CHAPITRE DIXIEME
besoin d'assistance. Il parla donc en son sermon du secours qu'on devait donner aux pauvres, et particulièrement aux malades, comme étaient ceux qu'il leur recommandait.
Il plut à Dieu de donner une telle efficace à ses paroles, qu'après la prédication un grand nombre de personnes allèrent visiter ces pauvres malades, leur portant du pain, du vin, de U viande et plusieurs autres commodités. Lui-même, après l'office de vêpres, s'y étant acheminé avec quelques habitants du lieu, et ne sachant pas que tant d'autres y fussent déjà .illés, il fut fort étonné de les rencontrer dans le chemin qui en revenaient par troupes, et d'en voir même plusieurs qui se reposaient sous des arbres, à cause de la grande chaleur. <î Voilà, dit-il, une grande charité qu'ils exercent, mais elle n'est pas bien réglée ; ces pauvres malades auront trop de provisions tout à la fois, dont une partie sera gâtée et perdue, et puis après ils retomberont en leur première nécessité. »
Cela le porta à conférer les jours suivants avec quelques femmes des plus zélées et des plus à l'aise de la paroisse, sur les moyens de mettre quelque ordre dans l'assistance qu'on rendrait à ces pauvres malades, et aux autres qui à l'avenir se trouveraient dans une semblable nécessité, pour qu'ils pussent être secourus pendant tout le temps de leurs maladies. Les ayant donc disposées à cette charitable entreprise et étant convenu avec elles de la manière qu'il y faudrait agir, il dressa un projet de quelques règlements qu'elles essaieraient d'observer, pour les faire ensuite établir par l'autorité des supérieurs, et convia ces vertueuses femmes à se donner à Dieu pour les mettre en pratique. Ainsi commença la confrérie de la Charité pour l'assistance spirituelle et corporelle des pauvres malades. Ayant fait choix entre elles de quel- (jues officières, elles s'assemblaient tous les mois devant lui, et lui rapportaient tout ce qui s'était, passé.
C'est ce que lui-même a dit en diverses rencontres,pour montrer par cet exemple qu'il n'y avait rien du sien dans l'institution des divers exercices de sa Congrégation, le tout s'étant fait sans aucun dessein de sa part, et sans la pensée que ces petits commencements imprévus dussent avoir les grandes suites et les succès avantageux qu'il a plu à DiEU de leur donner.
Cette confrérie de la Charité, à laquelle M. Vincent donna commencement à Châtillon, a été la première et comme la mère d'un très grand nombre d'autres, que lui et les siens ont depuis établies en France, en Italie, en Lorraine, en Savoie et ailleurs,
besoin d'assistance. Il parla donc en son sermon du secours qu'on devait donner aux pauvres, et particulièrement aux malades, comme étaient ceux qu'il leur recommandait.
Il plut à Dieu de donner une telle efficace à ses paroles, qu'après la prédication un grand nombre de personnes allèrent visiter ces pauvres malades, leur portant du pain, du vin, de U viande et plusieurs autres commodités. Lui-même, après l'office de vêpres, s'y étant acheminé avec quelques habitants (lu lieu, et ne sachant pas que tant d'autres y fussent déjà îillés, il fut fort étonné de les rencontrer dans le chemin qui en revenaient par troupes, et d'en voir même plusieurs qui se reposaient sous des arbres, à cause de la grande chaleur. i Voilà, dit-il, une grande charité qu'ils exercent, mais elle n'est pas bien réglée ; ces pauvres malades auront trop de provisions tout à la fois, dont une partie sera gâtée et perdue, et puis après ils retomberont en leur première nécessité. »
Cela le porta à conférer les jours suivants avec quelques femmes des plus zélées et des plus à l'aise de la paroisse, sur les moyens de mettre quelque ordre dans l'assistance qu'on rendrait à ces pauvres malades, et aux autres qui à l'avenir se trouveraient dans une semblable nécessité, pour qu'ils pussent être secourus pendant tout le temps de leurs maladies. Les ayant donc disposées à cette charitable entreprise et étant convenu avec elles de la manière qu'il y faudrait agir, il dressa un projet de quelques règlements qu'elles essaieraient d'observer, pour les faire ensuite établir par l'autorité des supérieurs, et convia ces vertueuses femmes à se donner à Dieu pour les mettre en pratique. Ainsi commença la confrérie de la Charité pour l'assistance spirituelle et corporelle des pauvres malades. Ayant fait choix entre elles de quel- (jues officières, elles s'assemblaient tous les mois devant lui, et lui rapportaient tout ce qui s'était passé.
C'est ce que lui-même a dit en diverses rencontres,pour montrer par cet exemple qu'il n'y avait rien du sien dans l'institution des divers exercices de sa Congrégation, le tout s'étant fait sans aucun dessein de sa part, et sans la pensée que ces petits commencements imprévus dussent avoir les grandes suites et les succès avantageux qu'il a plu à DiEU de leur donner.
Cette confrérie de la Charité, à laquelle M. Vincent donna commencement à Châtillon, a été la première et comme la mère d'un très grand nombre d'autres, que lui et les siens ont depuis établies en France, en Italie, en Lorraine, en Savoie et ailleurs.
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M. Vincent étant de retour en la maison de M. le général des galères, son zèle le porta à entreprendre diverses missions pour instruire les pauvres de la campagne. Comme il avait par le passé travaillé dans toutes les terres de Madame la générale, il fui convié de faire la même charité à toutes celles qui appartenaient à la maison de Gondy. Selon ce dessein, il alla faire la mission à Villepreux et aux villages qui en dépendaient. MM. Berger et Gontière, conseillers clercs au parlement de Paris, M. Cocqueret, docteur en théologie de la maison de Navarre, et plusieurs autres vertueux ecclésiastiques, se joignirent à lui. Il établit là, le 23 février 161 8, la confrérie de la Charité des pauvres malades, par l'autorité de M. le Cardinal de Retz, alors évêque de Paris, lequel en approuva les règlements; et cette confrérie est la seconde que M. Vincent a établie. La troisième fut par lui établie en la ville de Joigny, et la quatrième en celle de Montmirail ; en suite de quoi, DiEU donna une telle bénédiction à ces commencements, que la même confrérie fut établie quelque temps après en plus de trente paroisses dépendantes tant de M. le général des galères que de Madame sa femme.
Chapitre On^lèinC» — ce qui se passa en la conversion de quelques hérétiques, que M. Vincent ramena heureusement à PÉglise catholique.
NDANT le temps qu'il travaillait à Châtillon, ^ Dieu se servit de son zèle et de sa prudence pour
-^ désabuser quelques esprits engagés dans l'hérésie, ^ et les remettre dans le chemin de la vérité.
Nous rapporterons seulement ici ce qui se passa en la conversion de deux de ces hérétiques entre plusieurs autres qui doivent, après DiEU, au zèle de M. Vincent d'avoir recouvré le don de la foi, que l'hérésie leur avait fait perdre.
Le premier fut un jeune homme de Châtillon, nommé M. Bénier, né de parents hérétiques qui l'avaient soigneusement instruit dans leurs erreurs. Il était fils unique et avait hérité de ses parents de grands biens, dont il usait assez mal ; et la mauvaise liberté que lui donnait sa fausse religion, le portait à une vie fort dissolue. M. Vincent, désirant retirer cette proie des mains des démons et la remettre à Jésijs-Christ,
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s*insinua petit à petit dans Tamitié de ce jeune homme ; et, quoiqu'il passât dans l'esprit de tous ceux qui le connaissaient pour un débauché, il ne laissait pas de l'aller souvent visiter, et de s'entretenir avec lui : ce qui donnait beaucoup d'étonnement à un chacun, non sans quelque jalousie des ministres de Châtillon, qui ne se mettaient pas en peine que M. Bénier continuât ses débauches, pourvu qu'il ne quittât point leur parti. Ils commencèrent d'en prendre quelque ombrage lorsqu'ils le virent plus modéré qu'auparavant : car ce fut la première chose que M. Vincent lui fit faire pour le mieux disposer à reconnaître et embrasser la vérité ; enfin, son heure étant venue, et Dieu lui ayant ouvert les yeux et touché le cœur, il quitta en même temps et ses débauches et l'hérésie, et se porta tout d'un coup si avant dans la pratique des vertus chrétiennes, qu'il fit résolution de garder le célibat toute sa vie. En une semaine il remit deux ou trois métairies à des personnes auxquelles il craignait que son père n'eût pas donné une entière satisfaction, bien qu'aucune ne s'en plaignît; et pour le surplus de son bien, il s'en servit pour faire des aumônes et autres œuvres de piété; enfin, par son testament, il employa le reste en plusieurs legs pieux, et particulièrement en une fondation pour établir les Pères Capucins à Châtillon. Le second hérétique que M. Vincent ramena à l'Eglise, fut M. Garron, qui se retira depuis à Bourg, ville capitale de Bresse ; c'est par lui-même que l'on a appris sa conversion de l'hérésie, dans une lettre de reconnaissance qu'il écrivit à M. Vincent, en date du 27 août 1656, c'est-à-dire quarante ans environ après cette conversion.
« Voici, lui dit-il, l'un de vos enfants en Jésus-Christ, qui a recours à votre bonté paternelle, dont il a ressenti autrefois les effets, lorsque, l'enfantant à l'Église par l'absolution de l'hérésie, que votre charité lui donna publiquement en l'église de Châtillon-lès-Dombes, l'année 161 7, vous lui enseignâtes les principes et les plus belles maximes de la religion catholique, apostolique et romaine, en laquelle, par la miséricorde de Difu, j'ai persévéré, et espère de continuer le reste de ma vie. Je suis ce petit Jean Garron, neveu du sieur Beynier de Châtillon, en la maison duquel vous logiez pendant que vous fîtes séjour au dit Châtillon. Je vous supplie de me donner le secours qui m'est nécessaire pour m'empêcher de rien faire contre les desseins de Dieu ; j'ai un fils unique qui, après avoir achevé ses classes, a formé le dessein de se faire jésuite ; c'est le .fils le plus avantagé des biens de la fortune qui soit en toute cette province : que dois-je faire? mon doute procède de deux choses... >
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Il déduit ensuite les raisons pour et contre ce dessein, et conclut ainsi :
« Je crains de faillir, et j'ai cru que vous me feriez la grâce de donner vos avis là-dessus à l'un de vos enfants, qui vous en supplie très humblement Vous agréerez que je vous dise que, dans Châtillon, l'association de la Charité des servantes des pauvres est toujours en vigueur. »
On ne sait pas «quelle réponse M. Vincent fit à cette lettre ; mais ce qu'elle contient fait assez voir la grâce que DiEU lui avait donnée de connaître parfaitement les cœurs, et, en enseignant la vérité, d'inspirer aussi l'amour de la vraie vertu et de la solide piété. Voilà un père de famille des plus riches de sa province ; il n'a qu'un fils unique qu'il chérit tendrement et qui le veut quitter ; cependant il ne consulte point la chair ni le sang, mais s'adresse à celui de qui, après DiEU, il tenait la vie de son âme, et lui demande ses avis pour connaître ce que DiEU désire de lui en une telle rencontre, étant tout prêt de sacrifier cet Isaac, si telle est la divine volonté, tant la piété et l'amour de DiEU que M. Vincent avait fait éclore dans son âme, avaient jeté de profondes racines.
Cette même lettre fut aussi sans doute un grand sujet de consolation à M. Vincent en son extrême vieillesse, en lui faisant connaître que DiEU, par une spéciale protection de sa grâce, conservait encore cette première association de la Charité, qu'il avait commencée il y avait quarante ans en la ville de Châtillon.
Cbapitte Douzième — changement merveilleux arrivé en la personne d'un grand seigneur qui se mit sous la direction de M. Vincent.
A réputation de M. Vincent, pendant qu'il était ^ en Bresse, se répandit en divers lieux. M. le p comte de Rougemont, qui demeurait en cette ^ province-là, en ouït parler, et vint plusieurs fois le voir à Châtillon pour l'entretenir des affaires de sa conscience. Il fut tellement satisfait de ses entretiens, qu'il prit résolution de se mettre entièrement sous sa conduite. C'était un seigneur de Savoie, qui s'était retiré en France lorsque le roi Henri le Grand unit la Bresse à son royaume ; mais au reste un homme qui, ayant été nourri à la