‹ Saint Vincent de PaulChapitre 89 sur 159 · Mémoires, t. I, p · texte numérisé non relu

Mémoires, t. I, p

procédé inverse à celui de la catachrèse, fit de demi-aveux, que nous pourrons, sans abus de paroles, tourner contre lui en aveux complets. Sur l'article de l'absolution déclaratoire, il répondit qu'il ne l'avait dit « qu'historiquement et non pas affirmativement, comme on dit beaucoup de choses qu'on ne veut et qu'on n'entend point être recueillies. » Du reste, il reconnaissait que cette opinion « lui avait un peu touché le cœur, comme ayant plus de rapport avec la pratique ancienne de l'Eglise ; que bien ménagée, et avec la discrétion nécessaire, elle pouvait servir en quelque particulière occasion. » Ainsi parla- t-il de la confession faite à un laïque, des péchés véniels, matière insuffisante de confession, de l'Église plus pure autrefois qu'aujourd'hui : « De même qu'il arrive qu'un fleuve en coulant prend quelque impureté, ainsi l'Église en coulant s'entache un peu, plus elle s'éloigne de sa source et s'étend dans les siècles postérieurs. » Ce sont presque les expressions déjàcitées d'une conversation avec Vincent de Paul, et, quoique atténuées, elles renferment encore une erreur, car, vraies peut-être des mœurs des individus, elles sont fausses de l'Église, toujours également pure dans sa doctrine, sa hiérarchie et sa discipline.

Saint-Cyran avoua encore qu'il avait différé souvent de donner l'absolution, et il déclara se souvenir « que quelques religieuses, comme sœur Marie Angélique et autres, étaient demeurées quelquefois trois ou quatre mois sans recevoir l'absolution et sans communier. » Il ajoutait, il est vrai, qu'il n'avait agi ainsi que sur leur demande, et qu'il les avait pressées d'approcher des sacrements. Nous le voulons bien ; mais qui leur inspirait de telles demandes et de telles pratiques ?

Lescot tira bon parti de tout cela : « Avons remontré audit sieur de Saint-Cyran qu'il eût à considérer la con-

trariété tout évidente des réponses qu'il a faites jusqu'à présent, et nous déclarer ingénument et franchement tous ses sentiments, dont plusieurs nous sont déjà très-connus et plus clairs que le jour par ses réponses mêmes. » En

v effet, aucun tribunal n'hésiterait, après de semblables dé-

' clarations, à condamner un homme.

D'ailleurs, la conduite de Saint-Cyran et du parti, la doctrine exprimée dans leurs ouvrages, démontrent qu'ils tendaient à l'abolition de l'usage des sacrements. Posant en principe que la fréquentation des sacrements est plus souvent nuisible qu'utile, Saint-Cyran devait en détourner les fidèles, soit pardéfense expresse, soit en exigeant de telles dispositions, que jamais on n'était digne d'y participer. Tout en voilant sa pensée de quelques correctifs, il abolissait la confession pour les péchés véniels, c'est-àdire pour toutes les personnes pieuses, qui n'ont pas ordinairement d'autres fautes à se reprocher devant Dieu : « Quant aux péchés véniels, ceux qui procèdent de l'infirmité, et où la volonté a peu de part, se peuvent remettre par un seul mea culpa, etc. Ceux qui naissent un peu plus de la volonté que de l'infirmité, mais qui n'ont nulle racine dans l'âme parce qu'ils ne font que passer, peuvent être effacés par la seule reconnaissance qu'on en a, jointe à quelque aumône ou à quelque autre satisfaction, soit de quelque légère abstinence ou de quelque prière, avant même la confession qu'on en fait au prêtre, qui est très-utile quand on en use comme il faut, 'quoiqu'elle n'ait été en l'usage ordinaire dans l'Église que fort tard pour l'effacement des péchés véniels 4. » Regardant la contrition parfaite comme absolument nécessaire au sacrement, il voulait qu'on différât indéfiniment l'ab-

1. Lettres chrét. etspir., édit. de 1048, 2 vol. in-8 ; lettre 32e, loin. I, p. 229. Voir encore la lettre 91, ibid., p. G55.

solution, quelque sincère qu'eût été la confession du pénitent, quelque repentir qu'il témoignât de ses fautes, si disposé qu'il parût à s'en corriger, jusqu'à ce que, par une longue pénitence, il prouvât qu'il avait cette contrition justifiante par elle-même ; en sorte que l'absolution qui lui était alors accordée ne lui conférait pas la grâce première, mais n'était qu'un signe du pardon octroyé déjà dans le ciel, une pure déclaration de son retour à la justification par ses actes personnels. Voilà pourquoi on lit dans son interrogatoire qu'il blâmait les missions de Vincent et de ses prêtres, et la facilité avec laquelle ils absolvaient les pécheurs, se contentant, prétendait-il, d'une confession, sans exiger ces dispositions intérieures qu'il regardait comme indispensables. — On verra au livre suivant si Vincent et ses fils n'exigaient pas, avant d'absoudre, une conversion sincère.

Même doctrine sur la communion : « Pour recevoir le sacrement de l'Eucharistie, il faut être en état de grâce, avoir fait pénitence de ses péchés, et n'être attaché, ni par volonté ni par négligence, à aucune chose qui puisse déplaire à Dieu1. — Ceux qui demeurent volontairement dans les moindres fautes et imperfections sont indignes du sacrement de l'Eucharistie 2. — Cette âme nouvellement convertie s'abstiendra pour un temps de la sainte communion... comme d'une viande trop solide, et disproportionnée à sa faiblesse 3. » Et ailleurs, parlant d'une personne au sujet de laquelle on l'avait consulté, il s'exprime ainsi : « J'avais résolu de lui proposer qu'on la tînt séparée quelque temps de la sainte Eucharistie... Il n'y a point de meilleure voie pour guérir une âme blessée... Tous les chrétiens qui, depuis les apôtres, ont

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