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RÈGLEMENT DES SÉMINAIRES

viaire romain, et assisteront ensemble aux offices de l'Église, le tout avec un grand recueillement extérieur et intérieur.

Ils assisteront régulièrement et soigneusement à toutes les conférences de piété, de théologie et de cérémonies, tâchant de s'édifier les uns les autres par leur silence, attention, modestie, et parla fuite de toute contestation.

Une fois au moins par mois, chacun découvrira à son directeur, en dehors de la confession, ses dispositions intérieures, ses tentations et difficultés, ses progrès ou reculs par rapport à Dieu, au prochain et à lui-même. — Dans les choses plus importantes, comme s'il s'agit d'accepter, permuter ou résigner un bénéfice, de s'engager dans un emploi, d'aspirer aux degrés de l'école, le supérieur sera consulté. — C'est encore au jugement du supérieur qu'on s'en rapportera pour la réception des saints ordres, aux temps ou hors des temps marqués par l'Église.

Tous tâcheront de ne rien faire paraître dans leurs habits, leur barbe, leurs cheveux, dans tout leur extérieur, qui ressente encore l'esprit du monde ; ils garderont en tout et toujours une grande modestie, et prendront tous les moyens pour conserver la pureté si nécessaire aux ecclésiastiques.

Afin d'imiter Notre-Seigneur, venu en ce monde pour servir et non pour être servi, chacun servira à table à son tour, dans un esprit d'humilité et de charité, se représentant Jésus-Christ en la personne des ecclésiastiques qui tiennent sa place sur la terre. — Tous songeront à nourrir leur âme en même temps que leur corps, et recueilleront la lecture de table comme une manne spirituelle que Dieu leur envoie du ciel avec le pain matériel.

Il; il.

Pour honorer encore Notre-Seigneur, qui n'a pas dédaigné les plus bas offices dans la maison de la sainte Vierge et de saint Joseph, chacun fera son lit tous les jours, balaiera sa chambre au moins deux fois la semaine, et aura soin de la tenir bien propre et bien rangée.

Comme, au dire du Saint-Esprit, il y a temps de se taire et temps de parler, et que la dévotion est impossible dans une communauté où la parole n'est pas réglée, tous garderont le silence hors le temps de la récréation, et n'entreront jamais dans la chambre l'un de l'autre. Ils éviteront 'aussi les fréquentes visites et sorties, comme également préjudiciables au recueillement. Ils se garderont davantage encore de jamais manger, boire ou coucher hors de la maison, et d'entrer dans les lieux publics.

Ils s'honoreront les uns les autres de pensées, de paroles et de fait, et s'entr'aimeront comme frères, dont Jésus-Christ a uni les cœurs par son amour en les assemblant de corps pour son service. Ils éviteront les amitiés particulières, si nuisibles à la commune et universelle charité.

Les récréations seront modestes et gaies, assaisonnées de quelques mots de piété et de doctrine, sans qu'il s'y mêle jamais de railleries, de contestations, de disputes sur des matières dangereuses ou trop curieuses, de lé-t gèretés, de nouvelles du monde. (

Tous se prémuniront contre l'amour déréglé des parents et la recherche trop grande de leurs intérêts. Ils travailleront avec grand soin à l'acquisition des vertus ecclésiastiques ; et, du reste, ils s'en remettront, vers la fin de leur séminaire, soit au supérieur, s'ils ont le dessein d'aller en mission, soit à leur évêque pour obtenir de lui un emploi.

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Ils sortiront du séminaire comme ils y sont entrés, par une retraite spirituelle. Quelque part que la Providence les place, ils se souviendront des leçons et des bons exemples qu'ils y ont reçus, des pratiques saintes auxquelles on les y a accoutumés '*

Plan d'études.

Nous savons déjà la place que Vincent faisait, dans ce plan d'éducation ecclésiastique, à la science et à la piété ; car ce qu'il appliquait aux siens, il voulait que les siens l'appliquassent aux autres. De la science, sans doute, et beaucoup, mais de la science sans prétention du côté du maître, sans curiosité avide du côté de l'élève; de la science pratique, solidement, mais simplement et élémentairement enseignée. « Nous vous rappelons, Monsieur, écrivit-il un jour à un de ses prêtres les plus intelligents et les plus érudits, et vous prions de ne plus régenter, parce que vous êtes trop habile. » Sage condamnation, dans la personne du maître, d'un enseignement trop brillant et trop savant, qui donne au professeur un éclat acheté au prix du progrès de la majorité des élèves.

Du reste, nous avons toutes ses idées sur ce point dans une longue lettre du 17 ou 18 mars 1642, déjà mentionnée, qu'il adressait à- Codoing, premier supérieur d'Annecy, alors en résidence à Rome.

La question était de savoir, si l'on enseignerait la théologie par des dictées ou dictations, comme écrit Vincent,

I. Instructions et ilémoir'>s Mss., n° \ï, B, p. 86. Archives de la Mission.

ou par des traités imprimés qu'on se contenterait d'expliquer.

Après avoir consulté sept des meilleures têtes de la Compagnie, Vincent condamne la méthode des dictées et prescrit l'emploi d'un auteur approuvé. L'enseignement sera plus sûr, dit -il, l'épiscopat plus confiant, la Compagnie moins exposée à l'envie et à la censure, le recrutement des professeurs plus facile, leur besogne plus aisée et moins accablante, les écoliers enfin mieux formés et mieux instruits : car, savants déjà, ils ne viennent pas au séminaire pour la science, mais « pour devenir meilleurs et pour apprendre les autres choses qu'on y enseigne, comme font les bacheliers et licenciés en théologie qui vont aux ordinands, et les docteurs qui se mettent de l'assemblée des ecclésiastiques de Saint-Lazare, où l'on professe tant l'humilité et la simplicité dans les matières qui se traitent ; » ignorants, ils se contenteront de copier les écrits, comme l'on fait pour l'ordinaire en Sorbonne, et ils les laisseront là, n'y cherchant pas, incapables d'y trouver une science qu'ils auraient puisée dans un auteur bien interprété, appris par cœur et souvent répété.

L'on objecte qu'ils auront moins bonne opinion d'un maître qui ne donnera rien de son crû, qu'ils seront tentés de sortir du séminaire. « Cela serait vrai, peutêtre, s'il n'y avait d'autres attraits dans le séminaire que la science, et supposé que tous les séminaristes fussent savants ; mais vous y avez l'attrait de la piété, celui du chant, des cérémonies, de catéchiser, de prêcher, et enfin celui de la réputation de ceux qui y auront été, lesquels l'on préférera dans les emplois et les conditions et dans les bénéfices. Monseigneur le... (cardinal de Richelieu ?) regarde déjà les nôtres pour les employer aux monastères et en des emplois semblables... Croyez

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moi, Monsieur, que l'esprit de Notre-Seigneur n'est pas un esprit à faire des choses pour se faire estimer, et que celui de la Mission doit chercher sa grandeur dans la bassesse, et sa réputation dans l'amour de son abjection. »

On ajoute que les maîtres deviendraient par là plus savants. — Peut-être ; « mais ils ne pourront pas faire autre chose qu'étudier, composer et dicter ; et cela étant, qui enseignera la piété, le chant, les cérémonies, à catéchiser, à prêcher ? et qui fera observer la régularité ? Il faudra bien du monde pour chaque séminaire : et qui les entretiendra ? Et que deviendront les missions ? Vous me dites que cela ne laisse pas de se faire à Annecy par un seul *. Il est vrai, mais tous les lieux et tous les Missionnaires ne sont pas de même, joint qu'on ne fait que commencer. »

Enfin l'on alléguait l'exemple des jésuites et des universités. « Mais ce n'est pas de même, répond Vincent ; ils font profession publique d'enseigner les sciences et ont besoin de réputation. Mais, au séminaire, l'on a plus besoin de piété et d'une médiocre science, avec l'intelligence du chant, des cérémonies, de la prédication et du catéchisme, que de beaucoup de doctrine. » D'ailleurs, il citait l'exemple des universités d'Espagne, qu'il connaissait par expérience, où l'on ne faisait pas de dictées, et d'où, cependant, de l'aveu de tout le monde, il sortait de plus profonds théologiens que des autres écoles ; et il terminait ainsi : « Je vous assure, Monsieur, que si nous entrons en cet esprit-là, que vous verrez bientôt des propositions en la Compagnie, qu'ii faut prendre des collèges et enseigner publiquement, pour avoir des hommes plus

t. Voilà la preuve plus haut annoncée de la pleine existence du séminaiiv d'Annecy dès le commencement de 1642.

savants pour enseigner les séminaristes ; et si cela était, hélas ! que deviendrait le pauvre peuple de la campagne ; et en quelle sorte d'esprit entrerions-nous, si nous voulions aller au pair de science avec ces grands corps ? Où serait la sainte humilité en laquelle il a plu à Dieu de concevoir, d'enfanter et d'élever cette petite Compagnie jusqu'à présent ? »

Telles étaient les pratiques et les maximes de Vincent en éducation ecclésiastique. Pour en faire l'application aux jeunes clercs, il demandait un temps considérable ; un an au moins, avant de les admettre aux ordres sacrés. Ce temps lui paraissait suffisant à peine pour les former à l'oraison, dont il disait : « Ce que l'épée est au soldat, l'oraison l'est à ceux qui se dédient au service des autels.» Il voulait qu'on n'exemptât du séminaire aucun des aspirants aux saints ordres, quelle que fût leur capacité et leur vertu ; à plus forte raison quelles que fussent leur naissance et les places obtenues par eux dans le sanctuaire. Vertueux et capables, ils pouvaient encore, dans un bon séminaire, croître en science et en vertu ; gens de condition et riches bénéficiers, ils seraient aux autres à édification par leur humilité et leur obéissance. D'ailleurs, en posant une loi générale, on se mettait à couvert de toute importunité, ou en droit de se refuser à toute sollicitation.

Esprit de ces règlements.

Mais, ici encore, Vincent eut soin de donnera ces règlements, lettre morte, l'esprit de sa vivante parole. A mesure que se multipliaient les séminaires de la Compagnie, il multipliait aussi ses encouragements pour

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