‹ Saint Vincent de PaulChapitre 7 sur 159 · PREMIERS ESSAIS EN FRANCE, ETC · texte numérisé non relu

PREMIERS ESSAIS EN FRANCE, ETC

donna une grande extension à son séminaire, en fonda un second à Douai, sous la direction des jésuites, et leur imposa des règles qui sont appliquées encore dans ces sortes d'établissements.

L'illustre cardinal de Lorraine, archevêque de Reims, de retour du concile- de Trente en 1567, fonda et dota richement un séminaire pour cinquante enfants pauvres qui devinrent ensuite plus nombreux, lui donna à peu près les règles du collège germanique, et le confia aux jésuites. Ame de l'assemblée, aux États de Bloisde 1576, le cardinal lui inspira une éloquente réclamation en faveur des séminaires, signalés comme le remède et le terme des maux de FÉglise. Ainsi en fut-il, en 1579, à la fameuse assemblée de Melun, qui imposa aux évêques et aux ecclésiastiques leur érection comme un devoir indispensable, et rédigea, sur le modèle de Reims, le plan de leur organisation. Dans son concile de Rouen de 1581, le cardinal et prince Charles de Bourbon somma sessuffragantsde Bayeux, Séez, Evreux, Lisieux, Avranches et Goutances, de faire en sorte qu'au mois d'octobre suivant, toutes les mesures fussent prises pour la construction des édifices, avec l'aide du clergé et des peuples. Dans l'année 1583, les conciles de Reims et de Tours, présidés l'un par le cardinal Louis de Guise, neveu et successeur du cardinal de Lorraine, l'autre par Simon de Maillé, parlent dans le môme sens. Cette môme année, le concile de Bordeaux, sous la présidence d'Antoine Prévost de Sansac, va jusqu'à s'adresser au roi, et le supplie d'user de son autorité souveraine pour faciliter l'établissement des séminaires dans ses États, d'exhorter les magistrats à les prendre sous leur protection spéciale et de forcer les récalcitrants à remplir ce devoir sacré. L'archevêque de Bordeaux est du petit nombre de ceux qui réussirent, dans cette lin du siècle, ii. 1.

à établir un séminaire. Au concile de Bourges de 1584 ^archevêque déplore les guerres de religion, dont sa province a été un des principaux théâtres, et qui on empêché l'exécution du décret de Trente ; il se console dans la pensée que les écoles de plusieurs églises cathédrales y ont suppléé ; il exhorte néanmoins ses suffragants à mettre la main à l'œuvre, et le premier peut-être il distingue entre petits et grands séminaires.

Malgré ces nombreux décrets des conciles et tous ces commencements d'exécution, l'éducation ecclésiastique était à peu près nulle en France. Dans les assemblées de Bloisde 1588 et 1589, et de Paris en 1595, les évêques firent entendre leurs plaintes et les portèrent jusqu'au pied du Saint-Siège. Clément VIII leur répondit par un bref plein d'onction, où il les adjura au nom de Dieu d'améliorer la vie morale des prêtres, de perfectionner leur éducation, et de contribuer ainsi au perfectionnement de l'Église elle-même. Cet appel fut entendu. Dans les assemblées du clergé de 1614, 1615 et 1625, et dans l'ordonnance de Blois de 1629, toutes les dispositions précédentes furent renouvelées. Dans l'assemblée de 1614, l'évêque d'Avranches fit décider que les communautés religieuses et tout bénéficier de 300 livres de revenu seraient tenus de contribuer à l'établissement des séminaires. Même décret dans l'assemblée de 1615, sur la demande de François de Harlay, et dans celle de 5, à la requête de l'évêque de Chartres, Louis d'Étampes, qui remit môme sur ce sujet un excellent mémo in-, malheureusement écarté par des préventions gal-

Ce n'était pas, on le voit, du côté du haut clergé que venaient les empêchements, mais du côté des parlements, toujours opposés à l'introduction du concile de Trente; du côté aussi de l'Université, jalouse des jésuites, char-

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gés de la conduite de presque tous les établissements essayés. Aussi, au commencement du xvne siècle, n'estil fait mention que de deux ou trois séminaires subsistants: ceux de Reims, de Bordeaux et de Carpentras ; et encore, comme il va être expliqué, étaient-ce moins des séminaires que des collèges.

Etat du clergé au commencement du xvii* siècle.

Il n'y avait donc, pour ceux qui se destinaient à l'état ecclésiastique, ni maison commune, ni exercices réguliers, ni études spécialement appropriées à leur vocation. Il existait bien de grandes écoles de théologie où le dogme était enseigné avec science et éclat ; mais la morale, et surtout la morale appliquée, l'administration des sacrements, les cérémonies, les autres fonctions sacerdotales, n'avaient nulle part leur enseignement théorique et pratique. De plus, les jeunes théologiens vivaient dans le monde, chacun selon son gré, sans règle, sans surveillance, sans aucun des secours qu'offre la vie de communauté. Les meilleurs, les plus désireux d'acquérir l'esprit de leur état se plaçaient chez de bons curés ou de bons prêtres ; mais, s'ils y trouvaient exemple et conseil, ils y étaient aussi trop souvent dérangés dans leurs études et distraits dans leurs exercices de piété. Les autres, et c'étaient le plus grand nombre, restaient dans leurs familles, ou se logeaient dans des maisons où rien ne les portait à l'esprit et aux vertus de leur état. Alors ni examens, ni retraites d'ordination, ni conférences ; aucun de ces moyens puissants employés depuis avec tant de succès pour former de dignes ministres du sanctuaire. Aussi peu de prêtres se distinguaient-ils par un zèle plus ardent ou par une vertu plus éclatante.

Quelques hommes réguliers et édifiants, sans doute; mais la plupart, sans instruction compétente, sans habitudes pieuses, sans extérieur, sans costume ecclésiastique, n'étaient, pour ne pas parler ici des scandaleux, que d'honnêtes gens, partageant les mœurs du monde et incapables d'inspirer respect et religion aux peuples.

Que dire de ceux, en si grand nombre, qui vivaient dans le désordre et la débauche? Il faut parler pourtant, ne serait-ce que pour faire comprendre le service rendu au clergé par Vincent de Paul, ou plutôt la force vitale de l'Église, qui se régénère elle-même, sous l'action de l'esprit de Dieu, au moment même où elle semble devoir périr. Ici, sans sortir de la vie de Vincent de Paul, les témoignages abondent. C'est lui qui nous apprend que Mme de Gondi avait trouvé, qu'il avait trouvé lui-même des prêtres ignorants jusqu'à ne savoir pas la formule de l'absolution. C'est lui encore qui racontait dans ses conférences que la messe était dite çà et là de la manière la plus bizarre et avec une diversité scandaleuse. Quelques-uns la commençaient par le Pater ; d'autres, au lieu d'aller à l'autel ornés des habits sacrés, prenaient la chasuble entre leurs mains, et ne la revêtaient qu'après avoir récité VIntroïbo. Une fois, à Saint-Germain, il remarqua sept ou huit prêtres qui disaient la messe chacun d'une manière différente *.

Mais quels tristes témoignages lui vinrent de l'ignorance et de la corruption du clergé dès qu'il eut mis la main à l'œuvre, et que les évêques commencèrent à recourir à lui pour la réformation de leurs prêtres ! « Je travaille, lui écrivait l'un d'eux, je travaille, autant que je -peux, avec mes grands vicaires, pour le bien de mon diocèse ; mais c'est avec peu de succès pour

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