LEUR ORIGINE. — RETRAITE A BEAUVAIS
était l'évêque dans Augustin Potier. En effet, par son zèle, sa vigilance pastorale, son amour pour l'Église, il fut un des meilleurs prélats de son temps.
Nous sommes en 1628. Depuis sa nomination à l'évêché de Beauvais, A. Potier gémissait devant Dieu sur les maux de son diocèse. Il en conférait souvent avec Bourdoise qu'il aimait à voir à Paris, plus souvent encore avec Vincent qui, par lui-même ou par les siens, avait évangélisé avec un succès merveilleux presque toutes ses campagnes. Mais si les Missions, les confréries de la Charité avaient renouvelé ses peuples, elles avaient laissé son clergé dans le désordre et l'ignorance. Tel était l'objet de toutes les conversations du digne évêque avec Vincent soit à Paris, soit à Beauvais, où il l'invitait souvent à revenir. Un jour qu'il pressait plus vivement le saint prêtre de lui indiquer le remède à un si grand mal : « Monseigneur, répondit Vincent, allons droit à la source. Impossible de redresser les ecclésiastiques endurcis dans le désordre, car un mauvais prêtre ne se convertit presque jamais. C'est donc dans les aspirants au sacerdoce, et non dans ceux qui en sont déjà revêtus, qu'il vous faut chercher le principe de la rénovation du clergé. N'admettez aux ordres que ceux en qui vous verrez la science requise et toutes les marques d'une véritable vocation ; et ceux-là mêmes, préparez-les le plus longtemps possible, pour les rendre de plus en plus capables des fonctions du saint ministère. »
Potier goûta cette pensée. Mais comment l'exécuter dans un temps où il n'y avait ni séminaires, ni collèges ecclésiastiques? Quelques semaines se passèrent. Au mois de juillet de cette année 1628, l'évêque et le saint prêtre voyageaient dans le même carrosse, et la conversation prit son cours accoutumé. Tout à coup les yeux de l'évêque se fermèrent, et il parut tombé dans un profond
sommeil. Mais bientôt se relevant : « Je ne dors pas, dit-il. Je viens de réfléchir sérieusement au meilleur moyen de préparer les jeunes ecclésiastiques aux saints ordres. Pour le moment je ne puis rien faire de mieux que de les recevoir chez moi, de les y retenir quelques jours, et de les faire instruire pendant ce temps, au moyen de conférences réglées, des choses qu'ils doivent savoir et des vertus qu'ils doivent pratiquer. — Oh ! Monseigneur, interrompit Vincent dans un saint transport et en élevant la voix bien au-dessus du ton ordinaire de sa modestie, voilà une pensée qui est de Dieu ; voilà un excellent moyen pour remettre petit à petit tout le clergé de votre diocèse en bon ordre. » La conversation suivit longtemps cette direction, Vincent continuant à encourager l'évêque, et l'évêque s'affermissant de plus en plus dans son dessein. « A vous, Monsieur Vincent, de m' aider à l'exécuter, dit enfin Potier quand ils se séparèrent. Moi, je vais tout préparer ; vous, mettez par écrit l'ordre des exercices à suivre pendant cette retraite et le projet des matières qu'il convient d'y traiter. Puis, rendez-vous à Beauvais quinze ou vingt jours avant l'ordination prochaine. — J'obéirai, Monseigneur, répondit Vincent, étant plus assuré que Dieu me demande ce service, l'ayant appris de la bouche d'un évêque, que s'il m'avait été révélé par un ange. »
Au mois de septembre suivant, Vincent était, en effet, à Beauvais avec Duchesne et Messier, docteurs de la Faculté de Paris. Après avoir examiné les ordinands, l'évêque fit lui-même l'ouverture des exercices, et les docteurs commencèrent leurs entretiens, qu'ils poursuivirent jusqu'au jour de l'ordination. Entretiens et exercices, tout se fit suivant l'ordre et le programme tracés par le serviteur de Dieu. Chose unique peut-être dans sa vie, malgré 1(3 peu de temps laissé à sa lenteur accou-