‹ Saint Vincent de PaulChapitre 60 sur 159 · ESPRIT DE CES RÈGLEMENTS · texte numérisé non relu

ESPRIT DE CES RÈGLEMENTS

fortifier les siens contre l'accablement des emplois et contre la crainte que l'œuvre du clergé ne nuisît à l'œuvre des missions.

« Les Missionnaires, disait il, sont particulièrement envoyés de Dieu pour travailler à la sanctification des ecclésiastiques. Et l'une des fins de leur institut est de les instruire, non-seulement aux sciences pour les apprendre, mais aussi aux vertus pour les pratiquer ; car, leur montrer l'un sans l'autre, c'est faire peu et presque rien. Il faut de la capacité et une bonne vie : sans celle-ci, l'autre est inutile et dangereuse ; nous devons les porter également à toutes les deux, et c'est ce que Dieu demande de nous. Au commencement, nous ne pensions à rien moins qu'à servir les ecclésiastiques ; nous pensions seulement à nous et aux pauvres. Gomment est-ce que le Fils de Dieu commença ? Il se cachait, il semblait qu'il ne pensait qu'à lui-même, il priait Dieu et ne faisait que des actions particulières ; il ne paraissait que cela. Après, il annonça l'Évangile aux pauvres. Mais ensuite il fit des apôtres, il prit la peine de les instruire, les avertir et les former ; et enfin il les anima de son esprit, non pour eux seulement, mais pour tous les peuples de la terre. Il leur enseigna aussi toutes les maximes pour faire des prêtres, pour administrer les sacrements, et pour s'acquitter de leur ministère. Ainsi, au commencement, notre petite Compagnie ne s'occupait qu'à son avancement spiritual et à évangéliser les pauvres. En certaines saisons, elle était retirée en son particulier ; et en d'autres, elle allait enseigner les peuples de la campagne. Dieu a permis qu'en nos commencements il n'a paru que cela ; mais, dans la plénitude des temps, il nous a appelés pour contribuer à faire de bons prêtres, à donner de bons pasteurs aux paroisses, et à leur montrer ce qu'ils doivent savoir et pratiquer. Oh ! que cet emploi

est haut ! qu'il est sublime ! Oh î qu'il est au-dessus de nous ! Qui est-ce d'entre nous qui avait jamais pensé aux exercices des ordinands et des séminaires ? Jamais cette entreprise ne nous était tombée en l'esprit, jusqu'à ce que Dieu nous a signifié que son plaisir était de nous y employer. Il a donc porté la Compagnie à ces emplois, sans choix de notre part ; et pourtant, il demande de nous cette application ; mais une application sérieuse, humble, dévote, constante, et qui réponde à l'excellence de l'œuvre. Quelques-uns peut-être diront qu'ils ne sont venus en cette congrégation que pour travailler à la campagne, et non pour s'enfermer dans une ville au service d'un séminaire ; mais tous et chacun de nous sauront que les emplois que nous devons exercer en la maison à l'égard des ecclésiastiques externes, surtout des séminaires , ne doivent pas être négligés sous prétexte des missions ; car il faut faire celles-ci et ne pas omettre les autres, puisque nous sommes presque également obligés par notre institut à nous acquitter de l'un et de l'autre ; et que, d'ailleurs, la longue expérience a fait voir qu'il est bien difficile que les fruits que l'on recueille dans les missions puissent longtemps se conserver sans l'aide des pasteurs, à la perfection desquels les autres emplois de la Compagnie ne semblent pas peu contribuer : c'est pourquoi un chacun se donnera de bon cœur à Dieu pour les bien et dévotement exercer. C'est un grand ouvrage, il est vrai, de travailler à l'instruction des pauvres gens, mais il est encore plus important d'instruire les ecclésiastiques, puisque, s'ils sont ignorants, il faut par nécessité que les peuples qu'ils conduisent le soient aussi. On eût pu demander au Fils de Dieu : Pourquoi êtes-vous venu ? N'est-ce pas afin d'évangéliser les pauvres, suivant l'ordre de votre Père éternel ? Pourquoi donc faites-vous des prêtres ? Pour-

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