‹ Saint Vincent de PaulChapitre 53 sur 159 · Summ., p · texte numérisé non relu

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LE SÉMINAIRE iftfÉRNE, î£TC. 179

craignait pas alors d'ajouter sévèrement : « Si vous dites que vous n'avez point remarqué ces défauts en vous, c'est un signe que vous avez bien peu d'humilité ; car si vous en aviez autant que Notre-Seigneur en demande d'un prêtre de la Mission, vous vous réputeriez le plus imparfait de tous, et vous vous estimeriez coupable de ces choses, et attribueriez à quelque secret aveuglement de ne pas voir ce que les autres voient, surtout depuis que vous' en avez été averti. Et à propos d'avertissement, on m'a encore dit que vous avez peine à souffrir qu'on vous en fasse. Si cela est, ô Monsieur! que votre état est à craindre, et qu'il est éloigné de celui des saints, qui se sont avilis devant le monde, et réjouis quand on leur a montré les petites taches qui étaient en eux ! C'est mal imiter le saint des saints Jésus-Christ, qui a permis qu'on lui ait reproché publiquement le mal qu'il n'avait pas fait, et qui n'a pas dit un mot pour se mettre à couvert de cette confusion. Apprenons de lui, Monsieur, à être doux et humbles de 'cœur. Ce sont les vertus que vous et moi lui devons demander incessamment, et auxquelles nous devons faire une attention particulière, pour ne nous pas laisser emporter aux passions contraires qui détruisent d'une main l'édifice spirituel que l'autre bâtit. Plaise à ce même Seigneur nous éclairer des lumières de son divin esprit pour voir les ténèbres du nôtre, et pour le soumettre à ceux qu'il a préposés pour nous conduire, et de nous animer de sa douceur infinie, afin qu'elle se répande sur nos paroles et sur nos actions, pour être agréables et utiles au prochain ! »

Ainsi, il en venait toujours à se confondre avec le coupable, et même à se mettre au-dessous de lui. « O Monsieur, disait-il alors, offrez -moi à Dieu, afin qu'il me pardonne ies fautes incomparables que je commets tous les jours dans la qualité que j'ai, dont je suis le plus indigne

de tous les hommes, et pire que Judas envers Notre-Seigneur. » Et ce qu'il disait de lui en particulier, il le répétait devant tous ses frères : « Je dois trouver bon d'être moi-même averti ; en sorte que, si je ne me corrigeais pas de quelque défaut scandaleux qui apportât désordre et destruction à la congrégation, ou bien si j'enseignais ou soutenais quelque chose contraire à la doctrine de l'Église, la congrégation assemblée devrait me déposer, et puis me chasser. »

La correction achevée, il relevait le courage abattu, renouvelait ses protestations d'estime et d'affection, et, pour dernier lénitif, il ajoutait des paroles comme cellesci : « Je me déchire les entrailles en vous disant la moins dre chose qui vous puisse fâcher. Au nom de Dieu, supportez-moi ! » ou bien : « Je ne puis, non, je ne puivous exprimer la douleur que j'ai de vous contrister. Je vous supplie de croire que, si ce n'était l'importance de la chose, j'aimerais mille fois mieux en porter la peine que vous la donner. » On ne résistait pas à tant de tendresse. L'amour-propre mourait sans presque sentir de blessure ; ce qui faisait dire de Vincent « qu'il ressemblait au Grand-Seigneur : qu'il étranglait l'amour-propre avec un cordon de soie. »

Sa tendresse pour les siens redoublait dans leurs persécutions et leurs maladies. Persécutés, il partageait toutes leurs souffrances et pouvait s'écrier avec saint Paul : Quis infirmatur, et ego non infirmor ? malades, il veillait sur eux avec la sollicitude d'une mère. Médecins, remèdes, voyages aux eaux, voyages de délassement, rien ne lui coûtait pour les soulager. « Je vendrais jusqu'aux vases sacrés, répéta-t-il souvent, pour procurer des secours aux pauvres malades. » Il faisait mieux : il se livrait lui même et s'exposait pour eux à la mort. Pendant les maladies contagieuses, il ne craignait pas de

respirer leur haleine ; il fallait l'arracher de leur couche pour qu'il n'y passât pas les jours et les nuits. Il ne voulait pas que les malades se crussent à charge à la Compagnie : « Au contraire, disait-il, ce lui est une bénédiction d'en avoir, car ils méritent plus par leurs souffrances que les autres par leur travail. » Dans les fréquentes visites qu'il leur faisait, il s'occupait à la fois de leur corps et de leur âme. Il voulait savoir d'eux-mêmes s'ils étaient bien soignés. Sa seule présence, sa tendre compassion, leur étaient le plus efficace des remèdes ; et, quand ils étaient convalescents, ses récits à la fois édifiants et agréables leur donnaient une joie fortifiante. Mais il les avertissait toujours de vaquer, s'ils le pouvaient sans incommodité, à leurs exercices spirituels, « de peur, leur disait-il doucement et paternellement, que l'inûrmité du corps ne passât jusque dans l'âme et ne la rendît tiède et immortifiée . » Étaient-ils à la mort, il les exhortait en ces termes, d'une douceur et d'une sublimité de foi admirables : « Eh bien, mon bon frère, comment vous trouvez-vous à présent? Vous croyez donc que c'est tout de bon que notre grand général, ce premier de tous les Missionnaires, Notre- Seigneur, vous veut avoir dans la mission du ciel ? Voyez-vous, il veut que nous y allions tous chacun à notre tour, et c'est une des principales règles et constitutions qu'il a faites étant sur la terre : Volo ut ubi ego sum> illic sit et minister meus. Mon Dieu ! quelle consolation devez-vous avoir, d'être choisi des premiers pour aller en mission mais à cette mission éternelle dont tous les exercices sont, d'aimer Dieu ! N'est-il pas vrai que notre grand supérieur voudra bien vous faire cette grâce, d'être du nombre de ces heureux Missionnaires, etc. * ? »

t. Exhortation de 1645.

182 saint vi:;;:!:nt de paul.

Au milieu de ses occupations accablantes, sa chambre, son oreille et son cœur étaient toujours ouverts au moindre d'entre eux. Il était prêt à les entendre en tout temps, avant sa messe, pendant son office, et même la nuit. Les scrupuleux pouvaient recourir à lui plusieurs fois par jour et par heure, même lorsqu'il était en affaire avec des personnes de distinction, et il les recevait avec bonté. Il se levait, allait au devant d'eux, les prenait dans un coin, les écoutait, répétait ses conseils, les leur écrivait-même, les invitait à en faire tout haut la lecture pour s'assurer qu'ils avaient bien compris : rien ne lassait sa charité *.

S'il ne pouvait absolument leur parler à l'heure même, il leur assignait un autre rendez-vous en leur demandant pardon du délai. Joies et peines, désirs et craintes, bonnes et mauvaises inclinations, fautes même, il les excitait à lui tout dire, et les renvoyait avec les conseils les plus appropriés à leurs besoins, toujours consolés, jamais mécontents. C'est qu'il se faisait tout à tous, prenant de chacun l'humeur, les dispositions, les habitudes et jusqu'au langage, parlant tour à tour picard, gascon, basque, allemand, suivant son interlocuteur. Mais cette familiarité, qui allait aux cœurs, ne dégénérait jamais ni en bouffonnerie ni en mépris. Il traitait tout le monde, même les plus petits, avec des expressions d'honneur autant que de tendresse. Il en multipliait les témoignages lorsqu'on semblait craindre qu'une confession humiliante ne diminuât son estime, et surtout lorsqu'on croyait avoir à se plaindre de lui. Il se levait aussitôt, et, se jetant au cou de celui qui venait de lui «aire l'aveu de son aversion et de son mécontentement : Ah ! Monsieur, lui disait-il en le tenant embrassé, si je

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