans laquelle on les peut faire, qui est plus rare que la grâce commune des chrétien» ; et 8i rare, que j'oserais bien dire d'elle ce
qu'un bienheureux de notre temps a dit des directeurs des âmes de ce temps, que de dix mille qui en font profession, à peine y en a-t-il un à choisir qui les puisse rendre excusables devant Dieu. J'aurai néanmoins la patience qu'il a lui-même de vous laisser faire, et demeurerai dans la même volonté que je vous ai témoignée de vous y servir par condescendance, si je ne le puis par une entière approbation, laissant à part la qualité de maître pour prendre celle de votre... etc. »
Ne 2.