ESPRIT DE CES REGLEMENTS
quoi prenez-vous tant de soin de les intruire et former ? A quoi Notre-Seigneur aurait pu répondre, qu'il est venu non -seulement pour enseigner les vérités nécessaires au salut, mais encore à faire de bons prêtres, et meilleurs que n'étaient ceux de l'ancienne loi. Vous savez qu'anciennement Dieu rejetales prêtres, qui étaient pollués et qui avaient profané les choses saintes, qu'il eut en abomination leurs sacrifices, et dit qu'il s'en susciterait d'autres, qui, depuis le levant jusqu'au couchant, et depuis le midi jusqu'au septentrion, feraient retentir leurs voix et leurs paroles : In omnem terram exivit sonus eorum. Et par qui a-t-il accompli cette promesse ? Par son Fils Notre-Seigneur, qui a fait des prêtres, qui les a instruits et façonnés, et par lesquels il a donné pouvoir à son Eglise d'en faire d'autres : Sicut rnisit me Pater, et ego mitto vos. Et cela pour continuer à faire par eux dans tous les siècles ce que lui même avait fait sur la fin de sa vie, à dessein de sauver toutes les nations par leurs instructions et par l'administration des sacrements. Ce serait donc une tromperie et une grande tromperie à un Missionnaire, qui ne voudrait s'appliquer à contribuer pour façonner de bons prêtres, et d'autant plus qu'il n'y a rien de plus grand qu'un bon prêtre. Pensons-y tant que nous voudrons, nous ne trouverons pas que nous puissions contribuer à rien de plus grand qu'à former un bon prêtre, à qui Notre-Seigneur donne un pouvoir sur son corps naturel, que les anges admirent, et sur le mystique, le pouvoir de remettre les péchés des hommes, qui est pour eux un grand sujet d'étonnement et de reconnaissance. 0 Dieu, quelle puissance ! Oh ! quelle dignité ! Y a-t-il rien de plus grand et de plus admirable ? Oh ! Messieurs, qu'un bon prêtre est une grande chose ! Que ne peut pas faire un bon ecclésiastique ? Quelles conversions ne peut-il pas procurer ? Des prêtres dépend 11 13
le bonheur du Christianisme. Cette considération donc nous oblige de servir l'état ecclésiastique, qui est si saint et si relevé ; et encore plus que celle de la nécessité que l'Église a de bons prêtres, qui réparent tant d'ignorances et tant de vices dont la terre est couverte, et pour lesquels les bonnes âmes devraient pleurer des larmes de sang.
« On doute si tous les désordres que nous voyons au monde ne doivent pas être attribués aux prêtres. Ceci pourrait scandaliser quelques-uns ; mais le sujet requiert que je montre par la grandeur du mal l'importance du remède. On a fait depuis quelque temps plusieurs conférences sur cette question, laquelle on a- traitée à fond pour découvrir les sources de tant de malheurs ; mais le résultat a été que l'Église n'a point de pires ennemis que les mauvais prêtres. C'est d'eux que les hérésies sont venues. Nous en avons l'exemple des dernières en ces deux grands hérésiarques Luther et Calvin \ qui étaient prêtres. C'est par les prêtres que les hérésies ont prévalu, que le vice a régné, et que l'ignorance a établi son trône parmi les pauvres peuples ; et cela par leur propre dérèglement, et faute de s'opposer de toutes leurs forces, selon leurs obligations, à ces trois torrents qui ont inondé la terre. Quel sacrifice donc, Messieurs, ne faites-vous pas à Dieu de travailler à leur réformation, en sorte qu'ils vivent conformément à la sainteté de leur condition, et que l'Église se relève par ce moyen de l'opprobre et de la désolation où elle est ! 2 »
1. Calvin n'entra jamais dans les ordres sacrésc ?. Gml*. du 6 décembre 165&.
Séminaires en province
Enflammés par ces discours du zèle et du courage de Vincent, ses fils furent prêts, non-seulement à continuer les séminaires des Bons-Enfants et de Saint- Lazare, mais à en fonder et à en diriger dan* un grand nombre de diocèses de France et de l'étranger. Car, après les premiers succès de Vincent et d'Olier, il y eut une sainte émulation parmi les évêques pour doter leurs diocèses de ces utiles établissements. Le premier qui paraît avoir recouru, dans ce dessein, à la charité de Vincent de Paul, est Alain de Solminihac, religieux de Chancellade, près Périgueux, et ensuite évêque de Cahors. Après avoir fait ses études théologiques à Paris, Alain de Solminihac, devenu abbé de Chancellade, mit la réforme dans ce monastère, et en fit le modèle des abbayes voisines, ce qui donna lieu à la réformation de la congrégation dite de Chancellade, éteinte seulement par la Révolution. Modèle des abbés, Alain de Solminihac fut aussi le modèle des évèques par son zèle pour les missions, pour la conversion des protestants, pour les fondations charitables, et, en particulier, pour la réforme du clergé. En 1643, il fonda la Mission à Cahors, et lui confia la direction du séminaire, auquel il donna deux bénéfices à sa collation ; double établissement qui fut confirmé la même année par lettres patentes du roi. Deux ans après, il unit au séminaire la cure de Saint-Etienne, afin que les jeunes séminaristes pussent voir en exercice l'administration des sacrements, s'y exercer eux-mêmes, suivant leur ordre, ainsi qu'aux autres fonctions sacrées *
1. Cette union se litavecle consentement du chapitre et d'Antoine
Sur le conseil de Vincent, Alain de Solminihac ne dispensa jamais personne ni de l'entrée ni du temps du séminaire. Il ne conférait le sous-diaconat qu'à ceux qui y avaient passé une année, et il exigeait un séjour plus prolongé pour admettre à la prêtrise. Bientôt il put écrire à Vincent : « Vous seriez ravi de voir mon clergé, et vous béniriez Dieu mille fois, si vous saviez le bien que les vôtres ont fait dans mon séminaire, qui s'est répandu dans toute la province. » Vincent, qui ne manquait jamais une occasion de faire l'éloge du saint évêque et de le proposer pour modèle, écrivait de son côté à Desdames, en Pologne, le 15 août 1659 : « Mgr l'évêque de Gahorsme fit l'honneur de m'écrire, il y a quelque temps, que son clergé avait changé de face, et que c'était, Dieu merci, à son séminaire, qui est composé d'environ cinquante à soixante ecclésiastiques, où tous ceux qui veulent prendre les ordres sont obligés de passer un an ou dixhuit mois pour se former aux fonctions et à l'esprit ecclésiastique. »
Nous trouverions les mêmes fruits et les mêmes témoignages en parcourant l'histoire des autres séminaires confiés à Ja Compagnie. En 1644, ce fut celui de Saintes, uni par l'évêque Jacques Raoul à la Mission ; en 1645, celui du Mans, avec établissement en la prévôté de l'église collégiale et royale de Coëffort, etàl'Hôtel-Dieu ; en 1645 encore, celui du diocèse de Saint-Malo, établi en l'abbaye de Saint-Méen.
Cette dernière fondation donna lieu à une grosse affaire. De tous les établissements si nombreux de
de Vertharnon, au canonicat duquel ia nomination à la cure était attachée. Homologuée par le roi en 16A5, elle fut acceptée par Vincent le 23 mai de cette même année l.