Archives de l'État, MM
venons de voir en relation étroite avec lui, et il prospéra de jour en jour davantage.
Multiplication et durée des Conférences.
Tel fut le grand monument de la Mission de Metz. En voici un autre que nous devons d'autant moins négliger, qu'il nous ramène au coeur même du sujet de ce chapitre des conférences ecclésiastiques.
Dans la dernière lettre écrite par Bossuet à Vincent, nous lisons : « Il a plu à Notre- Seigneur d'établir ici, par le moyen des Missionnaires, une compagnie à peu près sur le modèle de la vôtre ; Dieu ayant permis, par sa bonté, que les règlements s'en soient trouvés hier parmi les papiers de cet excellent serviteur de Dieu M. de Blampignon. Elle se promit l'honneur de vous avoir pour supérieur, puisqu'on nous a fait espérer la grâce qu'elle sera associée à celle de Saint-Lazare, et que vous et ces Messieurs l'aurez agréable. J'ai charge, Monsieur, de vous en prier, et je le fais de tout mon cœur. Dieu veuille, par sa miséricorde, nous donner à tous la persévérance dans les choses qui ont été si bien établies par la charité de ces Messieurs ! »
Voilà encore, en effet, un caractère des conférences ecclésiastiques, comme de toutes les bonnes œuvres entreprises par Vincent de Paul : elles furent marquées au sceau de la multiplication et de la durée. Elles subsistèrent parmi nous, dans la forme primitive que leur avait imprimée le saint fondateur, jusqu'à la Révolution ; et nous les avons vues ressusciter de nos jours, sous une
l'orme à peu près semblable, quoique à des intervalles périodiques moins rapprochés, dans presque tous les diocèses de France. Du vivant de Vincent de Paul, elles se répandirent dans toutes nos provinces, en attendant qu'elles franchissent les monts pour s'établir à Gênes, dans d'autres villes d'Italie, et jusqu'au centre de la catholicité.
En effet, non-seulement les Lazaristes, mais les messieurs de la conférence, après avoir puisé au cœur de Vincent cette charité chrétienne qui ne demande qu'à se répandre et à se communiquer, lorsqu'ils étaient appelés dans les provinces par des missions, par leurs affaires, par les charges ou bénéfices qu'ils devaient remplir, invitaient les ecclésiastiques du lieu et des environs à s'assembler de temps en temps, avec la permission des évêques, pour s'entretenir des vertus de leur état, et à se former en conférence réglée à l'instar de celle des mardis.
Plus que tout autre, Jacques Olier pratiqua cette sainte propagande. Après s'être occupé de la sanctification des peuples autour de son abbaye de Pébrac, puis dans divers lieux de l'Auvergne et du Velay, avec le concours de Missionnaires qu'il avait demandés à Vincent de Paul et de quelques ecclésiastiques de la conférence, il songea, toujours à l'exemple de Vincent qu'il prenait en tout pour modèle, à l'instruction et à la sanctification du clergé. Ainsi il porta les chanoines de l'église cathédrale et les ecclésiastiques du Puy à former une compagnie semblable à celle de Saint-Lazare, et leur donna les mêmes règlements, avec les légères modifications exigées soit par l'assistance aux heures canoniales, soit par les obligations du ministère pastoral. Il ne se sépara d'eux qu'après les avoir accoutumés à se réunir toutes les semaines, pour conférer ensemble sur les devoirs de
leur vocation, et se renouveler dans la piété sacerdotale. Et comme il ne faisait rien sans en rendre compte à Vincent de Paul et à ses confrères de l'assemblée des mardis, il leur écrivit, en 1637: « Vous êtes établis par Notre-Seigneur, dans la ville de Paris, comme des lumières posées sur un grand chandelier pour éclairer tous les ecclésiastiques de la France ; à quoi vous devez être particulièrement encouragés par les grands fruits que fait dans la ville duPuy la Compagnie de messieurs les ecclésiastiques qui ont heureusement participé à votre esprit. Ils donnent des exemples de vertu qui ravissent toute la province ; les catéchismes se font par eux en plusieurs endroits de la ville ; la visite des prisons et des hôpitaux y est fréquente ; et, à présent, ils se disposent pour aller faire la mission dans tous les lieux qui dépendent du chapitre. Je demeure confus, voyant leur zèle, et de ce qu'ils désirent que j'aille faire l'ouverture de leur mission, en étant si peu capable. »
Dans ses mémoires, Olier, en faisant l'éloge du chapitre du Puy, forme le vœu de voir d'autres chapitres imiter un si bel exemple ; et il eut la consolation de voir ce vœu se réaliser, et une sainte émulation s'établir entre le chapitre du Puy et un autre également considérable, qu'il ne nomme pas. « Ces chapitres, dit-il, catéchisent, confessent, donnent les exercices aux ordinands, font des missions, édifient par leur modestie ; et ils se sontprésentés l'un et l'autre à leur évêque, pour être ses précurseurs dans ses visites. »
Abelly, dans le chapitre longtemps inédit et déjà cité de sa Vie de Vincent de Paul, parle de ce qu'OJier fit encore pour le clergé du diocèse de Saint-Flour. « Ce très-digne abbé, dit-il, ayant obtenu de M. l'évêque de Saint-Flour son agrément, pour faire la retraite aux curés du diocèse dans son abbaye de Pébra£, et même
les exercices de l'ordination, comme il se pratiquait à Paris ; il écrivit une lettre, au mois d'octobre de l'année 1636, à messieurs les ecclésiastiques de la conférence de Saint-Lazare de Paris, pour leur demander du secours, pour leur représenter qu'il y allait de la réformatiou de tout un diocèse. » En effet, il reçut les curés et les ordinands dans son abbaye, les défraya durant tout le temps des exercices, et procura même aux plus pauvres les secours temporels nécessaires à eux et à leurs paroisses1.
Ce que fit Olier en Auvergne et dans le Velay, d'autres le firent dans diverses provinces de France. Ainsi, ce sont les chanoines de Noy on qui, formés en assemblée par Bourdin, archidiacre de cette Église, docteur en théologie et membre de la conférence des mardis, écrivent, en novembre 1637, à leurs confrères de Saint- Lazare : « Messieurs, voici un petit ruisseau qui retourne à sa source : nous prenons la liberté de vous parler de la sorte, puisque notre assemblée naissante ne reconnaît, après Dieu, autre principe de son établissement et de son être que votre vénérable Compagnie, dont la renommée, les saintes pratiques de charité et de piété qui s'y exercent continuellement, les avantages singuliers qu'en reçoit la sainte Église, les fruits incomparables qu'en retirent les ecclésiastiques qui ont le bonheur d'y être admis, nous ont excités d'en établir une semblable parmi nous. »
Ce sont les ecclésiastiques de Pontoise, groupés également en conférence, qui écrivent à Vincent, au mois de mai 1642 : « Nous vous demandons une grâce, qui est que, comme nous ne sommes encore que des enfants en la vertu, qui n'avons pas assez de force pour nous sou-