‹ Saint Vincent de PaulChapitre 54 sur 159 · Summ , pp · texte numérisé non relu

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ne vous avais déjà donné mon cœur, je vous le donnerais tout à cette heure. »

Lui découvrait -on la tentation de sortir de la Compapagnie : « Vousn'en ferez rien, répondait-il, car ce serait me couper un bras ou une jambe ; ce serait m'arracher les eutrailles. » Et il se mettait à genoux aux pieds de son disciple, les larmes aux yeux, et restait des heures entières dans cette posture, répétant : « Je ne me relèverai point que vous ne m'accordiez ce que je vous demande pour vous-même ; je veux être pour le moins aussi fort envers vous que le démon. »

Quelquefois, suivant la différence des caractères, il répondait en souriant : « Tout de bon, Monsieur, vous voulez retourner en votre pays. Quand est-ce que vous partez ? Est-ce à pied ou à cheval que vous allez faire ce voyage ? » L'interlocuteur souriait à son tour, demandait pardon et jurait fidélité.

Vincent insistait de la même façon pour garder le moindre de ses frères : « Non, mon cher frère, je ne saurais consentir à votre sortie, pour cette raison que ce n'est pas la volonté de Dieu, et qu'il y aurait du péril pour votre âme qui m'est bien chère. La bonté de votre cœur a gagné toutes les affections du mien, et ces affections n'ont d'autre but que la gloire de Dieu et votre sanctification. Au moins je vous prie de ne point sortir de la Compagnie que par la même porte par laquelle vous y êtes entré, et cette porte n'est autre que la retraite spirituelle, que je vous prie de faire avant que de vous résoudre à une affaire de si grande importance. » Si, malgré lui, quelqu'un sortait.de la congrégation, il le poursuivait encore de sa charité. En 1655, un de ses jeunes séminaristes, méprisant ses avis, s'engagea dans compagnie des gardes suisses, qu'il déserta bientôt. Mais cette seconde désertion faillit lui coûter plus cher

que la première. Car, saisi, mis en prison, il fut condamné à mort. En cette extrémité, il se rappela le père qu'il avait abandonné, et recourut à lui. Vincent, tout rempli de pardon et de charité pour cet enfant prodigue, intervint en sa faveur et lui obtint la vie.

Assez souvent, il donnait à ceux qu'il n'avait pu retenir de quoi faire leur voyage et s'en retourner chez eux ; et il approuvait les supérieurs de ses maisons particulières qui agissaient ainsi. « Je souhaite, écrivait-il alors, que Dieu fasse toujours la grâce à la Compagnie d'exercer sa bonté envers tout le monde, et surtout envers ceux qui se sépareront d'elle ; non-seulement pour leur ôter tout sujet de se plaindre, mais afin que, leur mettant des charbons ardents sur. la tête, ils reconnaissent jusqu'au bout la charité de leur bonne mère. » — D'ailleurs, jamais un mot de plainte contre ceux qui l'avaient abandonné ; jamais de représailles contre leurs murmures. Au lieu de révéler les motifs de leur sortie, il disait d'eux tout le bien possible dans les limites de la vérité, et se vengeait de leurs petites passions par toutes sortes de bons offices.

S'il ne pouvait, sans blesser les intérêts de Dieu et de l'Église, leur rendre un témoignage, au moins il se taisait sur leur compte. Soure, curé de Saint- Jean-en- Grève, exilé à Compiègne, lui avait écrit, le 17 août 1659, pour lui demander des renseignements sur un ecclésiastique, autrefois prêtre de la Mission, à qui il voulait confier le gouvernement intérimaire de sa paroisse. « Monsieur, lui répondit Vincent, je ne connais pas assez l'ecclésiastique dont vous me parlez pour vous en rendre aucun témoignage, bien qu'il soit entré et sorti deux fois de notre Compagnie. » Portail, d'Horgny et Aimeras, présents lorsqu'il dictait cette lettre, Iul firent observer que ce curé aurait sujet de s'étonner, s'il

lui mandait ne pas connaître assez un prêtre qui avait été deux fois sous sa conduite. « Je vois bien cela, repartit Vincent ; mais Notre- Seigneur, quoiqu'il eût une parfaite connaissance de toute sorte de personnes, a néanmoins dità quelques-unes : « Je ne vous connais point », et le dira au jour du jugement, parce que non cognoscit scientia approbationis. » Qu'admirer davantage ici, de la charité ou de la prudence, sans parler du mot et de l'exemple de Notre-Seigneur, allégués, comme toujours, avec un si merveilleux à-propos ?

Vincent n'était pas moins charitable ni moins affectueux pour les frères que pour les prêtres de sa Compagnie. Il se montrait reconnaissant de leurs moindres services. Un d'eux lui ayant porté de l'eau bénite dans sa chambre, et s'étant jeté à ses pieds pour lui demander sa bénédiction : « Oui, cher frère, lui dit-il, que Dieu vous bénisse et vous récompense ! Je prie Jésus-Christ Notre-Seigneur de -vous donner une sainte haine de vous-même et un entier détachement de toutes les créatures, pour vous consacrer seulement à la vertu, comme il convient à un vrai, séminariste, amateur de sa perfection *. » Il écoutait toutes leurs plaintes quand ils n'étaient pas bien traités : « Vous avez bien fait de m'en avertir, disait-il ; j'y mettrai ordre. Venez toujours à moi, mon frère, quand vous aurez quelque déplaisir, car vous savez combien je vous aime. » Il les rassurait, s'ils avaient peur d'être importuns: a Non, mon frère, ne craignez en aucune faron que je me trouve chargé ou importuné de vos demandes : et sachez pour une bonne fois qu'une personne que Dieu a destinée pour en aider quelque autre, ne se trouve non plus surchargée dps assistances et éclaircissements qu'elle lui

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