FRUITS DES CONFÉRENCES. — PREMIÈRES MISSIONS
Mais leur triomphe fut à l'Hôtel-Dieu, alors le plus vaste réceptacle de toutes les misères humaines. D'abord, munis des conseils de Vincent, ils s'y transportèrent en corps, et, avec leurs aumônes, ils semèrent parmi les pauvres malades de bonnes paroles et de saints désirs. Après avoir ainsi pris possession de la place, ils réglèrent de la faire occuper tous les jours par quelques-uns d'entre eux, jusqu'à ce qu'on les relevât, par un établissement fixe, de cette faction de charité. En attendant, ils faisaient aux convalescents des exhortations et des catéchismes tous les vendredis de l'année, et disposaient journellement les malades à des confessions générales.
Pleins d'admiration et de reconnaissance, les supérieurs de l'Hôtel-Dieu accordèrent à ces bons serviteurs la seule récompense qu'ils attendissent de leurs travaux, en leur ménageant un travail plus grand encore, et ils les invitèrent à donner une mission générale aux malades, aux convalescents et à tous les officiers de l'hôpital. Elle eut lieu en 1639, avec tout le succès qu'on pouvait attendre de leur zèle et des conseils de Vincent ; ils dépassèrent même les désirs des supérieurs, car, comprenant les religieuses dans leur charité, ils leur firent trois fois par semaine des entretiens spirituels sur les vertus de leur vocation.
Parmi les nombreuses missions données par les membres de la conférence de Saint-Lazare, il en est quelques-unes qui ont laissé une trace plus marquée dans l'histoire.
La première se fit dans un gros bourg que les historiens de saint Vincent de Paul ne nomment pas. Ce bourg, tout peuplé de cabaretiers et de gens de justice, était en proie à toutes les débauches et à toutes les exactions. Le cabaret y servait de maison commune, d'église et de tribunal : car là était le rendez-vous universel ;
là se passait le temps des offices, là se traitaient les affaires. Après avoir effrayé cette licence et ces injustices par quelques fortes prédications, nos Missionnaires arrachèrent d'abord au chef de la police un règlement qui fermait les cabarets pendant le service divin ; puis ils s'adressèrent successivement au prévôt, aux procureurs et aux sergents, et, par la double autorité qu'ils tenaient de leur sacré caractère et de leur parenté avec des présidents et des conseillers du parlement, ils obtinrent le retranchement de tous les abus et la réforme de la justice. En quelques semaines ils avaient réparé un siècle de désordres.
Mission du faubourg Saint-Germain.
Une mission plus pénible et plus fructueuse encore fut celle qui se fit au faubourg Saint-Germain. Ce faubourg était alors, au témoignage de tous les historiens du temps, la sentine de Paris, le rendez-vous de l'hérésie, de l'athéisme et du libertinage. Là les huguenots avaient établi leur première église, et, dès lors, les ministres sans asile et sans ressources y avaient cherché un refuge. Après ses places de sûreté, ce lieu était le boulevard du parti, qui bientôt y compta jusqu'à quatre mille représentants, la plupart illustres, entre autres Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret. Aussi le culte s'y exercait-il avec insolence. C'étaient, en plein jour, des processions au Pré-aux-Clers, en chantant les psaumes de Marot. C'étaient des prêches en public, sans crainte ni du gouvernement ni du peuple, parce que les protestants, la plupart gentilshommes, bravaient l'un et l'autre. En un mot, comme on disait, c'était une petite Genève,
De l'hérésie, de ses écrits, de ses discours contre la foi et les institutions catholiques était sorti le parti des politiques ou de l'indifférentisme religieux, père à son tour de l'athéisme. Dès 1623, le célèbre P. Mersenne, l'ami de Descartes et le correspondant de tous les savants de son temps , voyait soixante mille athées en France, cinquante mille dans Paris, et jusqu'à douze dans une seule maison. Or, nous l'avons dit, le faubourg Saint- Germain était leur séjour préféré.
A côté de l'incrédulité et de l'athéisme, marchait leur compagne ordinaire, la superstition. Aux portes même de l'église Saint-Sulpice, on vendait des caractères de magie et des livres de sortilèges.
Dans un tel milieu, quelles devaient être les mœurs ! On n'y voyait que dépravation et brigandage. Les femmes de débauche y avaient leur quartier général. Mal contenus par une police impuissante, les voleurs étaient alors maîtres des rues , et , quand ils n'avaient pu repousser les archers du guet, ils cherchaient refuge et impunité dans le faubourg Saint-Germain. Depuis un temps immémorial, ce faubourg formait une ville à part, et était soumis, non aux magistrats de Paris, mais à la justice de l'abbé, justice mal administrée et peu redoutable. La foire de Saint-Germain, qui durait environ deux mois, augmentait encore le désordre, en y attirant par sa franchise une multitude de marchands, qui apportaient la corruption avec les objets de leur négoce. Ajoutons que les duels régnaient là dans toute leur fureur : le fameux Pré-aux-Clercs a gardé dans l'histoire de ces combats singuliers le renom des plus célèbres champs de bataille.
Contre tant de maux, nul secours religieux, nul zèle dans le clergé. Si petite pour une population immense, L'église paroissiale était encore trop grande, tant elle
était délaissée. On n'en fréquentait que les charniers transformés en cabarets, et le cimetière contigu qui servait de supplément aux lieux de débauche ! Après avoir célébré sans décence, les prêtres eux-mêmes s'y rendaient, et y passaient leur journée dans le désordre et la crapule 4.
Dans ce temps, le bruit des missions que Vincent faisait par lui ou par les siens, commençait à se répandre, et les gens de bien fondaient sur elles de grandes espérances. Une pieuse dame du faubourg Saint-Germain, que les historiens de Vincent de Paul ne nomment pas, mais que des mémoires particuliers 2 disent être, la duchesse d'Aiguillon, vint, tout effrayée de tant d'horreurs, trouver le saint prêtre et le pria d'y donner une mission. Vincent, malgré les obligations qu'il avait à la duchesse, refusa d'abord, et répondit que ni lui ni ses prêtres ne travaillaient dans les villes épiscopales, et que d'ailleurs il n'oserait jamais proposer à personne d'évangéliser une telle population. « Ce serait, dit-il, jeter aux animaux le pain de la parole et de la grâce. » La duchesse insista avec toute la foi et toute l'humilité de la Ghananéenne de l'Évangile, et Vincent ébranlé se demanda si Dieu ne lui parlait pas par sa bouche. Il lui promit de penser a sa proposition. Quelques jours après, sa conviction était laite, et il voulut la communiquer aux ecclésiastiques de sa conférence. Ceux-ci, quoique accoutumés à recevoir toutes ses paroles comme des ordres sacrés, se récrièrent tous d'une voix, et, après avoir débattu le projet, ils conclurent à l'abandonner comme impossible.
Vincent se tut et pria. A l'assemblée suivante, il reprit la parole avec une force nouvelle. « Messieurs, dit-il,
1. Voir la Vie de M. (Mer, lom. T, p. 448 et suiv., où M. Faillon •i résumé ions les historiens du temps •;. Vie de M. (Hier, tom. I, p. 382.
j'ai réfléchi devant Dieu, et une réponse intérieure m'assure que ce projet est de lui et qu'il vous demande ce service. Sa grâce est plus puissante que tous les obstacles. Je compte sur elle, et je suis convaincu que vous réussirez malgré les efforts des démons et des hommes. » Pour la première fois, cette parole, toujours victorieuse, ne put remuer l'assemblée, et ne fut accueillie que par un morne silence. Sur tous les visages, on ne lisait qu'une muette dénégation, ou un mécontentement pénible causé par une fermeté que quelques-uns prenaient pour un reproche de leur opposition précédente. Vincent s'en aperçut, son humilité s'en effraya, et, tombant à genoux : « Messieurs, dit-il, je demande pardon à la Compagnie de la vivacité avec laquelle je viens de lui parler. Je proteste que je n'ai obéi en cela qu'au mouvement intérieur qui me poussait : j'avais cru que Dieu vous demandait cette nouvelle preuve de courage et d'amour. »
A la vue de ce saint vieillard, *— il avait déjà soixantecinq ans, — prosterné aux pieds de ceux qui ne l'appelaient que leur père, l'assemblée se sentit profondément émue. Ce fut la plus éloquente des exhortations. Tous aussitôt, à commencer par ceux qui avaient précédemment réclamé avec le plus d'énergie, lui demandèrent à leur tour pardon de leur résistance, et la mission fut arrêtée séance tenante, d'un consentement unanime.
On pria immédiatement Vincent d'en régler la conduite. On se permit seulement de lui faire observer qu'il y avait une grande différence entre une mission faite dans une ville, et dans une ville comme Paris, et les missions des campagnes. Contre d'autres ennemis, d'autres armes, lui dit-on ; et ce langage simple et familier, qui réussit sur le peuple des champs, n'exciterait ici que rires et moqueries. « Que viens-je d'entendre, Messieurs
interrompit Vincent. Voilà des paroles inspirées par la prudence humaine et peut-être par l'amour-propre. Vous voulez donc anéantir la force de la Croix en vous appuyant sur des moyens purement naturels ! Croyez-moi, la méthode que Dieu a bénie dans vos missions des campagnes, est la seule que Dieu bénira dans la mission que vous voulez entreprendre. Vous allez combattre l'esprit du monde, qui est un esprit d'orgueil, et vous ne le vaincrez qu'en l'attaquant par l'esprit de Jésus-Christ, qui est un esprit de simplicité et d'humilité. Comme ce divin Sauveur, cherchez, non votre gloire, mais celle de son Père ; à son exemple, soyez prêts à souffrir le mépris et, s'il le faut, la contradiction et la persécution. En parlant le langage qu'a parlé le Fils de Dieu, ce ne sera pas vous qui parlerez, mais lui qui parlera par vous. Ainsi vous mériterez de servir d'instruments à cette miséricorde, qui seule touche les cœurs les plus endurcis et convertit les esprits les plus rebelles. »
On n'insista plus. On recueillit ces paroles comme une sorte de mot d'ordre dans la campagne qu'on allait entreprendre. La mission, qui eut pour chef l'abbé de Perrochel, le futur évêque de Boulogne, fut commencée dans les humbles dispositions que Vincent venait de recommander. Dès le début, les jeunes Missionnaires reconnurem la sagesse chrétienne de ses conseils. Ce langage simple et familier, dont ils redoutaient leur défaite, fit leur victoire. On savait la naissance illustre de quelquesuns, la science des autres, le mérite de tous. On fut touché de les voir s'oublier eux-mêmes pour n'être plus que d'humbles et zélés apôtres. Aussi, tous les jours et j presque à toutes les heures, c'étaient des pécheurs invé- j térés, des usuriers sans cœur, des femmes perdues, des Libertins gangrenés, qui venaient se jeter à leurs pieds en criant miséricorde. Les conversions tenaient du mi-
racle. Il faudrait un volume, a dit le premier historien de Vincent, si l'on voulait consigner en détail les ignorances dissipées, les incrédulités convaincues, les injustices réparées, les inimitiés réconciliées, toutes les passions domptées. Un jour, raconte encore Abelly, vers la nu de leur repas, les Missionnaires virent entrer chez eux un bourgeois de Paris, qui leur dit : « J'ai sept à huit mille livres de rente, dont je puis disposer sans faire tort ta personne, car Dieu a rappelé à lui ma femme et mes enfants. Je viens donc vous les offrir, et en même temps ma personne. Usez de mon bien et de moi. Je m'engage à vous servir tout le reste de ma vie, à la seule condition que vous vous engagerez vous-mêmes à demeurer toujours ensemble, et à continuer en d'autres lieux ce que vous avez si heureusement fait dans le faubourg Saint- Germain. Je suis bien sûr que je ne puis ni rendre à Dieu un service qui lui soit plus agréable, ni procurer un plus grand bien à l'Eglise, ni, par conséquent, employer mieux et ma personne et nia fortune. » La proposition ne put être acceptée, parce qu'elle était faite à une condition impossible ; mais, en remerciant le riche bourgeois, les Missionnaires lui promirent de consacrer leurs vies à des œuvres à peu près semblables, et il est à croire que le bourgeois, de son côté, ne refoula pas son offre dans son cœur, et qu'il trouva ailleurs à faire un aussi saint emploi de lui-même et de ses biens.
Comme aucune des terres une fois cultivées par Vincent ne devait retomber en friche, le faubourg Saint- Germain, après cette première mission, vit bientôt venir à lui d'autres ouvriers. Dès Tannée suivante (1642), un des plus pieux disciples du saint prêtre et un de ses plus intimes amis, l'abbé Olier, accepta la cure de Saint-Sulpice après avoir refusé trois fois l'épiscopat ; et de cette paroisse, la plus dépravée, d'après le dire commun qu'il
répète lui-même dans ses mémoires, non-seulement de Paris, mais du monde entier, il fit la paroisse modèle que chacun sait. Au début de son ministère, il rendit aux Missionnaires qui l'avaient précédé ce bel hommage, dans la personne de leur chef, son parent et ami : « M. de Perrochel, écrivait-il en 1642, ce très-digne disciple de M. Vincent, qui m'avait suivi autrefois dans les missions d'Auvergne, a prêché Tan passé dans le faubourg Saint- Germain avec autant d'énergie que l'on puisse en avoir, et y a longtemps annoncé la pénitence avec une efficacité merveilleuse. Il y a fait faire un nombre prodigieux de confessions, jusque-là qu'on venait me parler de ces merveilles, et m'apprendre que les cœurs des hommes les plus durs et les plus attachés au péché étaient aussi purs que ceux des enfants, qui étaient pareillement l'objet de son zèle. Ces pauvres petits innocents, dans leur première communion et leur procession, ravirent le cœur des peuples. Paris sortait en foule de ses portes * pour entendre M. de Perrochel, qui prêchait à l'abbaye Saint- Germain (l'église de Saint-Sulpice étant trop petite). Il s'est acquis une telle réputation, qu'il passe pour l'apôtre de Paris ; non-seulement les peuples faisaient foule, mais encore les prélats et les prêtres, qui tous lui rendaient témoignage, et étaient résolus de l'imiter, avouant qu'il fallait prêcher de la sorte. » Ce témoignage revenait de droit à Vincent, qui seul avait inspiré et en quelque s or Le imposé ce mode de prédication.
1. M. Faillon fait remarquer sur cet endroit, tom. I, p. 414, qu'Olier semble distinguer Paris du faubourg Saint-Germain : en effet, ce faubourg, soumis à l'abbé de Saint-Germain pour le spirituel et le temporel, était séparé de Paris, et portait le nom de ville Saint- Germain -des -Prés. Aussi, dans certaines occasions, l'abbé faisait déîcnsc aux habitants de la ville de Sainl-Gcrmain d'aller à Paris.
Mission de Metz.
De toutes les missions prêchées par la conférence de Saint-Lazare, la plus illustre par son origine, ses coopérateurs, ses résultats, est, sans contredit, celle de Metz, en 1658.
Au mois de septembre de l'année précédente, la cour s'était rendue à Metz pour y surveiller de plus près l'élection à l'Empire, devenu vacant par la mort de Ferdinand III. Là vinrent la reine-mère, le jeune roi âgé alors de 19 ans, son frère le duc d'Anjou, le cardinal Mazarin avec sa nièce Anne Martinozzi, princesse de Conti, les ministres et la cour entière. Pour la première fois, le 15 octobre, jour de sainte Thérèse, Anne d'Autriche entendit Bossuet, alors archidiacre de Metz, qui vivait là depuis sa promotion au sacerdoce. L'orateur ne manqua pas de louer la piété et l'inépuisable bienfaisance de cette princesse, dont prier et donner, a dit Abelly, était toute la vie. Il mit à contribution sa charité en faveur de divers établissements auxquels il avait lui-même contribué, et notamment en faveur de la Propagation de la foi, œuvre destinée à venir en aide aux filles et femmes juives désireuses du baptême, ou aux filles et femmes calvinistes que leur conscience pressait d'abjurer l'hérésie. Il l'entretint de l'état spirituel du diocèse de Metz : juifs si nombreux et des chances de les convertir à la foi chrétienne ; des protestants plus nombreux encore, qu'il avait lui-même si victorieusement combattus na- ; es par sa Réfutation du catéchisme de Paul Ferri, et qui se montraient toujours entreprenants malgré tous les édits du roi ; de la nécessité d'un clergé plein de zèle et de lumières, dans un diocèse dévoré de tant de besoins, et privé, depuis plus de deux siècles, de la présence de
son premier pasteur. En ce temps, le titulaire de l'évêché de Metz était Henri de Bourbon, fils naturel de Henri IV et de la marquise de Verneuil, qui, par un abus déplorable et alors trop fréquent, avait été élu à ce siège, an. 1607, âgé de six ans à peine ! Henri de Bourbon ne prit jamais les ordres, et se fit suppléer pendant plus de cinquante ans, jusqu'à son étrange mariage avec la fille du chancelier Seguier, veuve du duc de Sully, par des suffragants pourvus d'un titre épiscopal in partibus. En 1657, le suffragant de Metz était Pierre Bedacier, évêque d'Auguste, autrefois religieux de Cluny, prélat zélé, mais que sa position subordonnée et fausse réduisait trop souvent à l'impuissance. En un, mot, Bossuet entretint la reine-mère de toutes les nécessités spirituelles d'un diocèse qu'il étudiait depuis cinq ans, qu'il connaissait mieux que personne. Car, sans parler de ses travaux pour la conversion des juifs et des protestants, chargé, en sa qualité de grand archidiacre, de présider à tous les soins religieux que réclamaient les seize paroisses de la cité, et toutes celles des doyennés de Noiseville et du Val de Metz, il avait vu de plus près qu'aucun tous les maux auxquels il priait alors la piété charitable de la reine-mère d'apporter remède.
Après un séjour de six semaines à Metz, Anne d'Autriche retourna à Paris, le cœur plein de projets inspirés par Bossuet et que nous la verrons successivement exécuter. Dans l'impuissance de tout réaliser d'un seul coup, et voulant aller au plus pressé, elle crut qu'une grande mission serait la meilleure aumône qu'on pût d'abord faire à ce pauvre peuple. Dans cette pensée, elle va trouver Vincent de Paul, sans qui, depuis quinze ans, depuis qu'elle l'avait introduit à son conseil de conscience, elle n'osait rien entreprendre. C'est lui, d'ailleurs, et les prêtres de sa congrégation, que si souvent elle avait
vus à l'œuvre, qu'elle voulait charger de la mission de Metz. Mais, dès le premier mot qu'elle en dit au saint prêtre : « Eh ! Madame, lui répondit-il, Votre Majesté ne sait donc pas que les pauvres prêtres de la Mission ne sont Missionnaires que pour les pauvres? Si nous sommes établis à Paris et dans d'autres villes épiscopales, ce n'est que pour le service des séminaires, des ordinands, de ceux qui font la retraite spirituelle, et pour aller faire des missions à la campagne, et non pas pour prêcher, catéchiser ni confesser dans ces villes -là. Mais, ajouta-tîl, il y a une autre Compagnie d'ecclésiastiques, qui s'assemblent à Saint-Lazare toutes les semaines, et qui pourront bien, si Votre Majesté l'a agréable, s'acquitter plus dignement que nous de cet emploi. » — « J'ignorais, répondit la reine, que les prêtres de la congrégation ne fissent pas de missions dans les grandes villes. Mais, vos prêtres ou les prêtres de la conférence de Saint-Lazare, peu m'importe, pourvu qu'ils viennent de votre part et qu'ils me soient donnés de votre main. Que ces messieurs de la conférence entreprennent donc au plus tôt la mission de Metz à mes frais, car je suis résolue d'en supporter seule toute la dépense '. »
Pour obéir ensemble aux volontés de la reine et à son zèle apostolique, Vincent ne perdit point de temps, et, dès le prochain mardi, il proposa la mission de Metz à l'assemblée. Cette fois, il n'y eut pas la moindre opposition. Au premier mot d'un maître si cher et si vénéré, tous s'offrirent à l'envi, et Vincent n'eut qu'à prendre, parmi ces hommes de bon vouloir, ceux qu'il jugeait plus capables de cette grande entreprise. Il en choisit quarante, dit Collet d'après Henri-Charles de Coislin, évêque de Metz, dans sa lettre à Clément XI, du 17 juillet 1706 ; vingt seulement, suivant d'autres mé-