‹ Saint Vincent de PaulChapitre 94 sur 159 · RÔLE DE SAINT VINCENT DANS LE PROCÈS, ETC · texte numérisé non relu

RÔLE DE SAINT VINCENT DANS LE PROCÈS, ETC

jets du réformateur ; mais, comme le P. de Condren, il refusa de répondre au juge laïque Laubardemont en matière ecclésiastique. La preuve en est dans cettre lettre de Cornuel, prêtre de la Mission : « M. Vincent nous raconta fort au long toute l'histoire de Saint-Cyran, les grandissimes liaisons qu'ils avaient eues ensemble, les avertissements qu'il lui avait faits, les interrogats qu'il subit à son occasion par M. le cardinal de Richelieu même, au refus d'un juge laïque, à qui il n'avait pas voulu répondre sur ces matières. »

Nous le savons encore parle récit du P. Rapin, si bien informé en cette affaire. Le P. Rapin raconte d'abord que la duchesse d'Aiguillon ayant intercédé son oncle en faveur de Saint-Cyran emprisonné, Richelieu s'engagea à voir le P. de Condren et M. Vincent, a les deux plus gens de bien du royaume, qui s'étaient faits les accusateurs de l'abbé de Saint-Cyran par principe de conscience », l'assurant « qu'elle serait peut-être satisfaite de ce qu'elle apprendrait d'eux » ; ce qui eut lieu, en effet ; et le P. Rapin ajoute que le P. de Condren et Vincent, « les deux principaux accusateurs de Saint-Cyran », refusèrent de répondre dans les formes judiciaires à Laubardemont, « ce dont le P. de Condren eut de grands scrupules à la mort, craignant que le succès de la procédure contre l'accusé n'eût manqué par son silence, à quoi le P. Vincent l'avait invité. Mais, continue le P. Rapin, ce qu'ils en avaient dit dans le secret au cardinal de Richelieu avait eu tout son effet, et ils n'eurent rien l'un et l'autre à se reprocher sur cet article ; car ce fut principalement sur leur témoignage que le cardinal prit la résolution de faire arrêter Saint-Cyran, ne connaissant pas dans le royaume deux plus hommes de bien '. »

1 Histoire du Jansénisme, par le P. Rapin, publiée par M. l'abbé Domenech, pp. 37y et 387 (Paris, 1861).

Pas plus que devant Laubardem ont, Vincent ne comparut devant le docteur Lescot. Abelly, son premier historien, et Collet après lui, le nient formellement. En effet, dans les procès-verbaux de Lescot, qui contiennent pourtant les dépositions de quinze ou seize témoins, il n'y a pas la moindre trace de son interrogatoire. Reste donc toujours l'interrogatoire supposé par Barcos devant Laubardemont. Mais cette déposition ne serait guère en harmonie avec les réponses de l'interrogatoire de Saint- Cyran ; elle serait en désaccord plus radical encore avec une préten due déposition complète et authentique de Vincent devant Lescot, publiée pour la première fois, en 1730, par Colbert, évêque de Montpellier,. un des quatre évêques appelants, dans une discussion en faveur de Saint-Gyran contre Belzunce, le saint évêque de Marseille *. Pièce étrange, sortie on ne sait d'où; mise au jour par des mains suspectes ; inconnue de tous, amis et ennemis, pendant près d'un siècle ; vue par les seuls jansénistes, conservée par eux avec un soin jaloux et refusée obstinément à l'examen des orthodoxes 2 ; pièce, enfin, dont il est impossible de définir la nature et le caractère. « J'avoue, disait un magistrat à Collet, qu'une pièce comme celle-ci est toute neuve pour moi, et que jusqu'ici je n'ai rien vu de pareil 8. » Est-ce un certificat? Alors pourquoi un serment et deux dates différentes \ Est-ce une déposition ? Gomment alors est-elle écrite par le répondant lui-même et suppose- t-elle le juge tantôt présent, tantôt absent ? Elle n'est ni l'un ni l'autre, a-t-on

1. Voir cette déposition aux pièces justificatives, no 3. Cette pièce a été reproduite dans plusieurs livres jansénistes. On la trouve notamment à la fin du second volume des Mémoires de Lancelot, p. 493.

2. Collet demanda vainement à la voir. — Lettres critiques, par le prieur de feaint-Edme (Collet lui-même), première lettre, p. 15.

:',. Ibid , :». .-.;.

VÉRACITÉ DABELLV, ETC. 297

dit récemment pour tout concilier ; c'est une simple rédaction de divers interrogatoires faite par Vincent pour lui-même, dans la crainte d'un faux procès-verbal, et envoyée peut-être aux juges. De là l'étrangeté de sa forme et ses apparentes contradictions

Véracité d'Abelly. — Vincent dépose contre Saint-Cyran en faveur de son biographe.

Quoi qu'il en soit, ce ne sont pas là les contradictions les plus profondes qu'il faudrait faire disparaître pour rendre croyable l'authenticité de cette pièce, mais les contradictions entre cette pièce elle-même et ce que Vincent nous a dit déjà de ses rapports avec Saint-Cyran. Pour en venir à bout, il n'y a de choix qu'entre deux moyens : ou nier la véracité du récit d'Abelly, ou affirmer que Vincent, circonvenu d'abord par les ennemis de Saint-Cyran, fut ramené à sa première estime pour le sectaire par les explications qu'il reçut de lui, et se reprit à le regarder comme un des plus hommes de bien qu'il eût jamais vus.

Or, nier le récit d'Abelly est chose difficile. Barcos l'a tenté et s'y est perdu. Nous avons cité plusieurs fois sa Défense. Là, le prétendu défenseur de Vincent commence par lui prodiguer l'outrage : « M. Vincent, écrit-il, ne savait pas même les choses nécessaires au salut, lorsqu'il fut fait prêtre. » Puis il insinue que le saint n'a pas apporté aux ordres une préparation suffisante, et qu'il n'y est entré que par sacrilège. Ailleurs, il cherche à le faire passer pour un vicieux et un débauché, en ajoutant le mot énormes à ce qu'avait dit Abelly de l'habitude où était l'humble prêtre de confesser publiquement

les péchés les plus griefs de sa vie. Comme son oncle, il blâme les œuvres du saint réformateur du clergé, par exemple les exercices des ordinands, dont il dit : « Ce n'est qu'une invention nouvelle et méprisable ; son origine est fort basse et fort éloignée de l'esprit et de la conduite de l'Église ; elle n'est fondée que sur un songe, sur une imagination, sur la pensée d'un homme qui rêve dans un carrosse *. » Ce neveu à'Aurelius, ce champion de l'épiscopat, ne ménage pas davantage les évêques. Il traite leur recours à Rome, dans l'affaire des cinq propositions, d'action la plus irrégulière et la plus insoutenable du monde. Ils n'ont agi que par cabale, intrigue, conspiration. « Ils ont rabaissé l'épiscopat et l'ont rendu méprisable, etc. 2. »

Voilà l'homme qui accusait Abelly d'avoir inventé ses récits, ou de les avoir composés sur des mémoires menteurs fournis par les jésuites. Car les jésuites doivent avoir tout fait, non-seulement les lettres de Vincent qui seront rapportées dans la suite, et que Barcos trouvait n'être pas de son style, mais sans doute aussi les bulles des papes, les mandements épiscopaux, les déclarations du roi, les arrêts du conseil et des parlements.

Mais, répondit très-bien Abelly 3, comment dire qu'en présence des fils de Vincent on ait supposé tant de choses de cette importance? que les jésuites aient fourni le recueil de ses discours aux assemblées secrètes des siens, qu'ils aient fabriqué ses lettres et leurs réponses, et cela sans plaintes ni réclamations d'aucune part ; au contraire, avec applaudissements des Lazaristes, qui en-

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