DÉSINTÉRESSEMENT DE VINCENT
compte, et vous n'avez pas pourtant laissé de souffrir la mort pour leur salut, quoique vous prévissiez cette prodigieuse multitude d'infidèles qui s'en moqueraient, et ce grand nombre de chrétiens qui abuseraient des grâces que vous leur avez méritées1 ! i
Désintéressement de Vincent.
Tous ces discours, recueillis à travers cent autres semblables, achèvent de nous faire comprendre la nature des exercices spirituels, et nous font déjà entrevoir les avantages immenses qui en revinrent aux âmes. Mais ces encouragements que Vincent prodiguait aux siens pour les porter à la persévérance, le tableau des fruits de salut produits par les retraites qu'il mettait sans cesse sous leurs yeux pour leur faire dédaigner les intérêts temporels, ne les rassuraient pas toujours sur l'avenir de l'œuvre, moins encore sur la possibilité de soutenir longtemps l'énormité des sacrifices qu'elle coûtait à la congrégation. La maison de Saint-Lazare s'affaissait sous le poids toujours croissant de la dépense, et on accusait d'excès la charité de Vincent, on l'engageait à plus de modération et de prudence. — « Monsieur, venait lui dire un Frère vraisemblablement chargé de la manutention des finances, nous allons succomber sous le nombre des exercitants. — Mon frère, c'est qu'ils veulent se sauver. — A la bonne heure! Monsieur, si tous se sauvaient. Mais combien peu profitent de la retraite, et combien plus viennent chercher ici moins la nourriture de l'âme que celle du corps ! — C'est déjà beaucoup que quelques-uns se sauvent. Quant à ceux