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CHAPITRE SIXIEME

sérable larcin. Mais sî, d'un côté, le juge fut joyeux de voir sa perte recouvrée lorsqu'il ne s'y attendait plus, il fut, d'un autre, saisi d'un grand regret d'avoir calomnié un ecclésiastique aussi vertueux qu'était M. Vincent ; il lui écrivit une lettre pour lui en demander pardon, le suppliant de lui donner ce pardon par écrit, disant que, s'il le lui refusait, il viendrait en personne à Paris se jeter à ses pieds et lui demander pardon, la corde au cou.

Cfiapitte Sititïïit. — H est pourvu de la cure de Clichy et il exerce les devoirs de bon pasteur.

|-UoiQUE M. Vincent fût bien résolu de se donner parfaitement à Dieu dans l'état ecclésiastique, cet accident lui servit comme d'un nouvel aiguillon qui le porta plus fortement à l'exécution de ses bonnes résolutions. Voyant que cette demeure, où il avait été obligé de se retirer à son arrivée dans Paris parmi des personnes laïques, était peu convenable au désir que Dieu lui avait inspiré de se mettre dans une vie vraiment ecclésiastique, il résolut de la quitter ; et la bonne estime que sa vertu lui avait acquise lui fit trouver accès chez les Pères de l'Oratoire, qui le reçurent en leur maison, non pas pour être agrégé à leur Compagnie, ayant lui-même déclaré. \ depuis qu'il n'avait jamais eu cette intention, mais pour se mettre un peu à l'abri des embarras du monde, pour mieux connaître les desseins de DiEU sur lui et se disposer à les suivre, sachant bien que nous sommes aveugles en notre propre conduite, et que le plus assuré moyen pour ne se point détourner des voies de Dieu est d'avoir quelque sage et vertueux directeur qui nous aide par ses bons avis. Il crut ne pouvoir faire un meilleur choix que de celui même qui conduisait avec tant de sagesse et de bénédiction cette sainte Compagnie de l'Oratoire; c'était alors, comme nous avons dit, le Père de Bérulle. M. Vincent donc lui ayant ouvert son cœur, ce grand serviteur de Dieu, qui était un esprit des plus éclairés de ce siècle, reconnut incontinent que Dieu l'appelait à de grandes choses ; et l'on dit même qu'il prévit dès lors et qu'il lui déclara que DiEU voulait se servir de lui pour rendre un signalé service à son Église, et pour assembler à

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cet effet une nouvelle communauté de bons prêtres qui y travailleraient avec fruit et bénédiction.

Il demeura environ deux ans en cette retraite, et pendant ce temps-là le Père Bourgoing, qui était pour lors curé de Clichy, ayant eu dessein de quitter cette cure pour entrer en la congrégation de l'Oratoire, dont il a été depuis supérieur général, le P. de Bérulle porta M. Vincent à accepter la résignation qui lui fut faite de cette cure, pour commencer par ce lieu-là à travailler en la vigne du Seigneur. A quoi M. Vincent acquiesça par esprit d'obéissance ; il était bien aise, en rendant ce service à DiEU, d'avoir quelque occasion de s'humilier, et de préférer la condition d'un simple curé de village aux autres, plus avantageuses et plus honorables, dont il pouvait se prévaloir, ayant été deux ou trois ans auparavant nommé par le roi, sur la recommandation du cardinal d'Ossat, à l'abbaye de Saint-Léonard de Chaume, au diocèse de la Rochelle ; et la reine Marguerite, sur le récit qu'on lui avait fait de ses vertus, l'ayant pris vers ce temps-là pour son aumônier ordinaire, et fait mettre en cette qualité sur l'état de sa maison. Mais cet humble serviteur de DiEU renonça de bon cœur à tous ces avantages.

Ayant donc pris possession de la cure de Clichy, et se voyant pasteur de ce troupeau que la Providence de DiEU lui avait confié, il s'étudia premièrement à bien connaître ses ouailles, puis à leur donner une salutaire pâture pour leurs âmes, demandant à DiEU les grâces nécessaires, leur distribuant le pain de la parole divine dans ses prônes et dans ses catéchismes, leur ouvrant la fontaine des grâces dans l'administration des sacrements, et enfin se donnant lui-même en toutes les manières qu'il pouvait, pour leur procurer toutes sortes d'assistances et de consolations. On voyait ce charitable pasteur, incessamment occupé au service de son troupeau, visiter les malades, consoler les affligés, soulager les pauvres, apaiser les inimitiés, maintenir la paix et la concorde dans les familles, reprendre ceux qui manquaient à leur devoir, encourager les bons, et se faire tout à tous pour les gagner tous à Jésus-Christ; mais surtout, l'exemple de sa vie et de ses vertus était une prédication continuelle qui avait un tel effet, que non seulement les habitants de Clichy le respectaient et le regardaient dès lors comme un saint homme, mais même les curés du voisinage conçurent pour lui beaucoup d'estime et de confiance : de sorte qu'ils recherchaient sa conversation, pour apprendre de lui à bien faire leurs

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