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CHAPITRE HUITIEME

un blasphémateur et un persécuteur de l'Église, afin de manifester d'autant plus les miséricordes de Dieu envers lui. Voilà j l'effet de la grâce qui remplit un cœur: elle jette dehors tout ce qui lui est contraire.

«C'était au mois de janvier i6i 7 que ceci arriva;et le jour de la Conversion de saint Paul, qui est le 25, cette dame me pria, dit encore M. Vincent, de faire une prédication en l'église de FoUeville, pour exhorter les habitants à la confession générale : ce que je fis. Je leur en représentai l'importance et l'utilité, et puis je leur enseignai la manière de la bien faire : et Dieu eut tant d'égard à la confiance et à la foi de cette dame (car le grand nombre et l'énormité de mes péchés eût empêché le fruit de cette action), qu'il donna la bénédiction à mon discours ; et toutes ces bonnes gens furent si touchés de Dieu qu'ils venaient tous pour faire leur confession générale. Je continuai de les instruire et de les disposer aux sacrements, et commençai de les entendre ; mais la presse fut si grande que, ne pouvant plus y suffire avec un autre prêtre qui m'aidait. Madame envoya prier les Révérends Pères Jésuites d'Amiens de venir au secours; on écrivit au Rév.PèreRecteur,quiy vint lui-même, et, n'ayant eu le loisir d'y arrêter que fort peu de temps, il envoya pour y travailler à sa place le Rév. Père Fourché,de sa même Compagnie, lequel nous aida à confesser, prêcher et catéchiser, et trouva par la miséricorde de Dieu de quoi s'occuper. Nous fûmes ensuite aux autres villages, qui appartenaient à Madame en ces quartiers-là, et nous fîmes comme au premier : il y eut grand concours, et Dieu donna partout la bénédiction. Et voilà le premier sermon de la Mission, et le succès que Dieu lui donna le jour de la Conversion de saint Paul : ce que Dieu ne fit pas sans dessein en un tel jour. »

Cette mission de FoUeville ayant été la première que fit M. Vincent, il l'a toujours considérée comme la semence des autres qu'il a faites jusqu'à sa mort ; et tous les ans en ce même jour, 25 janvier, il rendait grâces à Dieu et recommandait aux siens de faire de même, en reconnaissance des suites remplies de bénédictions qu'il avait plu à son infinie bonté de donner à cette première prédication: c'est la raison pour laquelle les Missionnaires de sa congrégation célèbrent avec une dévotion particulière, le jour de la Conversion de ce saint Apôtre, en mémoire de ce que ce nouveau Paul, leur père et instituteur, commença heureusement en ce jour-là sa première mission.

Madame la générale ayant reconnu, par ce premier essa», la nécessité des confessions générales, particulièrement parmi le peuple de la campagne, et l'utilité des missions pour les y disposer, conçut dès lors le dessein de donner un fonds de seize mille livres à quelque communauté qui se voudrait charger de faire des missions de cinq en cinq ans par toutes ses terres. M. Vincent en fit la proposition de sa part, au Père Charlet, provincial des Jésuites, lequel en écrivit à Rome, d'où on lui manda qu'il ne la devait point accepter. Elle fit offrir la même fondation aux Pères de l'Oratoire, qui ne s'en voulurent pas non plus charger ; enfin, ne sachant à qui s'adresser, elle fit son testament par lequel elle donnait seize mille livres pour fonder cette mission au lieu et en la manière que M. Vincent jugerait à propos; et, pour user des termes qu'il employait ordinairement, à la disposition de ce misérable.

CbapittC nCUtilCmC. — m. Vincent se retire secrètement de la maison de Gondy, et y retourne quelque temps après.

s bénédictions que Dieu donnait à ces emplois J^ charitables de M. Vincent augmentaient déplus en plus l'opinion qu'on avait de sa vertu; il était regardé de M. le général des galères et de Madame comme un homme rempli de l'esprit de DiEU: ce qui était un supplice à son humilité ; de sorte que, ne voyant point d'autre remède, il résolut, à l'exemple de plusieurs grands saints, de s'enfuir pour éviter ce dangereux écueil de la vaine gloire, qui a souvent causé un triste naufrage aux âmes les plus vertueuses, lorsqu'elles avaient le vent en poupe et qu'elles se promettaient de faire une plus heureuse navigation.

« Moïse, comme remarque saint Ambroise, s'enfuit de la cour du roi Pharaon, de peur que le bon traitement qu'il y recevait ne souillât son âme, et que la puissance et l'autorité qui lui avait été donnée ne fût un lien qui le retînt attaché : il s'enfuit, non par défaut de résolution ou de courage, mais pour trouver le sentier assuré de l'innocence, pour se mettre dans le chemin de la vertu et s'affermir dans la piété ('). »

I. Fugit Moïses a facie régis Pharaonis, ne eum aula regia inquinaret, ne irretiret potentia ; fuga illa erat trames innocentii£, virtutis via, pietatis assumptio. {Affiâ. libé de fu^a sœculi, cap. 4.)

Il y avait encore une autre raison qui le portait à cette retraite ; c'est que Madame la générale, ayant reçu de grandes et notables assistances de lui pour le soulagement de son esprit, qui était fort travaillé de peines intérieures, dans lesquelles DiEU l'exerçait pour joindre la couronne de la patience à celle de la charité, avait conçu un tel surcroît d'estime et de confiance envers M. Vincent, que cela fit naître en elle la crainte de le perdre, et de n'en trouver jamais un semblable qui eût lumière et grâce, comme lui, pour tenir en paix sa conscience, adoucir les peines de son esprit, et la conduire dans les voies de la vraie et solide vertu. Cela était à la vérité une imperfection en cette dame, quoique d'ailleurs fort vertueuse. Dès que M. Vincent s'en aperçut, il tâcha d'y remédier ; et pour cet effet il l'obligea même de se confesser quelquefois à un Père Récollet, qui était très expert en la conduite des âmes ; et, lui ayant fait avouer qu'en effet il l'avait fort consolée, il se servit de cette expérience pour la convaincre que Dieu la conduirait heureusement aussi bien par un autre que par lui, si elle mettait son unique confiance en son infinie

bonté.

Mais cela n'eut pas assez de force pour lui ôter l'impression de la nécessité qu'elle croyait avoir, qu'un homme comme lui, véritablement charitable et prudent, demeurât auprès d'elle pour y avoir recours dans ses besoins, particulièrement lorsqu'elle se trouvait aux champs; où, ayant plusieurs terres, elle était obligée d'aller souvent, et elle^ ne pouvait se résoudre de découvrir ses difficultés à un prêtre

de village.

M.Vincent donc,ne pouvant souffrir qu'aucune personne eût la moindre attache à sa conduite particulière, ayant d'ailleurs une grande peine de voir l'estime qu'on faisait d'un misérable tel qu'il se croyait et disait, et craignant que cet excès de confiance ne fût un empêchement au vrai bien de cette âme qui cependant cherchait purement DiEU, et qu'au lieu de lui aider, il ne servît d'obstacle à son avancement dans le chemin de la perfection, prit résolution de se retirer; et comme il n'était entré en cette maison que par la persuasion du Père de Bérulle, il le fut trouver et le pria d'agréer qu'il en sortît, sans lui en dire aucune autre raison, sinon qu'il se sentait intérieurement pressé de DiEU d'aller en quelque province éloignée s'employer à l'instruction et au service des pauvres gens de la. campagne: ce que le Père de Bérulle n'improuva pas, reconnaissant en M. Vincent un esprit qui

allait si droitement à DiECJ, et qui était si fortement éclairé de sa grâce, qu'il ne jugeait pas lui pouvoir conseiller rien de meilleur que ce que lui-même proposait.

Il sortit donc de la maison de Gondy au mois de juillet de l'année 1617, prenant pour prétexte un petit voyage qu'il avait à faire, quoiqu'il vît bien qu'on ferait divers jugements à son désavantage, et même qu'on le taxerait d'ingratitude.

Le Père de Bérulle, voyant M. Vincent résolu à cette sortie, sans aucune vue particulière du lieu où il se devait retirer, lui proposa d'aller travailler en quelque lieu de la Bresse, où il y avait une grande disette d'ouvriers évangéliques, et lui désigna particulièrement la paroisse de Châtillon-lès-Dombes, où son zèle pourrait faire une abondante moisson. M. Vincent, suivant cet avis, s'en alla en ce lieu de Châtillon. Une des premières choses qu'il y fit, ce fut de porter cinq ou six ecclésiastiques qu'il y trouva à se mettre ensemble en quelque sorte de communauté, pour se donner par ce moyen plus parfaitement au service de DiEU et de son Église : ce qu'ils firent, et ont continué de faire longtemps après, avec une très grande édification de toute la paroisse ; il s'appliqua ensuite à travailler avec son zèle ordinaire à l'instruction du peuple et à la conversion des pécheurs, par des catéchismes et des exhortations publiques et particulières qu'il fit avec un très grand fruit ; il n'oublia pas les malades et les pauvres, les visitant et leur procurant toutes sortes de consolations et d'assistances, et il s'employa avec grande bénédiction à la réduction de quelques hérétiques.

On ne savait encore rien de tout ceci en la maison de M, le général des galères ; car M. Vincent n'avait communiqué son dessein, à Paris, qu'à une ou deux personnes de confiance: de sorte que, quelque temps après qu'il fut arrivé à Châtillon, il crut être obligé d'en donner avis à M. le général, qui était pour lors en Provence; et pour cet effet, il lui écrivit une lettre, par laquelle il le suppliait d'agréer sa retraite, puisqu'il n'avait pas, disait-il, assez de grâce et de capacité pour l'instruction de messieurs ses enfants. Cette nouvelle si imprévue affligea grandement ce bon seigneur, qui en fit aussitôt part à madame sa femme, par une lettre dont voici les propres termes :

« Te suis au désespoir d'une lettre que m'a écrite M. Vincent, et que je vous envoie pour voir s'il n'y aurait point encore quelque remède au malheur que ce nous serait de le perdre; je suis extrê-

mement étonné de ce qu'il ne vous ait rien dit de sa résolution, et que vous n'en ayez point eu d'avis; je vous ^)rie de faire en sorte par tous les moyens que nous ne le perdions point; car, quand le sujet qu'il prend serait véritable, il ne me serait de nulle considération, n'en ayant point de plus forte que celle de mon salut et de mes enfants, à quoi je sais qu'il pourra un jour beaucoup aider, ainsi qu'aux résolutions que je souhaite plus que jamais pouvoir prendre, et dont je vous ai bien souvent parlé; je ne lui ai point encore fait de réponse, et j'attendrai de vos nouvelles auparavant. Jugez si l'entremise de ma sœur de Ragny, qui n'est pas loin de lui, sera à propos; mais je crois qu'il n'y aura rien de plus puissant que M. de Bérulle. Dites-lui que, quand bien même M. Vincent n'aurait pas la méthode d'enseigner la jeunesse, il peut avoir un homme sous lui ; mais qu'en toutes façons je désire passionnément qu'il revienne en ma maison, où il vivra comme il voudra, et moi un jour en homme de bien, si cet homme-là est avec moi. »

Cette lettre est du mois de septembre 1617, et ce fut le jour de l'Exaltation de la sainte Croix que Madame apprit la résolution où était M.Vincent: ce qui lui fut vraiment une croix bien affligeante. Voici ce qu'elle fit connaître de ses sentiments à une personne de confiance.

« Je ne l'aurais jamais pensé, dit-elle; M. Vincent s'était montré trop charitable envers mon âme pour m'abandonner de la sorte ; mais Dieu soit loué, je ne l'accuse de rien, tant s'en faut; je crois qu'il n'a rien fait que par une spéciale providence de Dieu, et touché de son saint amour : mais, de vérité, son éloignement est bien étrange ; je confesse de n'y voir goutte: il sait le besoin que j'ai de sa conduite, et les affaires que j'ai à lui communiquer, les peines d'esprit que j'ai souffertes manque d'assistance, le bien que je désire faire en mes villages, qu'il m'est impossible d'entreprendre sans son conseil. Bref, je vois mon âme en un très pitoyable état. Vous voyez avec quel ressentiment M. le général m'a écrit : que mes enfants perdent tous les jours ; que le bien qu'il faisait en ma maison et à sept ou huit mille âmes qui sont en mes terres, ne se fera plus. Quoi ! ces âmes ne sont-elles pas aussi bien rachetées du sang précieux de Notre-Seigneur que celles de Bresse ? Ne lui sontelles pas aussi chères ? De vrai, je ne sais comme M. Vincent l'entend ; mais cela me semble assez considérable, pour faire mon possible de le ravoir: il ne cherche que la plus grande gloire de Dieu, et je ne le désire pas contre sa sainte volonté ; mais je le supplie de tout mon cœur de me le redonner ; j'en prie la sainte Mère, et je les en prierais encore plus fortement, si mon intérêt particulier n'était pas mêlé avec celui de M. le général, de mes enfants, de ma famille et de mes sujets. ^

Voilà quels étaient les sentiments de cette vertueuse dame, laquelle, voulant employer les moyens les plus efficaces pour parvenir à ce qu'elle prétendait, pria beaucoup DiEU, et le fit prier à cette même fin par toutes les bonnes âmes qu'elle connaissait.

Elle ne pouvait pourtant ôter de son esprit la crainte de n*y pas réussir : «car, disait-elle, il n'est pas homme à avoir fait le coup à demi ; il a prévu tout ce que je pourrais dire ou faire, avant de partir. » Cela néanmoins n'empêcha pas qu'elle n'employât tous les moyens dont elle put s'aviser pour convier et obliger M. Vincent à revenir : elle lui écrivit sur ce sujet plusieurs lettres qu'elle faisait voir au Père de Bérulle ; elle lui envoya celle de M. le général, et le pria de bien peser le grand désir qu'il témoignait avoir de son retour, en telle condition qu'il lui plairait.

Avant que passer outre en ce récit, il faut faire un peu de réflexion sur la conduite admirable de Dieu envers les âmes qu'il veut élever à quelque excellent degré de vertu ; il dispose tellement les divers accidents de leur vie que tout contribue à leur avancement dans le chemin de la perfection, et que souvent il se sert de moyens qui semblent entièrement opposés à l'effet qu'il en veut tirer. C'était Dieu, sans doute, qui avait donné M. Vincent à Madame la générale, pour lui servir de guide dans le pèlerinage de cette vie ; le grand progrès qu'elle faisait dans la vertu, et cette ardente charité qui allait tous les jours s'allumant de plus en plus dans son cœur et produisant au dehors de si merveilleux effets, étaient une marque bien certaine de la bénédiction que DiEU donnait à la conduite de son sage directeur, lequel, de son côté, trouvait tous les jours de nouvelles occasions de signaler son zèle et d'accroître le royaume de Jésus-Christ. Cependant, Dieu, qui avait associé ces deux grandes âmes pour lui rendre de si grands services et se sanctifier de plus en plus dans leurs exercices de piété et de charité, est celui-là même qui les éloigne l'une de l'autre, et qui se sert néanmoins de cette séparation, si contraire à la continuation de tous les biens qu'ils avaient commencés, pour les disposer à recevoir de plus grandes grâces, afin de coopérer d'une manière plus fructueuse au salut d'un très grand nombre d'âmes, comme il se verra en la suite de ce livre.

Vincent de Paul, qui ne voulait agir que dans une totale dépendance de la volonté divine, ayant lu ces lettres, éleva son cœur vers Dieu afin de demander sa lumière et sa grâce

pour connaître et pour suivre ce qui lui était le plus agréable; et, après avoir tout considéré en sa présence, ne reconnaissant pas que DiEU demandât de lui qu'il changeât de résolution ni qu'il retournât au lieu d'où il était sorti, il écrivit une réponse à Madame la générale, dans laquelle il lui représenta tout ce qu'il jugea de plus propre pour la porter à se conformer aux ordres de la divine volonté.

Mais comme on avait assuré cette vertueuse dame qu'elle pouvait, en bonne conscience, employer tous les moyens qui lui seraient possibles pour le retour de M. Vincent, cette lettre n'empêcha pas qu'elle ne fit jouer tous les ressorts pour fléchir son esprit: elle obtint que plusieurs personnes de toutes sortes de conditions lui écrivissent, pour l'obliger de revenir : il se trouve des lettres de messieurs ses enfants, de M. le cardinal de Retz, son beau-frère, pour lors évêque de Paris, et d'autres de ses plus proches parents, des principaux officiers de sa maison, de plusieurs docteurs et religieux, qui priaient et pressaient M. Vincent de retourner. Le Père de Bérulle lui en écrivit aussi, mais ce fut d'un style digne de sa grande prudence et de son éminente piété : car il se contenta de lui exposer la peine où se trouvait cette vertueuse dame, et le grand désir que M. le général avait de son retour, sans rien lui dire de ce qu'il avait à faire sur ce sujet, laissant à sa discrétion et à sa charité de considérer si la volonté de DiEU lui était suffisamment manifestée, et de prendre la résolution qu'il jugerait lui être la plus conforme, tant il l'estimait capable de discerner lui-même les desseins de Dieu sur sa propre personne.

Enfin, comme toutes ces instances n'ébranlaient point encore l'esprit de M. Vincent, au mois d'octobre de la même année 1617, l'un de ses plus intimes amis, M. Dufresne, secrétaire de M. le général, le vint trouver à Châtillon, et employa de si fortes raisons, qu'enfin il le mit en doute si DiEU se voulait servir plus longtemps de lui en ce pays-là. De plus il lui représenta qu'il ne devait pas de lui-même se déterminer en une affaire de cette importance, mais que, pour mieux connaître ce que DiEU voulait qu'il fît, il fallait qu'il prît conseil de quelque personne sage ; et il lui persuada de venir avec lui jusqu'à Lyon, où il s'adressa au Père Bence, supérieur de l'Oratoire, lequel, tout bien considéré, lui conseilla de retourner à Paris, et lui dit qu'en ce lieu-là il pourrait, avec les bons avis de ceux qui le connaissaient depuis longtemps, discerner avec plus de lumière et d'assurance quelle était la volonté de DiEU.

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Ayant donc reçu ce conseil, il en écrivit à M. le général, qui était à Marseille, et lui manda qu'il espérait dans deux mois faire un voyage à Paris, où l'on verrait ce que DiEU ordonnerait de lui ; il écrivit aussi la même chose à Paris par la voie de M. Dufresne, sans s'engager à rien ; et quelque temps après, étant à Châtillon, il reçut de M. le général la réponse suivante, du 15 octobre de la même année :

« J'ai reçu depuis deux jours la lettre que vous m'avez écrite de Lyon, où je vois la résolution que vous avez prise de faire un petit voyage à Paris sur la fin de novembre, dont je me réjouis extrêmement, espérant de vous y voir en ce temps-là, et que vous accorderez à mes prières, et aux conseils de tous vos bons amis, le bien que je désire de vous ; je ne vous en dirai pas davantage, puisque vous avez vu la lettre que j'ai écrite à ma femme ; je vous prie seulement de considérer qu'il semble que Dieu veut que par votre moyen le père et les enfants soient gens de bien, etc. »

M. Vincent partit de Châtillon, laissant à ceux qu'il quittait un très grand regret de se voir privés de toutes les assistances qu'ils recevaient de sa charité, et arriva à Paris le 23 décembre. Après avoir conféré avec le R. Père de Bérulle et quelques autres personnes fort éclairées, il rentra par leur avis chez M. le général des galères la veille de Noël, au grand contentement de toute la famille, et particulièrement de Madame, qui le reçut comme un ange du Ciel, que DiEU lui renvoyait pour la conduire dans les voies du salut. Et afin qu'elle ne fût plus inquiétée par la crainte qu'il ne la quittât une seconde fois, elle lui fit promettre qu'il l'assisterait jusqu'à la mort, comme il l'a fait, DiEU l'ayant ainsi voulu pour donner commencement à la Congrégation de la Mission, par le moyen de cette pieuse dame.

Cb^pittC DfnèltîC. — Preiniers commencements de la Confrérie de la Charité pour les pauvres malades.

NDANT le séjour que M. Vincent fit à Châtillon, )h il arriva qu'un jour de fête, comme il montait en

• y^ chaire pour faire une exhortation au peuple, une dame noble l'arrêta pour le prier de recommander aux charités de la paroisse une famille dont la plupart des enfants et serviteurs étaient tombés malades dans une ferme à une demi-lieue de Châtillon, oîi ils avaient grand

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