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de Saint-Benoît ont fait mettre dans vos prisons, où il a les fers aux pieds, pour avoir été trouvé dans Saint-Méen. » Après avoir traité la question de droit et répondu aux objections, il ajoutait : « Après cela, Monseigneur, ces bons Pères ont-ils eu raison de procéder avec tant de chaleur contre leur prélat et les ouvriers qu'il a placés dans sa vigne, et de les emprisonner et mettre les fers aux pieds ? Je ne vous dis pas ceci, Monseigneur, par plainte que je fasse contre eux. Il n'y a homme au monde qui les honore, ni qui les autant affectionne que je tâche de faire, par la grâce de Dieu, comme ils vous pourront dire eux-mêmes. — Que si l'on trouve à redire à ce que M. de Beaumont est rentré dans Saint-Mjéen contre les arrêts, assurez-vous, Monseigneur, qu'il en a usé dans la simplicité d'un pauvre prêtre de la Mission, qui ne sait que c'est des procès, et qui pensait bien faire en suivant l'ordre de son évêque et du roi. Vous pouvez croire, Monseigneur, que si la chose eût dépendu de nous, qui ne sommes point en cause, nous l'aurions rappelé au premier exploit. — Tout cela étant ainsi, Monseigneur, j'ai recours à votre bonté, puisque vous êtes le principal agent de la justice souveraine en votre parlement, pour lui demander très-humblement sa protection pour ledit sieur de Beaumont et pour notre Compagnie. En outre le mérite que vous en aurez devant Dieu, vous acquerrez sur nous tous une perpétuelle obligation, qui nous fera chercher les occasions de vous rendre nos très-humbles services, desquels, Monseigneur, je vous supplie, avec toute l'humilité et l'affection que je le puis, d'agréer les offres que je vous en fais, et à votre famille. Je commencerai les prières que je me propose de faire toute ma vie pour vous, Monseigneur, et pour la sanctification de votre chère âme. »
Quoique Vincent n'eût point usé, en cette circonstance,
SÉÀftÀAIRES ES province. 2'3l
du crédit qu'il avait auprès de la reine et de plusieurs puissants personnages de la cour, le roi fit partir presque aussitôt un huissier de la chaîne, avec ordre de revendiquer le prisonnier. Mais le parlement, qui comprit bientôt l'injustice cruelle de sa conduite, l'avait déjà élargi, après quatre ou cinq jours de détention. Ses dernières procédures furent annulées avec éclat, et les chambres assemblées conclurent, par un nouvel arrêt, à de très-humbles remontrances, dont le roi ne tint fias plus de compte, puisqu'il fît expédier un peu plus tard de nouvelles lettres patentes.
Cependant, l'évêque Harlai deSancy mourut, le 2(J novembre ; et sous Ferdinand de Neuville, son successeurs les Missionnaires, quoique tranquilles désormais du côté du parlement de Bretagne, voulurent rassurer pleinement leur conscience, en se mettant en règle, si besoin était, du côté de Rome. Ils Se pourvurent donc au tribunal d'Alexandre VII. Vincent ne voyait en tout cela, comme il ne cesse de le dire, que la gloire de Dieu, ces sortes d'union étant le seul moyen de fonder et de soutenir les maisons d'éducation ecclésiastique, alors si nécessaires '. L'affaire fut examinée à Rome avec toute la lenteur et toute la maturité ordinaires, et le pape, après avoir ouï les parties intéressées, c'est-à-dire l'agent des directeurs de Saint-Méen, d'une part, et, de l'autre, le procureur général de la congrégation de Saint-Maur, donna, en 1658, une bulle, où il parle d'une manière honorable des prêtres de la Mission et de leurs travaux dans les séminaires et dans les campagnes.
Cette bulle, rendue, dit le souverain pontife, à l'instance de tout le clergé de la ville et du diocèse de Saint-
1. Lettres à d'Horgny et à Jolly, à Rome, des 8 novembre 1*546, Jt & juillet 1657.
Malo réuni en synode, qui avait voulu joindre sa prière et son témoignage à ceux des Missionnaires, à l'instance aussi du roi et du consentement des moines bénédictins eux-mêmes, aurait été fulminée sans opposition dans le diocèse de Saint-Malo ; mais le siège étant alors vacant par la translation de Ferdinand de Neuville à l'évêché de Chartres, elle fut adressée à l'évêque de Dol, et les formalités recommencèrent. L'ofïïcial dut faire des informations juridiques sur la conduite et les déportements des Missionnaires : elles tournèrent à leur honneur. Clergé, noblesse, juges mêmes des lieux du voisinage, tous déposèrent en faveur des enfants de Vincent de Paul. Depuis qu'ils sont à Saint-Méen, disait-on d'une voix, la face du diocèse a changé ; les peuples de la campagne sont instruits i ; les ecclésiastiques, non -seulement de Saint-Malo, mais des diocèses voisins de Vannes, de Dol, de Saint-Brieuc et de Rennes, sont formés à toutes les fonctions du ministère 2.
Fruits des séminaires, en province, à Paris.
Tels étaient, du reste, répétons-le, les fruits ordinaires des travaux de la Compagnie dans les missions et les séminaires, notamment dans les séminaires de Bretagne. Ainsi, en 1654, un séminaire de la Mission fut fondé à Tréguier par Michel Thépault, sieur de Rumelin, cha-
1. Le 20 mars 1 654, Vincent écrivait à Ozenne, en Pologne : « Les trois derniers jours du carnaval, tout le monde resta, à Saint-Méen, à l'église du matin au soir, et, pour expier les débauches passées, on jeûna au pain et à l'eau, a l'exception d'un ou deux. »
.'. Voir toutes les pièces de cette affaire dans le Summarium responsivum, pp. 10-28.
noine et grand pénitentier de l'église cathédrale, avec l'approbation de l'évêque Balthazar Grangier et de ses successeurs. C'est probablement le supérieur du séminaire de Tréguier qui envoya à Vincent une relation citée par ses premiers historiens. Le premier fruit qu'il signale, c'est l'instruction du peuple. La méthode de prédication, solide et familière, enseignée aux jeunes ecclésiastiques, a multiplié les catéchismes et les prédicateurs. Auparavant, pas de catéchismes : aujourd'hui, il s'en fait dans tous les diocèses voisins ; auparavant, à peine pouvait-on se procurer un prédicateur pour prêcher le carême en cinq ou six paroisses écartées : aujourd'hui, on en trouve aisément trois ou quatre, qui attirent les peuples des paroisses circonvoisines, et peuvent entendre les confessions en même temps que prêcher et catéchiser.
Les prêtres désormais prêchent aussi d'exemple. Ils portent la soutane, et tout leur extérieur, toutes leurs habitudes sont ecclésiastiques. En sanctifiant les autres, ils se sanctifient eux-mêmes par la prière et par Fétude, par le zèle des âmes et le désintéressement qui en porte plusieurs à quitter de riches bénéfices pour se livrer plus librement aux travaux apostoliques.
Ceux qui ont été formés au séminaire inspirent leur esprit aux prêtres de la campagne, réunis quelquefoisjus- ; qu'à cinquante en une seule paroisse, et les engagent à ! tenir, une fois la semaine, des conférences spirituelles, et à s'assembler, les veilles des fêtes, pour concerter entre eux les saintes cérémonies.
Sans agir directement, et par le seul prosélytisme de leur exemple, ils convertissent leurs confrères, qui viennent, quelques-uns, de plus de vingt-cinq lieues pour faire une retraite au séminaire, et s'en retournent réparer leurs scandales et répandre l'édification dans leurs paroisses.
Encore un coup, telle serait l'histoire invariable de tous les séminaires de la Compagnie établis du yivant de Vincent de Paul : du séminaire d'Agen, par exemple, fondé, en 1650, par Barthélémy d'Elbène, et confirmé, en 1677 et 1683, par Claude Jolly et Mascaron ; du séminaire de Montauban, fondé par Pierre de Bertier, le 5 septembre 1660, une vingtaine de jours seulement avant la mort de Vincent, et le dernier dont il ait vu la naissance ; telle encore, quoique dans de moindres proportions, l'histoire des séminaires, grands ou petits, fondés après lui1.
Mais revenons aux Bons-Enfants, à ce séminaire qui, placé sous l'œil de Vincent, et dirigé par ses plus intimes disciples, devait servir de type à tous les autres. Voici la relation que lui en adressa l'abbé d'Horgny, docteur de Sorbonne, et l'un de ses premiers compagnons, qui était alors chargé de le conduire.
« I. — On fait dans ce séminaire comme une mission
1. Narbonne et Metz (1661); Amiens, Troyes et Noyon (160:) ; Saint-Brieuc (1666); Marseille (1672); Saint-Flour (1674); Sens (1675) ; Arras (1677); Béziers et Alet (1678) ; Beau vais (1679); Tours, Chartres, To-ul et Auxerre (1680) ; Poitiers, Boulogne et Ghâlons (1681); Bayeux et Bordeaux (1682) ; Sarlal (1683) ; Pau (1684); Manosque (1685); Saint-Pol- de-Léon (1689); Notre-Dame-de-la-Délivrande (1692) ; Vannes (1701); Angoulême (1704); Avignon (1705); Notre-Dame-de-Buglosse (1706); Toulouse (1707) ; Poitiers (1710); Saint-Servan (1712); Pamiers et Tours (1715); Mornant (1717); Chartres (1719) ; Villefranche (1723) ; Figeac (1735) ; Arles (1752); Lara (1753); La Rochelle et Metz (1763); Rodez (1767) ; Luton (1771) ; Cambrai (1772); Albi (1774) ; Nancy (1780); Soissons (1786); enfin Castres (1788), le dernier séminaire qui ait été donné à la Compagnie avant la Révolution * : en tout cinquante-trois grands et neuf petits séminaires, c'est-à-dire à peu près la moitié des maisons d'éducation ecclésiastique en France.
1 Arrbiveitle !'lital, MM. 335'5;J9,
perpétuelle, et on y voit à proportion les mêmes fruits qui se voient dans les missions des villes ou des campagnes. Des bénéficiers et des prêtres, qui avaient croupi dans le lieu de leur domicile, se convertissent de bonne foi ; ils fondent en larmes dans leurs retraites ; ils souhaiteraient qu'on leur permît de faire des confessions publiques ; ils s'humilient dans toutes les occasions. Lorsqu'ils parlent dans les conférences, ils font un aveu public de leur ignorance passée. Ils félicitent leurs jeunes confrères de l'avantage qu'ils ont de s'instruire de leurs obligations. Ceux qui avaient des inimitiés invétérées se réconcilient par des lettres pleines d'humilité. Ils font, soit à l'Église, soit à leurs autres créanciers, des restitutions considérables. Les saints Pères des premiers et des derniers siècles, dont les textes sont rapportés dans le droit canon, disent souvent que les ecclésiastiques corrompus sont incorrigibles : mais, grâce à la miséricorde de Dieu, quels qu'ils aient été, il paraît qu'ils se convertissent ordinairement dans les séminaires.
« II. — Il y en a qui, fondés sur le mauvais usage de leurs provinces, ont possédé, pendant plusieurs années et avec beaucoup d'attachement, des bénéfices incompatibles. On les détermine ici à quitter celui qui ne leur convient pas, et ils s'y soumettent volontiers.
« III. — Il est très-ordinaire d'y voir soit des prêtres déjà âgés, soit des abbés, chanoines, curés, et autres biMJL'ficiers, soit des conseillers de parlement ou de présidiaux, qui font avec joie l'office de portier, d'acolyte, de thuriféraire, ou par inclination pour ces fonctions, ou pour se punir de ne jamais les avoir -exercées, ou pour témoigner le regret qu'ils ont de les avoir autrefois regardées comme peu convenables à des gens de condition.
« IV. — Ce qu'il y a de consolant, c'est que ces bons effets du séminaire ne finissent pas avec lui. Des curés, qui n'avaient jamais instruit leurs paroissiens, de retour chez eux, leur rompent le pain de la parole, et s'acquittent parfaitement de tous les autres emplois. Quelques-uns d'eux ont été jusqu'à déclarer au peuple, même en chaire, qu'ils venaient d'apprendre leur devoir, et qu'ils voulaient commencer tout de bon à le remplir le mieux qu'il leur serait possible.
« V. — Plusieurs, au sortir du séminaire, ont quitté la maison paternelle et en ont pris une autre dans le lieu même de leur naissance, afin d'y établir de petites communautés ecclésiastiques, qu'ils sanctifient en continuant à vivre comme ils vivaient ici, et qu'ils "multiplient en gagnant à Jésus-Christ et à son Église ceux qu'ils peuvent s'associer.
« VI. — Nous avons eu plusieurs chanoines d'églises cathédrales ou collégiales, qui, étant retournés chez eux, ont su peu à peu, sans éclat mais non sans fruit, faire avec leurs confrères de saintes et de sages liaisons, pour rétablir ou soutenir la discipline de leur église ; et on sait avec combien de zèle et de prudence ils parlent, soit en particulier, soit en chapitre, de l'obligation qu'ont les chanoines de maintenir le bon ordre et les règles ecclésiastiques.
« VII. — Il y en a qui, ayant conçu de quelle conséquence sont les petites écoles, se sont mis, quoiqu'ils eussent de la naissance, à les faire par pure charité. Ce saint exercice a beaucoup édifié. Dieu l'a béni, et les habitants des villes ne l'ont vu qu'avec admiration.
« VIII. — On ne peut pas omettre ici que Dieu fah la grâce à la plupart, et presque à tous ceux qui ont fait le séminaire, de se main tenir dans la piété et dans l'exer-