INTRIGUES DE SAINT-CYRAN, ETC. 25(J
aussi bien dans le calendrier liturgique de l'abbé Chatel. Ces derniers détails font assez entendre que le projet survécut, dans la pensée de Saint-Cyran, même à son introduction à Port-Royal. En effet, après s'être vu fermer tant de portes, Saint-Cyran avait frappé à. celle-ci, qui, l'intrigue et la ruse aidant, lui avait été pleinement ouverte. Cet homme avait eu l'intelligence de son temps. A une époque de galanterie, de passions littéraires et de querelles scolastiques, il vit qu'il devait s'appuyer sur les femmes et les gens de lettres. Il existait alors à Paris, au foubourg Saint-Jacques, une communauté de femmes connue sous le nom de Port-Royal. Elle commençait à attirer l'attention, car, en 1608, elle avait été réformée par la mère Angélique Arnauld dans l'abbaye du Port- Royal des Champs, et était devenue tellement florissante, qu'elle avait dû émigrer à Paris en 1625, parce qu'elle se trouvait trop à l'étroit dans la maison des champs. D'ailleurs l'influence et les relations nombreuses de la famille Arnauld, qui y régnait alors et en possédait toutes les charges, lui donnaient encore de l'importance et de la célébrité. Ce fut dans cette communauté que se glissa Saint-Cyran. Elle était alors sous la direction de Sébastien Zamet, évêque de Langres. Zamet venait de la transférer de la rue Saint-Jacques à la rue Coquillière, proche du Louvre, sous le nom d'Institut du Saint-Sacrement. Là, l'une des religieuses, la mère Agnès, composa, pour son usage particulier, dit-on, un opuscule à doctrine au moins bizarre et à titre singulier : Chapelet secret du Saint-Sacrement*, dont la Sorbonne porta ce jugement, le i8 juin 1633 : « Nous avons trouvé ce livre n'être aucunement utile pour l'instruction des âmes,
1. « Secret! eh ! bon Dieu, ma mère, qu'est-ce donc que vous voulez dire? Est-ce le Saint-Sacrement qui est secret, ou l'Ave Maria ? (De MaUtre, de l'Eylise gallicane, liv. i, ch. vi.)
mais, au contraire, contenir plusieurs extravagances, impertinences, erreurs, blasphèmes et impiétés qui tendent à séparer et détourner les âmes de la pratique des vertus, spécialement de la foi, espérance et charité ; à détruire la façon de prier instituée par Jésus-Christ, et introduire des opinions contraires aux effets que l'amour de Dieu a témoigné pour nous, et nommément au sacrement de la très-sainte Eucharistie et mystère de l'Incarnation. »
Un échantillon de ces extravagances impies, nommément au sujet de l'Eucharistie : « Inaccessibilité. Que Jésus-Christ soit au Saint-Sacrement, en sorte qu'il ne sorte point de soi-même ; que la société qu'il veut avoir avec les hommes soit d'une manière, séparée d'eux, et résidente en lui-même, n'étant pas raisonnable qu'il s'approche de nous, qui ne sommes que péché. Qu'il demeure en lui-même, laissant la créature dans l'incapacité qu'elle a de l'approcher. Que tout ce qu'il est n'ait point de rapport à nous ; que son inaccessibilité l'empêche de sortir de soi-même. Que lésâmes renoncent à la rencontre de Dieu, et consentent qu'il demeure dans le lieu propre à la condition de son être, qui est un lieu inaccessible à la créature, dans lequel il reçoit la gloire de n'être accompagné que de son essence seule. Qu'il n'ait égard à rien qui se passe hors de lui ; que les âmes ne se présentent pas à lui comme l'objet de son application, mais plutôt pour être rebutées par la préférence qu'il doit à lui-même. Qu'il ne se rabaisse point en des communications disproportionnées à son infinie capacité. Que les âmes demeurent dans l'indignité qu'elles portent d'une si divine communication ; qu'elles s'estiment heureusement partagées de n'avoir aucune part aux dons de Dieu, par la joie qu'ils soient si grands, que nous n'en soyons pas capables. «