‹ Saint Vincent de PaulChapitre 19 sur 159 · LEUR ÉTABLISSEMENT A PARIS, ETC · texte numérisé non relu

LEUR ÉTABLISSEMENT A PARIS, ETC

, tumée, et le contrôle de l'expérience qui cette fois lui . manquait, du premier coup il atteignit la perfection, si bien que la retraite de Beauvais servit littéralement ; de modèle à toutes les retraites d'ordination qui se firent dans la suite, après comme avant l'érection des séminaires. Vincent s'était réservé l'explication du décalogue. Il s'en acquitta avec tant de netteté, de force et d'onction, que presque tous les assistants voulurent lui faire leur confession générale. Duchesne lui-même, qui se reposait de ses propres entretiens au pied de la chaire du saint prêtre, où il allait encore puiser des inspirations, fut touché comme les autres, et, à la grande édification des ordinands, il fit aussi à Vincent une confession de toute sa vie.

Leur établissement à Paris, aux Bons-Enfants et à Saint-Lazare.

Telle fut la première retraite des ordinands. Environ deux ans après, l'évêque de Beauvais, étant venu à Paris, entretint l'archevêque Jean-François de Gondi des grands fruits que ces exercices commençaient à produire dans son diocèse, et de l'importance ou plutôt de la nécessité de les étendre à toute l'Église de France, à commencer par la capitale. D'ailleurs, plus heureux qu'aucun autre évoque, Jean-François n'avait-il pas à sa disposition et sous sa main Vincent de Paul, cet homme prêt à tout bien, et qu'une expérience décisive avait montré si propre à assurer le succès de cette œuvre excellente? Touché de ces raisons et piqué de zèle, pressé d'ailleurs par Bourdoise, l'archevêque ordonna, par un mandement du 21 février 1631, que tous les aspirants aux ordres dans son diocèse fussent tenus de s'y préparer par une retraite de dix jours. Bourdoise avait songé à se prêter lui-même il. 2

à l'exécution de ce règlement ; mais, comme sa maison était trop incommode, il pria Vincent de Paul de se charger de l'œuvre et de recevoir les ordinands au collège des Boas-Enfants. Vincent refusa d'abord, disant ijue ces exercices n'étaient point de l'institut des Missionnaires. Il se rendit enfin, et ouvrit son collège aux ordinands. En effet, ce collège d'abord, et bientôt Saint-Lazare, futdésigné pour lieude réunion par les ordonnances de l'archevêque de Paris.

La première retraite se fit dès le carême suivant, et elle fut suivie de cinq autres dans le cours de cette année 1631. Ainsi en fut-il dans la suite, jusqu'en 1643, où les retraites furent réduites à cinq chaque année par le retranchement de celle de la mi-carême. On comprend quel surcroît de travail et de dépenses ce fut pour la naissante congrégation, qui ne possédait alors qu'une poignée de prêtres et que fort peu de ressources. Et, néanmoins, dès l'année 1638, la charge s'aggrava encore. Non-seulement l'archevêque et le clergé, mais les gens du siècle et les femmes mêmes remarquèrent bientôt avecadmiration les changements que ces exercices opéraient dans les ecclésiastiques des paroisses, désormais plus modestes, plus pieux, plus attentifs dans les saintes cérémonies. Tout le monde les distinguait à leur avantage des clercs étrangers au diocèse de Paris qui n'avaient pas été formés sous la même discipline. Quelques dames pieuses proposèrent alors à Vincent d'admettre aux exercices tous les ordinands, quel que fût leur diocèse, et elles s'offrirent à l'aider de leurs aumônes. L'une d'elles, la présidente de Herse, se chargea de tout pour cinq ans, et envoya à chaque ordination 1,000 livres à Saint-La zare. La sœur de l'archevêque, Charlotte-Marguerite de 'i<jndi, marquise fie Maignelay, qui consacrait son veuvrage et sa gnmde fortune à toutes sortes de bonnes

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œuvres ', et les Dames de la Charité de Paris s'unirent ensuite à la présidente de Herse et contribuèrent à la dépense. Bientôt même on eut lieu d'espérer une fondation durable. Au commencement de sa régence, Anne d'Autriche vint un jour aux Bons-Enfants pendant une retraite d'ordination. Elle assista à un entretien donné par François de Perrochel, élève et compagnon de Vincent de Paul, qui venait d'être nommé à Tévêché de Boulogne. Elle fut vivement touchée, et sa haute piété n'eut pas de peine à comprendre combien il importait de poursuivre une œuvre si utile à l'Eglise. Les dames de sa suite, dont quelques-unes, vouées à cette œuvre, l'avaient sans doute entraînée aux Bons-Enfants, saisirent cette occasion de lui dire: « Voilà, Madame, qui mériterait une fondation royale. » Elle promit d'y songer. Mais les troubles de la Régence et les autres nécessités du royaume lui firent abandonner ce projet, et elle se contenta, à l'expiration des cinq années de la présidente de Herse, d'envoyer pendant deux ou trois ans quelques aumônes pour contribuer à l'entretien des ordinands. Après quoi, tout le poids de la dépense retomba sur la maison de Saint-Lazare ; poids bien lourd, surtout à dater de l'année 1646, où l'on dut désormais, par ordonnance de l'archevêque, admettre aux exercices même ceux qui ne devaient recevoir que les ordres mineurs, pour les éclairer plus longtemps à l'avance sur leur vocation et sur les devoirs du sacerdoce. Le nombre des ordinands s'éleva ainsi de soixante-dix h quatre-vingtdix, et quelquefois à cmt ecclésiastiques, qui, cinq fois par année, et onze jours à chaque ordination, c'est-à-dire

I, Marguerite do Gondi, veuve de Florimond d'IIalluin, marquis de Maignelay, donna 18,000 livres pour nourriture dos ordinands à Saint- Lazare, par testament et ordonnance de dernière volonté, en date de 16'i3 et 1647. Elle mourut en 1650. —Archives de l'État, M. IG8.

pendant près de deux mois, étaient logés, nourris, entretenus de tout à Saint-Lazare, aux frais de la seule compagnie de la Mission. Qu'on calcule cette dépense, et qu'on juge de la surcharge qu'elle imposait à Vincent, particulièrement pendant les années de troubles et de disette, où il avait déjà tant de peine à faire vivre les siens. Et néanmoins, dans ces rudes circonstances, ce fut en vain que des personnes considérables l'engagèrent à renoncer, au moins momentanément, à cette onéreuse charité. Dans son mépris des biens de ce monde, surtout lorsque le bien de Dieu et de l'Église se trouvait engagé, il n'y voulut jamais consentir. Non-seulement il continua de recevoir à ses frais les ordinands, mais il s'opposa à toute économie qui, en diminuant leur bienêtre, aurait pu rétré cir leur âme et la fermer aux grâces de la retraite A .

Règlement de ees exercices.

Voici l'ordre qu'il prescrivit pour le meilleur emploi de ces jours précieux. En arrivant aux Bons-Enfants ou à Saint-Lazare, les ordinands donnaient leurs noms et qualités. A la porte ils trouvaient les enfants de Vincent de Paul, prêtres, clercs et frères, qui les attendaient comme des domestiques attendent leurs maîtres. Les Missionnaires recevaient leur petit bagage, s'en chargeaient, les conduisaient à leurs chambres, et se mettaient à leur disposition pour toutes sortes de services. Non-seulement ils les dirigeaient dans la maison, leur expliquaient l'ordre de la journée, les encourageaient, leur recommandaient la fidélité, le recueillement, le silence et la modestie :

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