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demande que le serait un père à l'égard de son enfant. » 11 renvoya une fois un domestique de sa maison, excellent serviteur pourtant, et qu'il fit placer ailleurs, parce qu'il avait injurié un frère. Quelle n'était pas néanmoins sa charité, même pour ses domestiques, qu'il voulait qu'on appelât ainsi, et non serviteurs ! Il les traitait en frères, ainsi que les artisans et les pauvres. Si quelqu'un se blessait au service de Saint-Lazare, il le payait tout le temps de sa maladie, comme s'il eût travaillé. Il écrivait alors : «C'est un sujet d'affliction de voir arriver ces accidents en ceux qui travaillent pour nous, et de crainte pour moi que mes péchés n'en soient la cause*. »

Sa charité suivait les siens en voyage et leur ménageait partout une charité semblable : « Je recommande un tel à vos soins, écrivait- il toujours aux supérieurs de ses maisons. J'espère qu'il aura beaucoup de confiance en vous, quand il verra la bonté, le support et la charité que Notre-Seigneur vous a donnés pour ceux qu'il commet à votre conduite. » Il répondait à toutes leurs demandes et pourvoyait à tous leurs besoins quand ils étaient en mission. Un d'eux lui écrivit une fois pour demander, entre autres choses, une calotte. Gomme il ne s'en trouva pas sous la main, il ôta la sienne et la remit à un frère. « Mais, Monsieur, dit celui-ci, on pourrait en acheter une en ville, qu'on enverrait une autre fois. — Non, mon frère, ii ne faut pas le faire attendre, car il peut en être pressé. Envoyez-lui, je vous prie, présentement la nôtre, avec le reste de ce qu'il demande. »

11 épousait, en quelque sorte, les familles entières de tous les siens, les soulageait de sa bourse et de ses prières,

i. A. Durand, Agile, 15 juin 1657.

et les recommandait à sa communauté dans leurs afflictions et dans leurs pertes : « Nous prierons Dieu, disaitil, pour cette famille affligée. J'engage les prêtres qui n'ont point d'obligation particulière à dire la messe, et nos frères à communier à son intention ; et moi, tout le premier, j'offre à Dieu de bon cœur pour elle la sainte messe que je m'en vais célébrer. »

Avec le mobile d'une telle affection, il remuait tous les cœurs et les portait aux plus durs sacrifices. Les soldats de Turenne s'exposaient au feu et à tous les périls au moindre de ses ordres, parce qu'ils voyaient en lui, outre le grand capitaine, le plus attentif et le plus compatissant des pères. Ainsi des fils de Vincent, toujours prêts à voler dans les pays les plus barbares, à y braver la peste et le fer, sur un mot de leur supérieur, dont la charité était pour eux l'image du Dieu qui devait être leur récompense.

Le séminaire interne de Saint-Lazare fut le premier grand séminaire proprement dit établi en Prance, et aussi la première source des grands séminaires postérieurement institués. Là, pour la première fois, furent réunis, non plus de jeunes enfants, d'une vocation incertaine encore, et appliqués aux lettres humaines plus qu'à une préparation au ministère ecclésiastique trop lointaine pour être bien sérieuse ; mais des élèves âgés déjà d'environ vingt ans, ayant commencé à consulter Dieu et parvenus à la maturité nécessaire pour choisir un état ; vrais candidats au sacerdoce, qui, débarrassés de toutes les études profanes, n'étaient plus soumis qu'aux études théologiques et à tous les exercices immédiatement et exclusivement préparatoires au sacré minist'

En même t >mps, du séminaire interne de Saint-Lazare devaient sortir, non-seulement des membres de la con-

grégation de la Mission, mais des hommes destinés, sur l'invitation des évêques, à fonder ou à diriger des séminaires dans un grand nombre de diocèses de France.

Cependant, le premier grand séminaire, dans toute la rigueur de cette dénomination, le premier grand séminaire à l'usage du clergé séculier, fut celui d'Annecy, établi au plus tard en 1641.

Séminaire d'Annecy, premier grand séminaire.

Dès l'année 1638, le commandeur de, Sillery avait commencé la longue série de ses dons à Saint-Lazare. Noël Brulart de Sillery, frère du chancelier de ce nom, avait rempli avec distinction les plus grandes charges. Successivement ambassadeur en Italie, en Espagne, et en d'autres États, il s'était rendu recommandable et à la cour de Louis XIILet à l'ordre de Malte, qui le pourvut de la commanderie du Temple à Troyes. Après avoir fait grande figure dans le monde, touché de la grâce, il quitta la cour et se mit sous la conduite de Vincent. Docile à suivre son saint guide, qu'il devançait même quelquefois, il quitta son hôtel, réforma sa maison, vendit son riche mobilier et ses somptueux équipages, et en consacra le prix à des œuvres de charité '. Vers la

1. Voici en quels termes le commandeur de Sillery écrivait à Vincent de Paul : « Monsieur mon révérend et très-cher père, je ne doute point que, connaissant comme vous faites le cœur de votre chétif fils, vous n'ayez voulu, par votre toute aimable et cordiale lettre le remplir de tant de douceurs de votre exubérante bonté, qu'encore qu'en matière de cordialité il ne cède à personne, vous l'obligez néanmoins à vous rendre les armes et à vous reconnaître, ainsi qu'il fait très-volontiers en cela et en tout, pour son maître et son supé rieur. Et de vrai, il faudrait être bien rude et bien agreste, pour ne

fin de sa vie, avec l'assentiment de Vincent, il entra dans les ordres, et, dès lors, il se montra non plus seulement fervent chrétien, mais apôtre. Ayant conféré avec Vincent de son projet de pourvoir aux besoins spirituels des religieux et des curés qui dépendaient du grand prieuré du Temple, il se fit donner par le grand maître de Malte une commission de visite, avec pouvoir de retrancher les abus et de rétablir le bon ordre. Pour en assurer le succès, il procura des missions aux pasteurs et aux peuples, et, grâce au zèle habile de Pavillon, d'Abelly, de Perrochel, de Fouquet et de Vialart, des conférences des mardis, qui en furent chargés conjointement avec les Missionnaires, la commanderie fut renouvelée.

Le commandeur voulut alors remonter jusqu'à la source, et entreprit d'établir, dans la maison du Temple, à Paris, une espèce de séminaire, où l'on formerait les curés et religieux de l'ordre de Malte. Pour l'y aider,

pas tondre tout en dilection pour une charité si amoureusement exercée par un si cligne et si débonnaire père envers un fils qui ne sert qu'à lui donner de la peine. Mais il n'y a remède ; je reçois humblement et volontiers les confusions de toutes les pauvretés et faiblesses que vous supportez en moi, après vous en avoir, en toute révérence et soumission, requis pardon. Je vous promets bien, mon très-cher père, que c'est à bon escient que j'ai bonne envie, et moyennant" la grâce de Notre-Seigneur, de m'en amender. Oui. certes, mon unique père, il m'est avis que je ne me suis jamais senti touché pour ce regard jusqu'au point où je me trouve Oh ! que si nous pouvons et venons à travailler efficacement à un bon amendement de tant de misères, dont votre Révérence sait que je suis rempli et environné de tous côtés, je suis assuré qu'elle en recevra des consolations indicibles. Et quand ce bien n'arriverait pas si promptement ou si notablement que votre piété le désire, je vous conjure, mon bon père, per viscera misericordix Dei nostri in quitus visiiavit nos oriens ex alto, que votre bonté ne se lasse point et ne veuille jamais délaisser ce pauvre tils. Vous savez bien qu il serait sous une trop mauvaise conduite, s'il demeurait sous la sienne. •

Vincent fit quelque séjour au Temple. Mais sa prudente lenteur lassa des impatiences trop précipitées, et tout échoua. Le commandeur, à cette occasion, redoubla pour lui d'estime et de confiance, et, ayant obtenu de son ordre le pouvoir de disposer de ses biens, il en consacra une partie notable aux œuvres et aux besoins de la Mission. Vincent en témoignera toujours grande reconnaissance à l'ordre de Malte ; quant au commandeur, il ne perdit aucune occasion de célébrer ses vertus et ses dons. Il l'assista en sa dernière maladie et lui administra les Saints-Sacrements. Aussitôt après sa mort, arrivée en novembre 1640, il écrivit de lui : « Il est mort en saint, comme il a vécu depuis qu'il s'est retiré de l'embarras du monde... Il est allé au ciel comme un monarque qui va prendre possession de son royaume, avec une force, une confiance, une paix et une douceur qui ne se peuvent exprimer. J'en parlais ces jours passés à son Éminence (Richelieu), et je l'assurais avec raison que, depuis huit ou dix ans que j'avais l'honneur de l'approcher, je n'avais remarqué en lui ni pensée, ni parole, ni aucune action qui ne tendît à Dieu, et que sa pureté allait au delà de tout ce qu'on peut dire *. »

1. Le commandeur de Sillery fut inhumé à la Visitation de la rue Saint-Antoine, dont il avait été le bienfaiteur, puis transporté au couvent de cet ordre qui existe encore rue d'Enfer. Lui-même avait choisi sa sépulture dans l'église de la Visitation, en réservant expressément une chapelle qui devait être consacrée au bienheureux évoque de Genève, dont il prévoyait dès lors la canonisation. (Lettre de saint Vincent de Paul du 1er mars 1658.) Les sœurs de la rue d'Enfer ont publié sa Vie, en 1843 (un vol. in-12), d'après un manuscrit du xviie siècle. Les filles de la Visitation ont hérité ce culte pour le Commandeur de leur mère, sainte Chantai, si liée avec lui, qui tant de fois a fait son éloge, notamment dans cette lettre à saint Vincent de Paul, du 11 février 1634: » Louée soit éternellement la divine bonté des miséricordes qu*i! lui plaît répandre sur les âmes

Donc, en 1638, le 23 octobre, le commandeur de Sillery fit un premier contrat en faveur de la Compagnie, à l'effet d'assurer des missions « es paroisses du Temple, »> contrat qui fut cassé ensuite sans restitution. Mais <c frère Noël Brulart de Sillery, chevalier, bailly de l'ordre de Saint- Jean-de-Jérusalem, commandeur du Temple de Troyes, etc., ne désirant pas se départir du dessein qu'il avait pris devant Dieu de faire instruire par gens capables le pauvre peuple des champs, principalement es lieux où ils en ont plus de besoin, étant proche des hérétiques, et d'y contribuer de son bien, » renouvela le contrat, le 3 juin 1639, et donna 40,000 livres pour entretenir dans le diocèse de Genève deux prêtres et un frère qui résideraient à Annecy, dans un logement qu'il promettait de fournir et meubler, et qui feraient mission huit mois de l'année dans les paroisses où ils seraient envoyés par l'évêque de

par les douceurs saintes et efficaces de l'esprit de son fidèle serviteur notre très-saint Père (saint François de Sales) ! car il est vrai, el je reconnais avec vous, mon très-cher père, que l'esprit de notre trôa* digne et vrai frère et père (Sillery) s'est pris dans ses filets, et je ne crois pas qu'aucune autre main que celle de notre Bienheureux l'eût pu conduire si sagement, si suavement ni si fortement qu'elle a faitdans cette retraite si exacte. Le voilà donc dans une absolue séparation du inonde, avec l'édification et la consolation de tous, et, qui plus est, à la plus grande gloire de Dieu et consolation de sa chère âme ; et, certes, à l'utilité, l'honneur et la consolation des Filles de la Visitation, qui lui ont des obligations infinies. Surtout nos chères sœurs de la v.lle sont privilégiées d'un grand bonheur de l'avoir si près d'elles. Ah î que Dieu nous fasse la grâce de correspondre fidèlement à la sincère amitié et entière eharité qu'a ce bon seigneur pour n"us ! Je puis vous assurer, mon très-cher père, que je l'aime. L'honore et le de toute l'étendue et les forces de mon àme...

Eli! je vous prie, ayez bien soin de cette digne et chère personne, et ne lui permettez pas une vie trop sévère ni trop austère ; je sais qu'il tnde confiance en vous. » — L'élogo de deox saints comme Vincent de Paul et Jeanne;- Françoise de Chantai est pour le commandeur de Sillery une sorte de canonisation.

Genève. De plus, « désirant, autant qu'il lui était possible, aider à répandre la dévotion de Notre -Seigneur Jésus- Christ et de la sainte Vierge, sa Mère, parmi les peuples, » il donnait encore 5,000 livres, à la charge de distribuer dans les missions, chaque année, huit mille chapelets et trois mille exemplaires des Pratiques journalières du chrétien, de faire réciter les litanies de Notre-Seigneur à l'ouverture de la mission, et à la fin, celles de sa sainte Mère, et d'exhorter le peuple à prier Dieu pour lui et sa famille. Enfin, le 26 janvier 1640, il donna 10,000 autres livres pour deux prêtres et un frère de plus.

Telles furent les libéralités du commandeur pour Annecy. De plus, le 2 août suivant, — et ce fut une de ses dernières bonnes œuvres, — il fit don de 80,000 livres sur les aides d'Angers, pour missions, de cinq en cinq ans, dans diverses paroisses des diocèses de Reims et de Paris.

L'année suivante, par contrat en date du 24 septembre, Jacques de Chardon, ancien chevalier de Saint-Jean-de- Jérusalem et commandeur de Genevois et de Compaissière, ajouta aux donations du commandeur de Sillery une somme de 14,000 florins, pour missions de cinq en cinq ans dans sa commanderie, et pour établissements de confréries de la Charité, à la seule charge, pour les Missionnaires, d'une messe annuelle pour lui, et « de lui obtenir de leur Père général une participation de leurs bonnes œuvres, tant pour lui que pour ses successeurs en la commanderie. »

Ces deux années furent fécondes pour la Mission, car un don de 25,000 livres lui vint encore d'une personne qui voulut rester inconnue. Vincent en -écrivit en ces termes, le 26 août 1640, à Codoing, premier supérieur d'Annecy : « Je vous prie de nous aider à remercier et à faire remercier la bonté de Dieu sur cette pauvre et chétive Compagnie, de ce qu'il a inspiré à une bonne âme,

qui ne veut pas être nommée, de donner 25,000 livres, partie argent comptant et partie en acquit de rentes constituées, afin qu'il plaise à Dieu nous faire la grâce de conserver et de nous affectionner de plus en plus à l'esprit de la Compagnie. Oh ! Monsieur, cela ne vous attendrit-il pas le cœur, de voir l'ordre que Dieu tient pour nous consoler temporellement et spirituellement? D'autrefois il a voulu confirmer de vive voix la règle de saint François, etàprésent, par bienfaits, l'esprit de cette pauvre Compagnie ; car c'est à cette lin que cette personne me dit que Dieu lui avait inspiré cela. Il n'y a que son fils qui m'en a porté la parole, et une autre personne et moi qui sachions qui c'est, ni autre à qui je le puisse dire.O altitudo divitiar um sapientix et scie ntiœ Dei ! Quara incomprehensibilia sunt judicia ejus ! Oh ! Monsieur, qui nous aidera à nous humilier au-dessous des enfers? Et où nous cacherons-nous, en la vue de tant de honte de Dieu sur nous ? Ce sera dans les plaies de Notre-Seigneur. » — « P. S. Défense de parler de cela, si ce n'est à notre digne mère (sainte Chantai), et la prierez de nous aider à remercier Dieu de cela. »

Nous venons d'écrire le nom de sainte Chantai. Nous la trouvons, en effet, avec l'évêque Juste Guérin, et les deux commandeurs Sillery et Chordon, parmi les promoteurs de l'œuvre d'Annecy.

C'est avec elle que saint Vincent de Paul fut particulièrement en correspondance pour cette fondation, en même temps qu'elle correspondait elle-même avec le commandeur de Sillery pour le confirmer dans ses généreux projets. Et puisque nous avons ici cette bonne fortune de pouvoir entendre le dialogue des saints, donnons-nous en à cœur joie, car rien de ravissant comme leur langage, écho de celui des anges, écho du moins de ce langage, d'une surnaturelle tendresse, dans lequel IL il.

s'étaient exprimés les deux cœurs de saint François de Sales et de sainte Chantai. Entre sainte Chantai et saint Vincent de Paul, saint François de Sales est évidemment en tiers, inspirant à l'une sa confiance, à l'autre sa vive et sainte affection. Saint François de Sales, qui avait confié sa fille spirituelle et son œuvre à la direction de saint Vincent de Paul, lui avait en même temps inoculé quelque chose de son âme si aimante et de sa parole si affectueuse. Qui n'a pas lu ces lettres, inédites jusqu'à ces derniers temps, ne connaît pas tout ce qu'il y avait de tendre dans le cœur de saint Vincent de Paul, car, par une réserve imposée par l'âge et de trop fréquents rapports, il n'a jamais ainsi parlé même à Mlle Le Gras et à ses chères filles de la Charité.

Le 14 juillet 1639, il écrivaitde Troyes à sainte Chantai : a Je vous dirai, ma très-digne mère, que j'ai reçu, avec une satisfaction que je ne puis vous exprimer, la proposition que m'a faite le commandeur de cette fondation (d'Annecy), tant parce qu'il nous donne le moyen de travailler dans le diocèse des saints, que parce que c'est à l'abri et sous la direction de notre très-digne mère, et que, par conséquent, nous avons sujet d'espérer que Notre-Seigneur bénira les saintes intentions du commandeur et les petits travaux de ces Missionnaires. » Et comme sainte Chantai lui avait demandé en quoi consistaient les emplois et la manière de vie de la Mission, il la satisfait longuement sur ce point, lui en demandant son avis, qu'il recevra, dit-il, comme venant de la part de Dieu. Mais quelle crainte il eut bientôt d'y avoir mis de l'amour-propre, et d'avoir donné une idée trop favorable de lui et des siens ! Aussi, le 15 août 1639, il lui récrivit : « Je vous ai dit quantité de choses à l'avantage de cette petite Compagnie. Certes, ma chère mère, cela me fait peur. C'est pourquoi je vous supplie d'en beaucoup dimi-

nuer, et de ne dire cela à personne. La trop grande réputation nuit beaucoup, et fait d'ordinaire, par un juste jugement de Dieu, que les effets ne répondent point à l'attente, soit parce que l'on tombe dans l'orgueil, ou parce que le public rapporte aux hommes ce qui n'est dû qu'cà Dieu seul. C'est pourquoi je supplie de nouveau très-humblement votre charité de ne point souffrir en votre esprit les pensées que ce que M. le Commandeur vous dit de nous pourrait vous donner, et moins encore d'en parler à personne. Hélas ! ma digne mère, si vous saviez notre ignorance et le peu de vertu que nous avons, vous auriez grande pitié de nous. Vous le verrez néanmoins en effet par ces deux que nous enverrons ; el c'est ce qui me console, parce que vous prierez Dieu pour nous avec plus de compassion de notre misère. Je vous dis ceci les larmes aux yeux, en la vue de la vérité de ce que je vous dis et des abominations de ma pauvre âme. Je vous supplie donc, ma chère mère, d'offrir à Dieu la confusion que j'en ai et la confession que je vous en fais en la présence de sa divine Majesté, et de me pardonner si j'abuse de votre patience en vous disant ainsi mes pauvres sentiments. » La lettre du 14 juillet se termine par cette surabondante expression de religieuse tendresse : « Ma chère mère, permettez que je vous demande si votre bonté incomparable me laisse encore le bonheur de la jouissance de la place qu'elle m'a donnée dans son cher et tout aimable cœur. J'aime à l'espérer, quoique mes misères m'en rendent indigne. Au nom de Dieu, ma chère mère, continuez-moi, s'il vous plaît, cette grâce. » Sainte Chantai répondit pleine de joie, à la pensée des fruits que ces deux bons ouvriers allaient faire dans le grand et populeux diocèse d'Annecy. Et elle répétait sans se autour d'elle : « Voyez-vous, quand je pense que ces bons pères se fourrent dans les buissons et les épines,

pour retirer du vice et de l'erreur les chères brebis de notre bienheureux Père et pasteur (saint François de Sales), il me semble que je rajeunis de les voir arriver dans ce diocèse l. » Aussi pria-t-elle Vincent de faire en sorte — ce qui n'eut pas lieu d'abord — que l'établissement se fît sur des bases si solides, qu'il ne pût jamais déchoir par disette d'hommes ou de biens. Puis elle se mettait à sa disposition pour préparer la demeure et le petit ameublement des Missionnaires.

A la réception de cette lettre, Vincent fut ravi, ce qu'il exprima en ces termes (15 août 1639) : « J'ai reçu votre lettre. Vous pouvez penser avec quel respect et quelle affection c'a été, parce que c'est une lettre de mon unique mère, et qu'elle est pleine de l'odeur et de la suavité de son esprit. Oh ! rna chère mère, combien elle a embaumé mon pauvre cœur ! Que béni soit celui pour l'amour duquel votre bonté s'offre à nous recevoir, à nous loger et à nous meubler ! Je ne vous en remercie point, ma chère mère, parce que je n'en suis pas digne, mais je prie Dieu qu'il soit lui-même votreremercîment et votre récompense.»

En même temps, sainte Chantai écrivait au commandeur de Sillery pour le féliciter des biens qu'il allait procurer au diocèse d'Annecy, et des grâces qu'il attirerait par là sur son âme. Quand les Missionnaires furent arrivés, vers lafin de 1639, elle écrivit à Vincent, au commencement de 1640, pour bénir Dieu et le saint fondateur de leur venue, tant en son nom, qu'au nom de l'évêque et de tous les vrais chrétiens. Elle se fit aussitôt, non-seulement leur pourvoyeuse, mais encore, suivant le désir de Vincent, leur directrice et leur mère. De leur côté, les Missionnaires, fidèles aux?reconmandations de leur supérieur, s'abandonnèrent à elle avec une confiance

1. Hist. de sainte Chantai, par M. l'abbé JBougaud, t. II, p. 41^

filiale ; si bien qu'elle put écrire : « Il nous semble que ce sont nos vrais frères, avec lesquels nous sentons une parfaite union des cœurs, et eux avec nous, dans une sainte simplicité, franchise et confiance. Je leur ai parlé, et eux avec moi, comme vraiment si c'était des filles de la Visitation. » Puis elle faisait de chacun d'eux un portrait dont Vincent se plut à reconnaître la justesse ; et elle terminait en disant : « Ils sont tout aimables, et ressemblent bien à l'esprit de mon très-cher bon père. »

Dès qu'ils furent à l'œuvre, elle ne manqua pas d'informer le commandeur, et à plusieurs reprises, de leurs rapides succès : « il ne se peut dire les fruits innombrables que la divine bonté fait par ces bons Messieurs. Enfin les conversions et changements de conscience de mal en bien et de bien en mieux sont universels, ou peu s'en faut. Entre ceux qui les vont entendre, chacun les admire et confesse qu'ils sont choisis de Dieu pour convertir le peuple. » Et encore: « Quanta vos bons Missionnaires, le fruit en est si grand qu'il ne se peut exprimer. La gloire en soit à Dieu, et la récompense à votre digne et charitable cœur, qui sera couronné du salutde tant de milliers d'àmes que ce bien fait acquiert à Dieu ! Oui, mon vrai père, je crois que cette Mission en conduira plus au ciel que ne feront peut-être douze autres, tant cet évêché est, grand et nombreux en peuple, et les âmes bien disposées ; et c'est pourquoi notre bon Dieu, voyant que cette moisson est grande, il a inspiré à votre charitable âme d'augmenter le nombre des ouvriers. » En effet, au lieu de deux, le commandeur avait pourvu à l'entretien de cinq Missionnaires, dont quatre sont nommés dans nos documents : Godoing, leur supérieur, puis Escart, Tholard et Duhamel. A chacun il assurait cinq cent livres de pension annuelle ; trois mille livres pour la Mission entière, sur quoi sainte Chantai espérait un peu de r.

pour commencer l'œuvre des ordinands. L'évêque avait voulu contribuer pour moitié avec elle pour leur ameublement, et le commandeur de Gompaissière leur avait donné sa maison, en attendant qu'on leur eût bâti une petite demeure.

Transporté de reconnaissance, saint Vincent écrivit à sainte Chantai (14 mai 1640) : « Ma très-digne et trèsaimable mère, je ne puis assez humblement ni assez affectueusement vous remercier de toutes les bontés incomparables que vous exercez incessamment envers nos Missionnaires et envers moi. Je prie Notre-Seigneur qu'il en fasse l'office lui-même, et qu'il soit votre récompense. Vous leur donnez des meubles, ma chère mère : plaise à la bonté de Dieu se faire lui-même l'ameublement et l'ornement précieux de votre chère âme, pour qu'elle brille comme un soleil au ciel comme sur la terre ! ...Je reviens à nos Missionnaires/et vons dirai, ma chère mère, qu'il me semble que Dieu vous a donné un discernement en une seule vue, aussi clair que si vous les aviez élevés. 0 ma chère mère, que vous êtes ma mère et la leur ! Que je les estime heureux du bonheur qu'ils possèdent auprès de vous ! et que je le suis aussi de ce que votre charité a tant de bonté pour moi! »

Sainte Chantai lui répondit qu'elle se trouvait assez payée par la bonté aimable des Missionnaires, leur édification et les services qu'ils rendaient au diocèse du Bienheureux François de Sales. Puis elle s'écriait : « Oh ! la grande couronne qui vous attend, mon très-cher père ! » Mais Vincent ne croyait pas que les vertus de ses enfants l'acquittassent suffisamment envers elle. Aussi il multipliait les expressions de sa reconnaissance : « Mon Dieu, ma chère mère, que mon cœur est attendri de voir la bonté avec laquelle votre incomparable charité procède avec vos pauvres enfants les Missionnaires ! O

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Jésus, qu'ils sont heureux ! et que j'espère qu'ils en feront un grand profit ! Au nom de Notre-Seigneur, ma digne mère, continuez-leur la même charité, et à votre chétif fils et serviteur, la part que sa bonté lui a donnée dans votre cher cœur... 0 ma chère et très-aimable mère, que vous êtes souverainement notre digne et trèsaimée mère ! Non, cela est en tel point qu'il n'y a point de parole qui vous le puisse exprimer; il n'y a que Notre-Seigneur seul qui puisse le faire sentir à votre cher cœur ('26 août 1640). »

Et il en fut ainsi jusqu'à la mort de sainte Chantai, arrivée l'année suivante : le père et les enfants l'honorèrent constamment comme leur mère, et s'en remirent sur ses prières et sa conduite de la Mission d'Annecy.

De son côté, Juste G-uérin, pour continuer les grands biens qu'y avait faits saint François de Sales, voulut aussitôt appliquer les Missionnaires à la formation de bons ecclésiastiques en même temps qu'à la sanctification des peuples. On avait bien vite réglé l'ordre des missions à faire dans Annecy et dans les paroisses de la campagne ; mais on hésita davantage sur la nature du séminaire à ériger. Suivrait-on encore le plan du concile de Trente, et n'y admettrait- on que de jeunes enfants, pour les préserver dans une sainte retraite de la corruption du siècle, et les nourrir de bonne heure du lait de la vertu et de la science ?

Vincent, consulté par l'évêque d'Annecy, répondit, par u no lettre en date du 6 février 1641, que les séminaires de province où l'on s'était donné le plus de mouvement pour former les ecclésiastiques presque dès l'enfance, n'avaient pas réussi. Et il citait ceux de Bordeaux et d'Agen, actuellement déserts; celui de Rouen, que l'archevêque reconnaissait avec douleur ne lui avoir pas fourni six prêtres en l'espace déplus de vingt années, et

parmi ce grand nombre de jeunes gens qu'il y avait fait élever avec tout le soin possible. La plupart, en effet, rentraient dans le monde, et se contentaient de répondre, lorsqu'on leur reprochait de n'avoir cherché dans le séminaire que des études gratuites au détriment du trésor de l'Église, qu'ils avaient pris l'habit ecclésiastique dans un âge où ils n'étaient pas capables de réflexion. Cependant Vincent, avec son humilité et sa discrétion ordinaires, prétendait non pas rien décider, mais seulement fournir les motifs d'une décision ; du reste, il s'en remettait à la sagesse de l'évêque et à la connaissance que celui-ci avait des temps et des lieux.

Mais Juste Guérin ne crut pas devoir aller contre des raisons fondées sur une si longue expérience, et il affecta son séminaire exclusivement àjdes clercs ayant déjà fait leurs humanités, et quelques-uns même leur philosophie.

Ce séminaire, évidemment de la catégorie de ceux qu'on appelle grands, fut ouvert et en exercice dès le commencement de cette année 1641, c'est-à-dire immédiatement après la réception de la lettre de Vincent. Peut-être même y eut-il un premier essai dès l'année 1640, car Vincent écrivait le 26 août àCodoing, premier supérieur d'Annecy : « Vous voilà donc dans la manière de vie du séminaire, dans votre nouveau logement, et faisant la mission dans Annecy ; » paroles où l'on remarque la distinction entre l'œuvre des missions et l'œuvre du séminaire. Mais, sans le moindre doute, il était en activité avant le 7 septembre 1641, puisque ce jour-là Vincent écrivait au même Codoing, «... Il eût été expédient que vous m'eussiez mandé la manière comme vous désiriez vous prendre pour le séminaire que vous avez commencé. » Deux autres lettres à Codoing, l'une du 9 février, l'autre du 17 ou du 18 mars 1642, renferment un

semblable témoignage. La seconde même indique qu'on avait déjà pratiqué à sa date une méthode d'enseignement de la théologie que le saint condamne. Quant à la première, elle parle encore du séminaire commencé à Annecy, d'un autre dirigé à Alet par les prêtres de la Mission, d'un troisième que l'évêque de Saintes projette, et qui ne fut fondé qu'en 1644, et d'un dernier que Vincent va former aux Bons-Enfants. Dès le commencement de cette année 1642, les travaux de Vincent en ce genre avaient tellement appelé l'attention, au témoignage de la même lettre, qu'on le pressait d'abandonner l'œuvre des missions pour se consacrer entièrement à l'œuvre estimée plus utile des séminaires. Du reste, voici cette lettre, qu'il est bon peut-être de citer presque tout entière, parce qu'il en a été fait abus :

« Le bon M. Thévenin, curé de Saint-Étienne en Dauphiné, m'a écrit plusieurs lettres, toutes tendantes à travailler à faire un séminaire de prêtres pour les cures et autres bénéfices, et il me presse par quantité de raisons, et même par les jugements de Dieu... Il me presse d'abandonner notre dessein des missions pour suivre celui qu'il propose ; ce que je n'aurais pas difficulté à faire, si Notre-Seigneur l'avait agréable. Mais, 1° la Compagnie a été approuvée du Saint-Siège, qui a infaillibilité pour l'approbation des ordres qu'il plaît à Dieu d'instituer, selon ce que j'ai ouï dire à feu M. Duval; 2° la maxime des saints étant qu'une chose qui a été résolue devant Dieu, ensuite de plusieurs prières et conseils qu'on a pris, il faut rejeter et tenir pour tentation tout ce qui se propose contre ; 3° enfin, ayant plu à Dieu de donner une approbation universelle aux missions, en sorte que partout chacun commence à y prendre goût, et plusieurs à y travailler, et la miséricorde de Dieu les accompagnant de ses bénédictions, il me semble qu'il faudrait

quasi un ange du ciel pour nous persuader que c'est la volonté de Dieu qu'on abandonne cette oeuvre, pour en prendre une autre qu'on a déjà entreprise en divers endroits, et qui n'a pas réussi. Et pour ce que néanmoins le saint concile de Trente recommande les séminaires, nous nous sommes donnés à Dieu pour le servir aussi en cela partout où nous le pourrons. Vous avez commencé à Annecy ; Mgr d'Alet, qui a de nos prêtres, fait de même. Mgr de Saintes a ce même dessein, et nous allons commencer à Paris pour en faire un essai de douze ; à quoi Mgr le cardinal nous a aidés de mille écus. M.Thévenin voudrait que la chose allât plus vite ; mais il me semble que les affaires de Dieu se font peu à peu, et quasi imperceptiblement, et que son esprit n'est pas violent ni tempestatif. »

Ainsi, au mois de février 1642, le séminaire des Bons- Enfants allait naître ; le séminaire d'Alet existait, ainsi que celui d'Annecy, lequel même remontait, sinon au commencement, du moins au milieu de Tannée précédente. Ce qui a trompé certains historiens au sujet du droit d'aînesse du séminaire d'Annecy, c'est qu'il n'a pas duré dans sa vie première ; et nous en voyons déjà la cause pressentie dans la lettre déjà citée du 26 août 1640, où on lit encore : « O Jésus ! Monsieur, j'adore la Providence sur cela ; je dis à Monseigneur que le succès sera la règle, comme nous en devons user ci-après en cas pareil. » Le séminaire ne put réussir parce que, malgré les dons généreux du commandeur de Sillery, qui devaient être affectés presque exclusivement aux missions des campagnes, il ne jouissait pas d'une fondation. Or, la maxime invariable de Vincent, en cas pareil, comme il vient de dire, était d'abandonner le séminaire, parce que toute œuvre qui ne jouissait pas d'un revenu assuré lui paraissait condamnée à une mort plus ou moins pro-

chaîne. Le séminaire d'Annecy vécut quelque temps des dons des commandeurs Sillery et Chordonet des charités de Chomel, vicaire 'général et officiai de Saint-Flour ; puis on en revint aux exercices des ordinands, et ce ne fut qu'en 1663, le 26 avril, par un contrat renouvelé, à cause d'oppositions, le 21 juillet 1664, que Jean d'Aranthon d'Alex *, évêquede Genève, l'érigea définitivement,

1. Jean d'Aranihon d'Alex rendit, tant en son nom qu'au nom de plusieurs autres évêques, un beau témoignage à la mémoire de Vincent et de ses fils. Ce témoignage est inséré dans son testament du 1er octobre 1685 (il ne mourut que le 4 juillet 1695J. Après avoir rappelé qu'il avait cédé tout son patrimoine à sa famille, il écrit : « C'est pourquoi je fais, nomme et institue Jésus-Christ, mon adorable Sauveur, mon héritier universel, en la personne des pauvres clercs de mon diocèse, qui seront élevés dans le séminaire du diocèse de Genève, conduit, pour le spirituel, par les révérends prêtres de la Mi>>ion, de feu M. Vincent de Paul; en sorte que je prie très-humblement Notre-Seigneur Jésus-Christ de me faire la grâce et l'honneur d'accepter, par les mains des pauvres clercs de mon diocèse, qui seront élevés dans mon séminaire, tout ce qui me restera... » Plus bas, il ajoute : « Les grands services que Messieurs les prêtres de la Mission ont rendus au diocèse de Genève, et qu'ils rendent actuellement dans les séminaires et dans les missions, engageront sans doute les révérendissimes nos successeurs dans l'évêché, le vénérable Chapitre de ma cathédrale et le corps du clergé, à les considérer et à ne les pas troubler dans la direction perpétuelle du spirituel du séminaire... ;et cela, avec d'autant plus de justice, que l'on ne saurait confier ce très important ouvrage... a aucune communauté qui puisse inspirer une piété plus solide, ni enseigner une doctrine plus saine, ni inspirer une soumission plus parfaite aux clercs du séminaire à l'égard de leur prélat, que Messieurs de la Mission l'ont fait jusques à l'heure rite dans tous les séminaires qui leur ont été confiés. » Et, insistant une fois de plus sur sa prière de ne les pas troubler dans la direction perpétuelle du séminaire, il donne ce considérant si glorieux aux Missionnaires et à lui: « Avouant ingénument que je suis redevable à ces Messieurs, après Dieu et le grand saint François de Sales, du bien et du renouvellement qui paraît dans ce vaste diocèse depuis que je leur ai conlié mon séminaire, comme il est vrai que j'en ;ii relardé et diminué le progrès par ma lâche condescendance et en

avec le concours du duc de Savoie, qui s'en déclara le fondateur etle proctecteur, en 1665, et du pape Alexandre VII, qui, en 1666, consentit à ce qu'on lui unît les commanderies de Saint- Antoine, de Quiers et de Chivas, et quelques autres bénéfices simples. Les prêtres de la Mission, qui n'avaient pas discontinué leur séjour et leurs

donnant trop aux fausses lois du respect humain.» Ce témoignage était, en quelque sorte, le prix, mais prix payé à la seule vérité, du témoignage prophétique que Vincent lui-même avait rendu à Jean d'Aranthon dans sa première jeunesse. Jean d'Aranthon n'avait pas encore la première tonsure, lorsque "Vincent le vit pour la première fois à Saint-Magloire : « Dieu veut se servir de vous, mon entant, lui dit le saint, et je vous assure que vous serez tin jour successeur du bienheureux François de Sales. » Dans les nombreux entretiens qu'il eut ensuite avec le jeune homme, Vincent renouvela plusieurs fois s.a prédiction -, et apprenant que l'abbé de La Pérouse, d'une famille alliée à celle de François de Sales, qui l'était venu voir à Saint-Lazare, était neveu de J. d'Aranthon : « Vous êtes, lui dit-il, le neveu d'un homme qui sera un jour évêque de Genève. » Vincent vécut assez pour voir sa prédiction s'accomplir ;|car, après bien des difficultés, d'Aranthon fut nommé, au commencement de 1660, à l'évêché d Annecy par Christine de France, régente de Savoie. Dès le 12 mars suivant, Vincent lui écrivit : « Monseigneur, ayant appris la grâce que Dieu a faite à son Église d'inspirer à Son Altesse Royale le choix de votre personne pour l'évêché de Genève, j'en rends grâces à sa divine Majesté, qui a exaucé les souhaits de tant de gens de bien qui vous ont demandé à Dieu pour remplir ce siège si considérable, et qui vous a prévenu de grâces convenables à ce divin emploi. Tout misérable que je suis, Monseigneur, depuis que j'ai eu le bonheur de vous voir, il m'est resté une idée de votre chère personne rapportante à celle que j'ai du bienheureux François de Sales, votre prédécesseur ; de sorte qu'à peine je me suis ressouvenu de vous, Monseigneur, sans penser à ce grand saint. Je prie Notre- Seigneur Jésus-Christ, qui est l'évêque des évêques, et leur parfait exemplaire, qu'il vous donne son double esprit pour la sanctification de votre chère âme et le salut des peuples qu'il a destinés à votre conduite. C'est une bénédiction pour notre petite Compagnie de se trouver parmi eux, et à moi, Monseigneur, de vous renouveler les offres de mon obéissance perpétuelle ; ce que je fais avec toutes les

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travaux apostoliques dans le diocèse d'Annecy, en demeurèrent chargés '.

De là il résulte que c'est à tort que le séminaire de Vaugirard, transféré bientôt sur la paroisse Saint-Sulpice, a été dit le premier grand séminaire de France. Un essai infructueux de séminaire avait été fait par les disciples du P. de Condren à Chartres, où ils avaient été appelés par l'évêque de Yalençay, encouragé lui-même par le succès de quelques missions et poussé par Bourdoise. On donna d'abord, comme à Saint-Lazare, les exercices des ordinands, avec espérance que les jeunes clercs prolongeraient leur séjour dans le séminaire projeté. En huit mois il ne se présenta personne. La petite société de Chartres dut se dissoudre et vint s'établir à Vaugirard, où sa maison se trouva prête dès les premiers jours de janvier 1642. Elle ne se composait encore que de trois membres : Olier, Du Ferrier et l'abbé de Foix qui en était supérieur. Elle reçut les encouragements des plus saints personnages : du bénédictin Bataille, directeur particulier d'Olier ; des jésuites Hay neuve et

tendresses de mon cœur, qui suis en l'amour de Notre- Seigneur, i Quelques jours après, l'abbé de La Pérouse étant retourné à Saint- Lazare : » Je vous l'avais bien dit, s'écria le saint en l'abordant, que Dieu voulait que votre oncle lût évèque de Genève. Allez, Monsieur, vous sanctifier avec lui, et regardez-vous en sa famille comme un Paint Jean en celle de Notre-Seigncur, dont il était le parent et tre. * L'abbé de La Pérouse, fidèle à ce conseil et devenu doyen deChambiry. Be sanctifia en effet, en sanctifiant un grand nombre d'àmes, par ses retraites ecclésiastiques, ses conférences et ses innom brables missions dans les pays soit catholiques, soit protestants. Quant à d'Ara nthon d'Alex, il fut, et c'est tout dire, un des pindignes successeurs de saint François de Sales. (Voir sa Vie, par Le Mas*on, 1697, in-X.)

I. Pour toutes les fondation- dont il vient d'être parlé, voii Arrl ir,es de i'Eim, M. Ifi7 el 168, S, R716 pour les originaux, <-t MM. 534. lui. \W, poin les <-o|oes.

Saint- Jure ; de Bourdoise, qui la visita souvent et passa trois semaines au milieu d'elle ; et enfin de dom Grégoire Tarrisse, supérieur général des Bénédictins de la congrégation de Saint-Maur, qui lui avait été recommandé par le P. de Gondren, et qui était, en effet, un des personnages les plus recommandables de son temps pour sa haute vertu et la sagesse de ses conseils : c'est Grégoire Tarrisse qui commença dans l'abbaye de Saint-Germaindes-Prés cette longue suite de savants illustres, où brillent d'un éclat immortel les Mabillon et les Montfaucon.

La petite Société de Vaugirard, après avoir repoussé les offres généreuses de Richelieu qui la voulait attirer en son château de Ruel, vit bientôt d'autres membres accourir à elle : Louis Henri de Pardaillan de Gondrin, alors âgé de vingt-deux ans, et qui fut nommé deux ans après à la coadjutorerie de Sens ; Gabriel de Thubières de Quaylus , abbé du Loc-Dieu ; Antoine Raguier de Poussé ; et ensuite Hurtevent, mort supérieur du séminaire Saint-Irénée à Lyon ; de Cambiac, frère de Du Ferrier ; de Bassancourt ; Houmain, fils d'un lieutenant criminel d'Orléans, appelé alors, du nom d'un prieuré, abbé de Sainte-Marie. Elle se composa ainsi de vingt membres, dont Olier fut nommé le supérieur.

Presque aussitôt elle se transporta sur la paroisse de Saint-Sulpice avec son chef, qui venait d'en accepter la cure. Qu'était-elle à Vaugirard? et que put-elle être, au commencement, sur la paroisse de Saint-Sulpice ? A notre avis, une réunion de piété, sans études de théologie ; une simple association d'ecclésiastiques et de prêtibs, où rien n'était encore organisé. Tout occupé de son immense et difficile paroisse, dont nous avons dit ailleurs le triste état, tout occupé aussi de réunir ses prêtres en communauté, Olier ne put guère avoir

assez de loisirs pour organiser aussitôt un vrai séminaire. D'ailleurs, pendant deux ans, il fit de vaines démarches pour obtenir de l'abbé de Saint - Germain , Henri de Bourbon, évêque nominal de Metz, l'érection du séminaire en communauté; il ne l'obtint qu'en 1645, avec les lettres patentes du roi, et ce ne fut aussi qu'alors qu'il passa avec quelques-uns de ses prêtres un acte d'association, approuvé par le clergé de France seulement en 1651, et par le Saint-Siège en 1654. Commencées, puis abandonnées, cette même année 1645, les constructions furent retardées jusqu'à l'année 1649; la chapelle, achevée la première, fut inaugurée l'année suivante, et le reste du bâtiment fut béni seulement en 1651. Jusqu'à ce moment, les séminaristes, prêtres ou clercs, étaient logés en deux maisons voisines.

Ce n'est également qu'en 1645, qu'Olier put donner deux de ses prêtres à l'abbé de Foix pour l'accompagner dans son diocèse de Pamiers et l'aider dans la fondation de son séminaire ; ce qui fut renouvelé, en 1647, en faveur de Charles de Noailles, évêque de Rodez, mais à la condition ordinaire qu'ils seraient rappelés après un court espace de temps, et remplacés dans la direction du séminaire par des ecclésiastiques du pays. Le premier séminaire de province qui ait vraiment appartenu à la compagnie d'Olier, est celui de Nantes, fondé seulement en 1648.

Vincent, on le va voir, établit plus tôt des succursales en province, et, quant au premier essai d'un vrai séminaire, outre les noms d'Annecy et d'Alet, qui tranchent tout, il y a lieu de croire que le séminaire des Bons- Enfante, dont il va être parlé, fut non pas établi, mais mement organisé avant celui de Saint-Sulpice *.

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