Mémoires, tom. I, p
il y a temps d'édifier et temps de détruire. Elle était son épouse ; mais c'est maintenant une adultère et une prostituée -/c'est pourquoi il l'a répudiée, et il veut qu'on lui en substitue une autre, qui lui sera fidèle. — Croyez-moi, Monsieur, se contenta de répondre le saint contristé ; défiez-vous de votre propre esprit, qui vous donne des sentiments fort éloignés du respect qui est dû à l'Église. — Mais vous-même, Monsieur, qui parlez si bien, repartit aigrement Saint-Cyran, savez-vous bien seulement ce que c'est que l'Église ? — L'Église, Monsieur, comme nous l'apprend le catéchisme qu'elle donne à ses enfants, c'est la congrégation des fidèles sous la conduite de notre saint-père le Pape et des pasteurs légitimes. — Bah ! bah ! vous n'y entendez que le haut allemand. — Mais c'est le langage de l'Église elle-même. — Vous êtes un ignorant : bien loin de mériter d'être à la tête de votre congrégation, vous mériteriez d'en être chassé ; et je suis fort surpris qu'on vous y souffre. — Hélas ! Monsieur, j'en suis plus surpris que vous, car je suis encore plus ignorant que vous ne pensez, et, si l'on me rendait justice, on ne manquerait pas de me renvoyer de Saint- Lazare *. »
Saint-Cyran ne pouvait adopter la définition de l'Église donnée par Vincent, lui qui, pour se passer de pape et d'évêques, l'a définie ainsi : « Qu'est-ce que l'Église ? c'est la compagnie de ceux qui servent Dieu dans la lumière, et dans la profession de la vraie foi, et dans l'union de la charité 2. »
Du reste, haut allemand, ignorant, tel était le dernier mot de Saint-Cyran et de tous ces sectaires orgueilleux à leurs adversaires, et par là ils leur fermaient la bouche et toute discussion. Car notons bien que les derniers dé-