VÉRACITÉ &' ABELLY, ETC
voyèrent le livre à toutes leurs maisons et en firent présent à leurs amis ? 1
D'ailleurs, Aimeras, premier successeur de Vincent, homme de condition, d'intelligence et d'une probité qui échappe à tout soupçon, délivra ce certificat à l'ancien évêque de Rodez :
« Nous, etc., certifions que les principaux et plus importants mémoires sur lesquels Mgr Messire Abelly... a composé, à notre prière, la Vie de feu M. V. de Paul..., lui ont été fournis par ceux de notre congrégation à qui nous avions donné charge de les recueillir; que ledit seigneur évêque nous a communiqué tous les cahiers manuscrits de son ouvrage, qui ensuite a été imprimé par nos soins en l'année 1664 ; que les paroles de M. Vincent qui y sont rapportées sont conformes auxdits mémoires, et que nous avons les originaux des lettres qui sont insérées dans ce même livre. En foi de quoi, etc. »
Il ne servirait de rien de dire qu'Aimeras ne parle pas de tous les mémoires, mais des principaux et plus importants. Donné à l'occasion du livre anonyme de Barcos, ce certificat désigne nécessairement les mémoires relatifs au jansénisme. De plus, il y est parlé de paroles et lettres de Vincent, certifiées conforihes auxdits mémoires. Lesquelles? Évidemment celles qui sont rapportées au ch. xn du livre II d'Abeily, tant attaqué par Barcos. Abelly avait donc raison de dire de son censeur anonyme : a Qu'il aille à Saint- Lazare... on lui fera voir les originaux de ces lettres de M. Vincent, et on lui
i. 11 y avait une réponse plus péremptoire encore, mais qui ne pouvait pas être opposée alors : c est qu'Abelly n'a l'ait que prêter son nom à la Vie de saint Vincent de Paul, œuvre des Lazaristes eux mêmes. Or, malgré la profonde estime de Vincent pour la Compagnie de Jésus, il n'y eut jamais entre elle et Saint-Lazare l'union intime que supposerait tant de concert et même de déférence.
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apprendra qu'il ne les a faites que par le mouvement du zèle qu'il avait pour l'Église de Dieu, non par l'impulsion des jésuites (p. 40). »
Reste donc à dire que Vincent revint plus tard des préventions sincèrement exprimées dans les récits d'Abelly, et qu'il finit par reconnaître la pureté des doctrines de Saint-Cyran *. Mais ici les témoignages abondent pour prouver qu'il se confirma de plus en plus, au contraire, dans son premier jugement sur l'orgueilleux sectaire. On se rappelle la lettre de Gornuel et les dépositions plus haut mentionnées du procès de canonisation. Qu'on
1 . On a été jusqu'à prétendre qu'Abelly lui-même s'était rétracté, du moins par son silence, vaincu, sans doute, ou convaincu par la Défense de Barcos. Pour entendre cela, il faut savoir qu'il fit deux éditions de son ouvrage, la première in-4, en trois livres, et contenant onze cenis pages, qui fut imprimée en 1664 ; la seconde in-8, en deux livres, contenant seulement sept cent vingt-trois pages, imprimée en 1667. Or, Abelly, faisant cette seconde édition pour abréger l'ouvrage, comme il le déclare dans son avertissement, en retrancha tout le second livre de la première, où se trouve le fameux chapitre xne: Ce que M. Vincent a fait pour l'extirpation des nouvelles erreurs du jansénisme, et la plupart des discours du me. Là-dessus, cris de joie et de victoire du jansénisme, qui voulut voir dans ces suppressions un aveu de la calomnie ; plaintes inconsidérées des amis eux-mêmes, qui y virent une faiblesse Ainsi le P. Daniel, dans le sixième Entrelien d'Eudoxe et de Cléanthe, les attribue à la puissance du a parti, qui vient à bout de tout ce qu'il entreprend; » et le P. d'Avrigny, dans ses Mémoires chronologiques, (sous l'année 1625, tom. 1, p. 385), parlant des efforts de Vincent contre l'erreur, ajoute : « Ces ouvrages font une partie de sa gloire, et il serait à souhaiter que ceux qui sont le plus intéressés à la soutenir, n'en eussent pas rougi pour lui, en retranchant dans les dernières éditions de sa Vie les preuves incontestables de son attachement aux décisions de l'Église et de sa haine pour toutes sortes de nouveautés. »— Beaucoup de bruit pour rien ! La seconde édition d'Abelly a précédé et non suivi la Dé/ense de Barcos, puisqu'elle est de 1667, et la Défense seulementde 1668. D'ailleurs, pour s'en convaincre, il «uffitdelire la première phrase de la réponse d'Abelly, fa
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écoute Vinrent lui-même, dans une lettre de 1651 a un évêque qui repu gnait à recourir au pape, sous prétexte que les novateurs ne se soumettraient pas à sa décision : « Gela peut être vrai, dit-il, de quelques-uns, qui ont été de la cabale de feu M. de Saint-Cyran, qui non-seulement
vraie Défense, etc. : a A peine la seconde édition de la Vie de M. Vincent était-elle achevée, qu'il a paru un libelle assez ample sous le titre de Défense, etc. •• Cette seconde édition n'est donc ni une rétractation tacite, ni une sorte de reddition d'armes devant la réfutation et l'attaque de Barcos. Comment donc tant de gens l'ont-ils pu dire, sans donner la moindre attention aux dates mêmes qui leur répondent d'une manière si péremptoire ? Comme il arrive ordinairement "• un le dit sans réflexion ni examen suffisant, et Ips autres le répètent servilement sur parole. Peut-être la méprise est-elle aussi venue de ce que Barcos, dans sa Réplique (art. dernier, p. 87 de l'édit. in-4), semble parler des retranchements de la seconde édition d'Abelly, comme opérés depuis sa Défense : .< ... Car étant accusé d'avoir imposé ces choses à M. Vincent et à feu M. l'abbé de Saint-Cyran.. et témoignant d'ailleurs les vouloir défendre comme véritables, il était obligéden'y changer rien du tout pendant cette contestation, et de les laisser comme il les avait produites la première fois, et il n'en pouvait soustraire aucune sans se condamner lui-même, en donnant sujet de croire qu'il avait changé d'avis. >- Malgré tout, la seconde édition, encore une fois, avait paru avant la Défense. Que si l'on prétend qu'Abelly avait eu vent de la prochaine attaque de Barcos, et qu'il voulait à l'avance ou se mettre en garde contre lui, ou même s'effacer devant ce rude jouteur, ce sera encore parler au hasard et sans examen, car la seconde édition dit, quoiqu'en abrégé, la même chose que la première. Le xliv" chapitre du premier livre montre avec quelle force Vincent s'opposa aux nouvelles erreurs du jansénisme, et que ce qui l'obligea davantage à se précautionner contre la secte, « ce fut la conlance tirs-familière qu il avait d'un de ses premiers auteurs, dont rit et la conduite lui donnaient lieu de le tenir pour fort suspect. - 11 ajoute que l'erreur ayant été « foudroyée par les anathèmes de l'Église, Vincent crut être obligé non-seulement de se soumettre an jugement du Saint-Siège apostolique, mais encore de faire profession ouverte de cette soumission, et de se déclarer entièrement oppose tant aux erreurs condamnées, qu'à tous les pernicieux desseins de ceux qui voulaient s'obstiner à Ira soutenir, p Et il parle ensuite des
n'avait pas disposition de se soumettre aux décisions du pape, mais même ne croyait pas aux conciles. Je le sais, Monseigneur, pour l'avoir fort pratiqué. »
Il y a mieux encore dans deux longues lettres adressées à Rome, en 1648, à l'abbé d'Horgny, qui inclinait aux nouvelles opinions, lettres que nous invoquerons souvent, tant elles sont décisives : car c'est un père qui écrit confidentiellement à un fils en danger, et lui ouvre naïvement sa mémoire et son cœur, toute son âme. Ces lettres, dont les autographes étaient encore gardés à Saint- Lazare du temps de Collet, au milieu du dernier siècle, et n'ont été égarés qu'à la Révolution, furent publiées en 1726 par le Journal de Trévoux pendant le procès de béatification de Vincent de Paul *.
Or, en plusieurs endroits, Vincent y revient sur le compte de Saint-Cyran. « Vous êtes à excuser, écrit-il à d'Horgny, parce que vous ne savez pas le fond des maximes de l'auteur de toutes ces doctrines, qui était de réduire l'Église en ses premiers usages, disant que l'É-
voyages inutiles de Vincent à Port Royal, des épurations laites à Saint-Lazare, des novateurs écartés des monastères ou des dignités ecclésiastiques. Et, revenant à la charge au chap. i" de son V liv., Abelly parle des résistances de Vincent aux fréquentes sollicitations des sectaires, et rapporte son mot à un de ses prêtres : « Sachez, Monsieur, que cette nouvelle erreur du jansénisme est une des plus dangereuses qui aient jamais troublé l'Église. » Il y a plus, à la page 320 de son premier livre, Abelly renvoie le lecteur, pour plus ample informé, au chapitre xnedu second livre de la première édition. Singulière rétractation que celle-là ! Aussi on s'étonne que tant d'honnêtes gens s'y soient laissé prendre, par prévention, sans doute, et défaut d'examen, et qu'au commencement du xvine siècle, Bonnet, supérieur généraldela Mission, ait du encoreécrire un Éclaircissement (8 pages in-4, archives de la Mission), pour détromper quelques prélats alarmés par le bruit public.
1. La première, qui est en réalité la seconde, en mars, art. iy, et la seconde, qui est la première, en avril, art. 37.