‹ Saint Vincent de PaulChapitre 20 sur 159 · Dé| >siiion de Caset, summ , p · texte numérisé non relu

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mais ils faisaient chaque jour leurs lits et leurs chambres, et descendaient, pour les servir, aux plus bas emplois. Un directeur de l'ordination avait l'intendance sur les uns et sur les autres, et veillait à ce qu'officiers et ordinands remplissent leur devoir pour le plus grand succès de la retraite.

On faisait aux ordinands deux entretiens par jour: l'un, le matin, sur les principaux chefs de la théologie morale ; l'autre, le soir, sur les vertus et fonctions des saints ordres. Les entretiens du matin embrassaient successivement les censures et irrégularités ; le sacrement de pénitence et les dispositions qu'il requiert soit dans ses ministres, soit dans ceux qui s'en approchent; les lois divines et humaines ; les péchés dans leurs circonstances, leurs effets et leurs remèdes ; le décalogue, les sacrements et le symbole des apôtres.

Les entretiens du soir traitaient de l'oraison mentale, de sa nécessité et de sa méthode ; de la vocation ecclésiastique, de son importance, de ses marques et de la manière d'y correspondre ; de l'esprit sacerdotal, de sa nature et de son acquisition ; des ordres en général et en particulier, de leurs obligations, des dispositions de science et de vertu pour les bien recevoir, pour en conserver et en augmenter la grâce ; enfin, de la vie sainte et laborieuse des ecclésiastiques dans le monde.

Si l'on excepte les conférences purement théologiques, inutiles désormais depuis l'établissement des séminaires, tel est l'ordre qui s'observe encore aujourd'hui dans toutes les retraites d'ordination, et, comme presque toutes les institutions destinées au bien du clergé et des peuples, c'est à Vincent qu'il remonte. Mais comme il était impossible de traiter en dix jours, avec un développement convenable, des matières si étendues, on s'attachait à en donner au moins un précis qui rappelât aux savants ce

qu'ils avaient plus longuement étudié, et servît aux ignorants de première teinture et aussi de programme pour des études postérieures. Puis, afin d'inculquer à tous plus profondément là science compétente, tous les jours, après chaque entretien, notamment après les entretiens théologiques, on les distribuait par petites académies, composées de douze ou quinze ordinands de force à peu près égale. Chacune était présidée par un prêtre de la Mission qui, interrogeait les ordinands sur ce qui avait été dit de plus considérable, les excitait à en conférer entre eux, dirigeait et résumait la discussion, de manière à laisser dans tous les esprits une trace profonde et durable.

Pour joindre la pratique à la théorie, chaque jour encore on exerçait les ordinands à l'oraison mentale, à la récitation publique de l'office divin, aux cérémonies çLe l'Eglise, aux fonctions des divers ordres qu'ils allaient recevoir. Enfin, on les disposait à une confession de toute leur vie ou à une revue des dernières années, laquelle était suivie d'une communion générale. Ils ne pouvaient sortir et s'en retourner chez eux que le dimanche lendemain de l'ordination, après une grand'messe et une communion d'action de grâces.

Toutefois, on ne leur imposait pas, même pendant cette retraite, un régime trop austère. Nourriture, sommeil, récréations, tout leur était donné en proportion convenable. En un mot, on les soumettait au plan de vie qu'ils devaient et pouvaient aisément continuer dans le monde.

Esprit de ces exercices.

Voilà le corps, en quelque sorte, de ces pieux exercices. Vincent en était l'âme par lui-même ou par ceux qu'il inspirait de son esprit. Dans les jours qui précédaient

chaque ordination, il redoublait de zèle et de sainte éloquence pour disposer les siens à la grande œuvre dont ils allaient être les instruments.

Il s'appliquait d'abord à leur en faire comprendre la grandeur toute divine et la nécessité : « S'employer pour faire de bons prêtres, disait-il, et y concourir comme cause seconde efficiente instrumentale, c'est faire l'office de Jésus-Christ, qui, pendant sa vie mortelle, semble avoir pris à tâche de faire douze bons prêtres, qui sont les apôtres ; ayant voulu, pour cet effet, demeurer plusieurs années avec eux, pour les instruire et pour les former à ce divin ministère... Nous sommes donc tous appelés de Dieu à l'état que nous avons embrassé, pour travailler à un chef-d'œuvre : car c'est un chef-d'œuvre en ce monde que de faire de bons prêtres, après quoi on ne peut penser rien de plus grand ni de plus important... Qu'y a-t-il de si grand dans le monde que l'état ecclésiastique ? Les principautés et les royaumes ne lui sont point comparables. Les rois ne peuvent pas, comme les prêtres, changer le pain au corps de Notre-Seigneur, remettre les péchés, et tous les autres avantages qu'ils ont par-dessus les grandeurs temporelles. »

Si telle est la grandeur du sacerdoce, qu'on juge de son action, salutaire ou funeste, suivant qu'il est fidèle ou non à sa vocation : « Tels sont les pasteurs, tels sont les peuples. On attribue aux officiers d'une armée les bons et les mauvais succès de la guerre ; et on peut dire de même que si les ministres de l'Église sont bons, s'ils font leur devoir, que tout ira bien ; et au contraire, s'ils ne le font pas, qu'ils sont cause de tous les désordres... Oui, nous sommes la cause de cette désolation qui ravage L'Église, de cette déplorable diminution qu'elle a soufferte en tant de lieux ; ayant été presque entièrement ruinée dans l'Asie et dans l'Afrique, et même dans une grande

partie de l'Europe, comme dans la Suède, dans le Danemark, dans l'Angleterre, Ecosse, Irlande, Hollande et autres Provinces unies, et dans une grande partie de l'Allemagne. Et combien voyons-nous d'hérétiques en France !... Oui, Seigneur, c'est nous qui avons provoqué votre colère ; ce sont nos péchés qui ont attiré ces calamités. Oui, ce sont les clercs et ceux qui aspirent à l'état ecclésiastique, ce sont les sous-diacres, ce sont les diacres, ce sont les prêtres, nous qui sommes prêtres, qui avons fait cette désolation dans l'Église. » Et, entrant dans des détails plus particuliers, il parcourait les rangs des ecclésiastiques de son temps. Les uns sont inutiles : « Ils disent leur bréviaire, célèbrent leur messe, et encore fort pauvrement, quelques-uns administrent les sacrements tellement quellement, et voilà tout. » Mais un grand nombre d'autres sont dans le vice et le désordre. Et il parlait des prêtres de toute une province tellement livrés à l'ivrognerie, qu'il avait fallu faire une assemblée d'évêques pour chercher à ce mal ignoble un remède qu'on ne pouvait trouver. « Ce n'est pas, ajoutait-il pour se consoler et consoler les siens, ce n'est pas que tous les prêtres soient dans le dérèglement. Non, ô Sauveur ! Qu'il y a de saints ecclésiastiques ! Il nous en vient tant ici en retraite, des curés et autres, qui viennent de bien loin exprès pour mettre bon ordre à leur intérieur ! Et combien de bons et de saints prêtres à Paris ! Il y en a grand nombre ; et entre ces Messieurs de la conférence *, qui s'assemblent ici, il n'y en a pas un qui ne soit homme d'exemple : ils travaillent tous avec des fruits non pareils. Si donc il y a de méchants ecclésiastiques dans le monde, — et je suis le pire, le plus indigne et le plus grand pécheur de tous, — aussi, en revanche, il

i La conférence des mardis, dont il sera parlé plus bas.

y en a qui louent hautement Dieu par la sainteté de leur vie. )>

Or, notre vocation est de corriger les mauvais et de perfectionner les bous. Mais qui sommes-nous pour ce ministère ? « Nous ne sommes que de chétives gens, de pauvres laboureurs et paysans ; et quelle proportion y a-t-il de nous misérables à un emploi si saint, si éminent et si céleste ?... C'est pourtant à nous à qui Dieu a confié une si grande grâce, que celle de contribuera rétablir l'état ecclésisastique. Dieu ne s'est pas adressé pour cela, ni aux docteurs, ni à tant de communautés et religions pleines de science et de sainteté ; mais il s'est adressé à cette chétive, pauvre et misérable Compagnie, la dernière de toutes et la plus indigne. Qu'est-ce que Dieu a trouvé en nous pour un si grand emploi ? Où sont les actions illustres et éclatantes que nous avons faites ? où cette grande capacité ? Rien de tout cela ; c'est à de pauvres misérables idiots que Dieu, par sa pure volonté, s'est adressé, pour essayer encore à réparer les brèches du royaume de son Fils et de l'état ecclésiastique. Oh ! Messieurs, conservons bien cette grâce que Dieu nous a faite par préférence à tant de personnes doctes et saintes qui la méritaient mieux que nous ; car si nous venons à la laisser inutile par notre négligence, Dieu la retirera de nous pour la donner à d'autres et pour nous punir de notre infidélité. Hélas ! qui sera-ce de nous qui sera la cause d'un si grand malheur, et qui privera l'Eglise d'un si grand bien ? Ne sera-ce point moi, misérable ? Qu'un chacun de nous mette la main sur sa conscience, et dise en lui-même : Ne serai-je point ce malheureux ? Hélas ! il n'en faut qu'un misérable, tel que je suis, qui par ses abominations détourne les faveurs du ciel de toute une maison, et y fasse tomber la malédiction de Dieu. 0 Seigneur, qui me voyez tout couvert et tout rempli de pé- 11. 3

«.liés qui m'accablent, ne privez pas pour cela de vos grâces cette petite Compagnie ! Faites qu'elle continue à vous servir avec humilité et fidélité, et qu'elle coopère au dessein qu'il semble que vous avez de faire, par son ministère, un dernier effort pour contribuer à rétablir l'honneur de votre Église ! »

C'est ainsi que toujours Vincent se complaisait dans sa bassesse, qu'il s'y enfonçait avec bonheur, et qu'il s'efforçait d'entraîner les siens dans le même sentiment. Mais, loin d'y trouver le désespoir, il y puisait la confiance. « Dieu, disait-il, a toujours employé de faibles instruments aux grands desseins. En l'institution de l'Église, n'a-t-il pas choisi de pauvres gens ignorants et rustiques ? Cependant, c'est par eux que Notre-Seigneur a renversé l'idolâtrie, qu'il a assujetti à l'Église les princes et les puissants de la terre, et qu'il a étendu notre sainte religion par tout le monde. Il peut se servir aussi de nous, chétifs que nous sommes, pour aider à l'avancement de l'état ecclésiastique à la vertu. Au nom de Notre-Seigneur, Messieurs et mes frères, donnonsnous à lui, pour y contribuer tous par nos services et par de bons exemples, par prières et par mortifications.»

Et par ces derniers mots il résumait les moyens qu'il aimait à conseiller pour assurer le succès de l'œuvre sainte. Avant et après tout, en tout la prière : ce II faut prier beaucoup, vu notre insuffisance... Mon Sauveur, tout ne servira de rien, si vous n'y mettez la main. Il faut que ce soit votre grâce qui opère tout en nous, et qui nous donne cet esprit sans lequel nous ne pouvons rien. Que savons-nous faire, nous qui sommes de pauvres misérables ? 0 Seigneur, donnez-nous cet esprit de votre sacerdoce qu'avaient les apôtres et les premiers prêtres qui les ont suivis. Donnez-nous le véritable esprit de ce sacré caractère qu^ vous avez mis en de pauvres pê-

cheurs, en des artisans, en de pauvres gens de ce tempslà, auxquels, par votre grâce, vous avez communiqué ce grand et divin esprit. » Alors il demandait à tous, à l'époque des ordinations, d'offrir à Dieu, à l'effet d'obtenir de bons prêtres, leurs communions, leurs oraisons, et toutes leurs bonnes œuvres. Il le demandait aux siens, il le demandait aux communautés religieuses, aux Dames de la Charité, qu'il envoyait implorer cette grâce à l'autel de la Vierge dans l'Église de Notre-Dame d. Et, pour encourager ces prières, il disait : « Sainte Thérèse, qui voyait de son temps le besoin que l'Église avait de bons ouvriers, demandait à Dieu qu'il lui plût faire de bons prêtres, et elle a voulu que les filles de son ordre fussent souvent en prières pour cela. Et peut être que le changement en mieux qui se trouve à cette heure en l'état ecclésiastique, est dû en partie à la dévotion de cette grande sainte.» Plus elles partaient de bas, plus les prières lui paraissaient assurées d'arriver au but. C'est pour cela qu'il en demandait aux plus humbles frères de sa communauté « Il se pourra faire peut-être, disait-il, que s'il plaît à Dieu qu'il réussisse quelque fruit, ce sera par les prières d'un frère qui n'approchera pas de ces messieurs les ordinands. 11 sera occupé à son travail ordinaire, et en travaillant il s'élèvera à Dieu souvent, pour le prier qu'il ait agréable de bénir l'ordination ; et peut-être aussi que, sans qu'il y pense, Dieu fera le bien qu'il désire, à cause des bonnes dispositions de son cœur. Il y a dans les psaumes : Desiderium pauperum exo/udivit Dominas.... » Ici Vincent s'arrêta tout à coup, ne se souvenant plus de la suite du verset, et, suivant son usage humble, familier et dramatique, il se tourna vers ses assistants et demanda : « Qui me dira le reste ? »

i. Summ. p.181,

L'un d'eux acheva : « Prœparationem cordis eorum audivit auris tua. — Dieu vous bénisse, Monsieur, » répondit le saint. — C'était son remerciment ordinaire. Et, ravi de la beauté de ce passage, il le répéta plusieurs fois, avec des transports de joie et de dévotion ; il en savoura la douceur, et il ajouta, pour en communiquer le goût à ses disciples : « Merveilleuse façon de parler, digne du Saint-Esprit ! « Le Seigneur a exaucé le désir des pauvres, il a entendu la préparation de leur cœur; » pour nous faire voir que Dieu exauce les âmes bien disposées avant qu'elles le prient. Cela est de grande consolation, et nous devons, certes, nous encourager au service de Dieu, quoique nous ne voyons en nous que misères et pauvretés. »

A la prière il recommandait de joindre l'humilité. « Ce doivent être là, disait-il, les armes des Missionnaires ; c'est par ce moyen que tout réussira ; c'est par l'humilité qui nous fait désirer la confusion de nous-mêmes; car croyez-moi, Messieurs et mes frères, c'est une maxime infaillible de Jésus-Christ que je vous ai souvent annoncée de sa part, que d'abord qu'un cœur est vide de soi-même, Dieu le remplit ; c'est Dieu qui demeure et qui agit là dedans, et c'est le désir de la confusion qui nous vide de nous-même ; c'est l'humilité, la sainte humilité ; et alors ce ne sera pas nous qui agirons, mais Dieu en nous, et tout ira bien. 0 vous donc qui travaillez immédiatement à cette œuvre, vous qui devez posséder l'esprit de prêtrise et l'inspirer à ceux qui ne l'ont pas, vous à qui Dieu a confié ces âmes pour les disposer à recevoir cet Esprit saint et sanctifiant, ne visez qu'à la gloire de Dieu ; ayez la simplicité de cœur vers lui et le respect vers ces Messieurs. Sachez que c'est par là que vous profiterez ; tout le reste vous servira depeu. Il n'y a que L'humilité et la pure intention de

plaire à Dieu qui aient fait réussir cette œuvre jusqu'à maintenant. »

L'humilité est dévouée et serviable. « Rendons à messieurs les ordinands, ajoutait le saint, toutes sortes de respects et de déférences, ne faisons point les entendus, mais servons-les cordialement et humblement... usant d'une vigilance particulière à voir, à rechercher et à leur apporter sans délai tout ce qui pourra les contenter ; étant ingénieux à pourvoir à leurs besoins ; devinant même, s'il est possible, leurs inclinations et leurs désirs, et les prévenant pour les satisfaire autant qu'il se pourra raisonnablement. »

Lui-même donnait l'exemple, et ne craignait pas de s'abaisser aux plus viles fonctions. On le vit un jour décrotter les souliers d'un ordinand, à qui un Frère avait refusé ce service *.

Car c'était sur la prédication du bon exemple, de toutes la plus éloquente et la plus efficace, qu'il comptait particulièrement pour le succès des exercices. « Ce que l'œil voit, disait-il, nous touche bien plus que ce que l'oreille entend, et nous croyons plutôt à un bien que nous voyons qu'à celui que nous entendons . Et quoique la foi entre par l'oreille, fides ex auditu, néanmoins, les vertus dont nous voyons la pratique font plus d'impression en nous que celles qu'on nous enseigne. Les choses physiques ont toutes leurs espèces différentes par lesquelles on les distingue. Chaque animal, et l'homme même, a ses espèces, qui le font connaître pour tel qu'il est, et distinguer d'un autre de pareil genre. De même les serviteurs de Dieu ont des espèces qui. les distinguent des hommes

1. Lettre de Humbert Ancelin, ancien évêque de Tulle, à Clément XI, du 18 juillet 1705. Cet évêque, qui fut enterré dans l'église de Saint- Ln/.arc, avait connu plusieurs personnes, qui elles-mêmes avaient été en relations intimes avec saint Vincent.

charnels: c'est une certaine composition extérieure, humble, récolligée et dévote, qui procède de la grâce qu'ils ont au dedans, laquelle porte ses opérations en l'âme de ceux qui les considèrent. Il y a des personnes céans si remplies de Dieu, que je ne les regarde jamais sans en être touché. Les peintres, dans les images des saints, nous les représentent environnés de rayons ; c'est que les justes qui vivent saintement sur la terre, répandent une certaine lumière au dehors, qui n'est propre qu'à eux. Il paraissait tant de grâce et de modestie en la sainte Vierge, qu'elle imprimait de la révérence et de la dévotion en ceux qui avaient le bonheur de la voir ; et en Notre-Seigneur il en paraissait encore plus : il en est de même par proportion des autres saints. Tout cela nous fait voir, Messieurs et mes frères, que si vous travaillez à l'acquisition des vertus, si vous vous remplissez des choses divines, et si un chacun en particulier a une tendance continuelle à sa perfection ; quand vous n'auriez aucun talent extérieur pour profiter à ces messieurs les ordinands, Dieu fera que votre seule présence portera des lumières en leurs entendements, et qu'elle échauffera leurs volontés pour les rendre meilleurs. »

Le bon exemple étant la seule prédication à l'usage des frères, Vincent le leur recommandait à ce point de vue, avec la même insistance que la prière et le bon service ; mais il en faisait une injonction non moins étroite à ses clercs et à ses prêtres, surtout à l'église et dans les cérémonies. La précipitation, les génuflexions tronquées, les moindres négligences dans l'office divin étaient un supplice à son esprit de religion, et un effroi à son âme toujours tremblante devant la possibilité d'un scandale. Aussi averlissait-il en particulier, et au besoin en public, <de tous les manquements qu'il observait. Un des siens passait-il légèrement devant l'autel avec une inclinaison

immodeste et irréfléchie, il l'appelait aussitôt, et lui montrait de quelle manière et jusqu'à quel point il fallait s'abaisser devant Dieu. Et il disait alors : « Nous ne devons pas nous présenter comme des marionnettes, auxquelles on fait faire des mouvements légers et des révérences sans âme et sans esprit ! » Et il ajoutait, dans son humble habitude de se rendre responsable de toutes les fautes : « Qui en est coupable, mes frères? C'est ce misérable, qui se mettrait à genoux, s'il le pouvait. Excusez mes incommodités 2. » En effet, quand il fut dans Timpuissance de porter le genou en terre, ce lui fut une privation cruelle, qu'il attribuait à ses péchés, et dont il demandait publiquement pardon, avec prière de n'en pas prendre scandale. « Néanmoins, ajoutait-il, si je vois que la Compagnie se relâche, je m'efforcerai de mettre le genou en terre, quoi qu'il m'en coûte, sauf à me relever le mieux que je pourrai, avec l'aide de quelqu'un de vous, ou en m'appuyant sur mes mains, pour donner par ce moyen l'exemple tel que je le dois. Car les fautes qui se commettent dans une communauté sont imputées au supérieur, et celles de la congrégation en ce point sont de conséquence : tant à cause qu'il s'agit d'un devoir de religion, et d'une révérence extérieure qui marque le respect intérieur que nous rendons à Dieu ; que parce que si nous sommes les premiers à y manquer, les ordinands et les ecclésiastiques de dehors qui viennent ici croiront qu'ils ne sont pas obligés d'en faire davantage ; et ceux de la Compagnie qui viendront après nous, et qui se régleront sur nous, en feront encore moins, et ainsi tout s'en ira en décadence ; car si l'original est défectueux, que sera-ce des copies? Je vous prie donc, Mes-

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