‹ Saint Vincent de PaulChapitre 68 sur 159 · OBIGINEET COMMENCEMENTS DU JANSÉNISME · texte numérisé non relu

OBIGINEET COMMENCEMENTS DU JANSÉNISME

Questions de la grâce jusqu'à VAugustinus.

Avant d'entrer dans ce grand débat, il est nécessaire d'en étudier l'histoire, la nature et la langue. Et tout d'abord expliquons ce mot de grâce, ce grand cri de guerre que nous entendrons à chaque instant retentir.

11 se prend généralement pour tout don gratuit parti de la pure libéralité de Dieu ; et, en ce sens, la création, la conservation, les facultés du corps et de l'âme, en un mot, tous les dons naturels, seraient pour l'homme des grâces, puisque tout cela lui vient de Dieu à titre gratuit, sans aucun mérite antérieur de sa part.

Mais, dans un sens plus strict et plus rigoureux, et dans notre longue polémique, on entend par grâce les dons

surnaturels faits à l'homme dans l'ordre du salut éternel. Ces dons embrassent les privilèges qui lui ont été accordés dans l'état primitif d'innocence, et la grâce médicinale qui lui est conférée depuis sa chute en vertu des mérites de la rédemption. Or, qu'est-ce que le surnaturel ? Il consiste essentiellement dans une excellence extraordinaire surajoutée aux facultés naturelles de l'homme et dépassant l'exigence et les forces de toute nature créée et même de toute créature possible, dans une communication de Dieu tel qu'il est en lui-même, dans une participation et une union immédiates, par l'intelligence et la volonté, à l'essence divine.

La grâce, nécessaire à l'homme, même dans l'état primitif d'innocence, pour accomplir sa destinée surnaturelle, lui est devenue plus indispensable depuis sa chute. Et pourtant, quelque profonds, quelque destructeurs qu'aient été dans son âme les ravages du mal, il conserve encore le sentiment de sa force et de sa liberté. C'est qu'en effet la volonté, quoique lésée et rendue infirme, n'a pas été anéantie par la faute primitive, ni réduite à une incapacité absolue.

La grâce et la liberté sont donc toujours les deux facteurs de la destinée humaine. Quel est leur rôle respectif? comment se concilie leur action ? Vaste problème, qui, sous des noms divers, a toujours préoccupé et fatigué la curiosité des hommes. Toutes les écoles philosophiques,

les différents systèmes religieux, ont fait à l'une ou à l'autre une part plus ou moins grande, quelquefois une part exclusive ; et alors Dieu disparaît sous l'homme, ou l'homme sous l'action divine.

Le christianisme, en proclamant d'une manière plus explicite la faute primitive et sa transmission à toute la race d'Adam, en enseignant la nécessité absolue d'une grâce réparatrice, nécessité telle que Dieu avait dû mourir

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