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cour, en avait retenu tous les sentiments et toutes les maximes ; et comme en ce temps-là, par un malheur déplorable, les duels étaient un des moyens les plus ordinaires parmi les gentilshommes pour signaler leur courage, celui-ci s'était mis en réputation par ce moyen, ayant été un des plus grands duellistes de son temps. Néanmoins, ô merveilleuse efficace de la grâce! DiEU s'étant servi de la parole de M. Vincent pour lui faire connaître le damnable état dans lequel il vivait, il en fut tellement touché, que non seulement il renonça pour jamais à cette furieuse pratique et à tous les autres dérèglements de sa vie, mais, outre cela, pour réparer le mal passé, il se mit dans les exercices les plus héroïques d'une vie parfaitement chrétienne.
Ayant vendu sa terre de Rougemont plus de trente mille écus, il employa une grande partie de cette somme en fondations de monastères, puis il distribua le reste aux pauvres ; et, après s'être appliqué à la méditation des mystères de la Passion de Jésus-Christ, sa piété l'ayant porté à savoir combien le Fils de DiEU avait reçu de coups en sa flagellation, il donna autant decus à la maison de l'Oratoire de Lyon. En peu de temps il fit un si grand progrès en la vertu sous la conduite de son sage directeur, qu'il en devint un parfait exemple. On le voyait tous les jours passer trois et quatre heures en méditation à genoux, sans s'appuyer et toujours tête nue. Le château de Chandes, où il faisait sa demeure, était comme un hospicecommun pour les religieux, et un hôpital où tous les pauvres, sains et malades, étaient assistés avec une incroyable charité, tant pour les besoins de leurs corps que pour ceux de leurs âmes, car il y entretenait des ecclésiastiques pour leur donner toutes sortes de consolations et d'assistances.
Il n'y avait aucun pauvre malade dans ses terres qu'il n'allât lui-même visiter et servir, ou qu'il ne fît visiter et servir par ses domestiques,lorsqu'il était obligé de s'absenter, ce qui était assez rare.
Le Père Desmoulins, de l'Oratoire, qui a rendu un fidèle témoignage de tout ceci, ajoute :
« Et je ne dis rien que je n'aie vu ; néanmoins ce bon seigneur était comme ennuyé de posséder ce bien, quoiqu'il ne semblât en être que le fermier, pour le faire valoir au profit des pauvres. Sur quoi il me dit un jour les larmes aux yeux : Ah ! mon Père ! que ne me laisse-t-on faire ? et pourquoi faut-il que je sois traité de seigneur, et que je possède tant de biens ? M. Vincent, qui le gouvernait pour lors, le tenait, disait-il, dans cette contrainte ; s'il me lâchait la main,
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je vous assure, mon Père, que devant qu'il fût un mois le comte de Rougemont ne posséderait pas un pouce de terre : il s'étonnait comment un chrétien pouvait rien garder en propre, voyant le Fils de Dieu si pauvre sur la terre. »
Voilà une leçon bien remarquable pour faire connaître aux grands du monde quel usage ils doivent faire de leurs richesses, et avec quel dégagement de cœur ils les doivent posséder, se souvenant de la parole du saint Apôtre, qui avertit ceux qui ont des biens tcmporQls d'en user comme s'z/s n'en usaient point, parce que la figure de ce monde passe. C'est aussi un sujet de consolation pour les pauvres,de voir leur condition tant aimée et recherchée par un si grand seigneur, pour se conformer plus parfaitement à JéSUS-Christ ; et enfin c'est un motif aux Missionnaires de remercier Dieu d'avoir communiqué des grâces si admirables à ce seigneur, par les prières et par la bonne conduite de leur sage instituteur. Une fois, les exhorlant au détachement des créatures, Vincent leur rapporta l'exemple du comte de Rougemont, sans leur dire qu'il y avait contribué par ses avis et par sa direction. Voici ses propres termes, qui se sont trouvés dans le recueil qui se fit alors de son discours :
« J'ai connu un gentilhomme de Bresse nommé M. de Rougemont, qui avait été un franc éclaircisseur* et un grand duelliste ; c'était un grand homme bien fait, qui s'était trouvé souvent à des rencontres, en étant prié par d'autres gentilshommes qui avaient des querelles, ou lui-même appelant en duel ceux qui n'allaient pas droit avec lui. Il me l'a dit, et il n'est pas croyable combien il a battu, blessé et tué de monde ; enfin Dieu le toucha si efficacement qu'il rentra en lui-même, et, reconnaissant l'état malheureux où il était, il résolut de changer de vie : et Dieu lui en fit la grâce. Depuis ce changement il fit en quelque temps de tels progrès,et alla si avant,qu'il demanda à M. l'archevêque de Lyon permission de garder le Saint- Sacrement en sa chapelle pour y honorer Notre-Seigneur, et mieux entretenir sa piété, qui était singulière et connue de tout le monde. Comme je l'allai voir un jour en sa maison, il me raconta les pratiques de sa dévotion, et entre les autres celle de son détachement des créatures : je suis assuré, me disait-il, que si je ne tiens à rien du monde, je me porterai tout à Dieu; et pour cela je regarde si l'amitié d'un tel seigneur, d'un tel parent, d'un tel voisin, m'arrête ; si c'est l'amour de moi-même qui m'empêche d'aller ; si ce sont mes biens ou la vanité qui m'attachent, mes passions ou mes aises qui me retardent ; et quand je m'aperçois que quelque chose me détourne de
I. Éclaircisseury bretteur toujours prêt à demander des explications et à provoquer en duel. (Note des éditeurs.)
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mon souverain bien, je prie, je coupe, je brise, je me fais quitte de ce lien : ce sont là mes exercices.
« Il me dit particulièrement ceci, dont je me suis souvent ressouvenu, qu'un jour, allant en voyage, et s'occupant de Dieu le long du chemin à son ordinaire, il s'examina si, depuis le temps qu'il avait renoncé à tout, il lui était resté ou survenu quelque attache : il parcourut les affaires, les alliances, la réputation, les grands et les menus amusements du cœur humain; il tourne, il retourne; enfin il jette les yeux sur son épée : « Pourquoi la portes-tu ? se dit-il à lui-même.Quoi ! quitter cette chère épée qui t'a servi en tant d'occasions, et qui après Dieu t'a tiré de mille et mille dangers ? Si on t'attaquait encore, tu serais perdu sans elle ; mais aussi il peut arriver quelque riotteS où tu n'auras pas la force, portant une épée, de ne t'en pas servir, et tu offenseras Dieu derechef. Que ferai-je donc? mon Dieu! que feraije ? Un tel instrument de ma honte et de mon péché est-il encore capable de me tenir au cœur? Je ne trouve que cette épée seule qui m'embarrasse. Oh ! que je ne serai plus si lâche que de la porter! » Et en ce moment, se trouvant vis-à-vis d'une grosse pierre, il descend de son cheval, prend cette épée et la rompt et met en pièces sur cette pierre, et puis remonte à cheval et s'en va. Il me dit que cet acte de détachement, brisant cette chaîne de fer qui le tenait captif, lui donna une liberté si grande, que bien que ce fût contre l'inclination de son cœur, qui aimait cette épée, jamais plus il n'avait eu d'affection à chose périssable, et qu'il ne tenait qu'à Dieu seul.
« On peut voir par là combien une victoire remportée de force sur soi-même peut faire faire en peu de temps de progrès à la sainteté. »
Cftapitte ttei^lCmC* — Diverses œuvres de piété auxquelles M, Vincent s'adonna depuis son retour en la maison de Gondy.
^^PRÈS la mission de Villepreux et des villages cîr- "■^ convoisins, M. Vincent, étant retourné à Mont- ^ mîrail, y recommença les exercices ordinaires de ^ sa charité, faisant des catéchismes aux pauvres et aux enfants, se rendant assidu aux confessions et à la visite des pauvres malades. Comme il avait dans une de ses exhortations parlé de la dévotion particulière que tous les chrétiens devaient avoir envers la très sainte Mère de Dieu, il commença de faire chanter un salut en son honneur par les enfants les jours de samedi, laquelle dévotion s'est
I. Riotte, vient du mot qui signifiait querelle. (Note des éditeurs.)
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toujours continuée. Les plus anciens de ce lieu qui ont survécu à M. Vincent, ont rendu ce témoignage après sa mort, que depuis ce temps-là ils l'ont toujours considéré comme un saint.
C'était en l'année 1620 qu'il travaillait de la sorte à Montmirail. Madame la générale, ayant appris qu'il y avait trois hérétiques en ces quartiers-là, pria M. Vincent d'entreprendre leur conversion ; pour cet effet, elle les fit venir au château. M. Vincent employait ordinairement deux heures entières à les instruire et à résoudre leurs difficultés : ce qu'ayant fait pendant une semaine, il y en eut deux à qui Dieu ouvrit les yeux de l'âme et toucha le cœur; mais le troisième, qui faisait un peu le suffisant et se mêlait de dogmatiser, ne menait pas pourtant une très bonne vie, el, quoique convaincu, n'était pas pourtant persuadé : il cherchait des subterfuges et revenait toujours avec de nouveaux doutes ; une fois entre les autres (comme M.Vincent l'a rapporté en quelques assemblées pour l'édification de ceux qui étaient présents), étant presque disposé à faire l'abjuration de ses erreurs, il lui fit l'objection suivante :
« Monsieur, vous m'avez dit que l'Église de Rome est conduite du Saint-Esprit, mais c'est ce que je ne puis croire, parce que, d'un côté, l'on voit les catholiques de la campagne abandonnés sans être instruits de leurs devoirs, sans que la plupart sachent seulement ce que c'est que la religion chrétienne ; et, d'un autre, l'on voit les villes pleines de prêtres et de moines. Peut-être que dans Paris il s'en trouve dix mille, qui laissent cependant ces pauvres gens des champs dans cette ignorance épouvantable par laquelle ils se perdent. Et vous voudriez me persuader que cela soit conduit du Saint-Esprit ? Je ne le croirai jarnais! »
M. Vincent fut fort touché de cette objection faite par un hérétique, et en reçut en son esprit une nouvelle impression du grand besoin spirituel des peuples de la campagne, et de l'obligation de les assister, qu'il ne connaissait déjà que trop par sa propre expérience ; néanmoins, sans témoigner son sentiment, il répartit à cet homme : « qu'il était mal informé de ce dont il parlait ; qu'il y avait en beaucoup de paroisses de bons curés et de bons vicaires ; qu'entre les ecclésiastiques et les religieux qui abondent dans les villes, il y en avait plusieurs qui allaient catéchiser et prêcher à la campagne ; que d'autres étaient appliqués à prier Dieu et à chanter ses louanges de jour et de nuit; que d'autres servaient utilement
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le public par les livres qu'ils composent, parla doctrine qu'ils enseignent et par les sacrements qu'ils administrent ; et que, s'il y en avait quelques-uns d'inutiles et qui ne s'acquittassent pas comme ils devaient de leurs obligations, c'étaient des particuliers, sujets à faillir, et non pas l'Eglise. Que lorsqu'on dit que l'Eglise est conduite du Saint-Esprit, cela s'entend en général, lorsqu'elle est assemblée dans les conciles ; et encore en particulier, quand les fidèles suivent les lumières de la foi et les règles de la justice chrétienne ; mais quant à ceux qui s'en éloignent, ils résistent au Saint-Esprit ; et bien qu'ils soient membres de l'Église, ils sont néanmoins de ceux qui vivent selon la chair (comme parle saint Paul), et qui mourront. » Quoique cette réponse fût plus que suffisante pour satisfaire cet hérétique, il s'obstina dans son erreur, tant il s'était mis fortement en l'esprit, que l'ignorance des peuples et le peu de zèle des prêtres étaient un argument infaillible que l'Eglise romaine n'était point conduite du Saint-Esprit. Toutefois, nonobstant cette obstination, l'année suivante, lorsque M. Vincent revint à Montmirail en la compagnie de M. Feron, depuis docteur de Sorbonne et archidiacre de Chartres, de M. Duchesne, docteur de la même faculté et archidiacre de Beauvais, et de quelques prêtres et religieux ses amis, pour travailler avec eux aux exercices de la mission, cet hérétique, auquel on ne pensait plus, eut la curiosité de voir les divers exercices qui s'y pratiquaient. Il assista aux prédications et aux catéchismes; il vit le soin qu'on prenait d'instruire ceux qui étaient dans l'ignorance des vérités nécessaires à leur salut, la charité avec laquelle on s'accommodait à la faiblesse et lenteur d'esprit des plus grossiers et stupides, pour leur faire bien entendre ce qu'ils devaient croire et faire, et les effets merveilleux que cela opérait dans le cœur des plus grands pécheurs pour les porter à se convertir et à faire pénitence; toutes ces choses firent une si forte impression sur son esprit, qu'il vint trouver M. Vincent, et lui dit : « C'est maintenant que je vois que le Saint-Esprit conduit l'Eglise romaine, puisqu'on y prend soin de l'instruction et du salut des pauvres villageois: je suis prêt d'y entrer, quand il vous plaira de m'y recevoir. » Sur quoi M. Vincent, lui ayant demandé s'il ne lui restait plus aucune difficulté: « Non, lui répondit-il, je crois tout ce que vous m'avez dit, et suis disposé à renoncer publiquement à toutes mes erreurs. » M. Vincent lui ayant encore fait quelques interrogations plus particulières sur les vérités catholiques, pour voir s'il s'en ressouvenait bien, et
ayant été satisfait de ses réponses, il lui dit de se trouver le dimanche suivant en l'église du village de Marchais, près de Montmirail, où se faisait alors la mission, pour y faire son abjuration et y recevoir J'absolution de son hérésie : à quoi il ne manqua pas. M. Vincent, à la fin de la prédication qu'il y fit le matin, appela cet homme par son nom, et lui ayant demandé devant toute l'assistance s'il persévérait dans la volonté d'abjurer son hérésie et d'entrer dans le bercail de la sainte Église, il lui répondit qu'il y persévérait ; mais qu'il lui restait encore une difficulté, qui venait de se former dans son esprit en regardant une image de pierre assez mal façonnée, qui représentait la sainte Vierge: « c'est que je ne saurais, dit-il, montrant cette image qui était vis-à-vis de lui, croire qu'il y ait quelque puissance en cette pierre. » A quoi' M. Vincent repartit: « que l'Église n'enseignait pas qu'il y eût aucune vertu dans ces images matérielles, si ce n'est quand il plaît à Dieu de la leur communiquer, comme il le peut faire, et comme il l'a fait autrefois à la verge de Moïse, qui faisait tant de miracles, ce que les enfants mêmes lui pourraient expliquer. » Sur quoi en ayant appelé un des mieux instruits, et lui ayant demandé ce que nous devions croire touchant les saintes images, l'enfant répondit « qu'il était bon d'en avoir, et de leur rendre l'honneur qui leur est dû, non à cause de la matière dont elles sont faites, mais parce qu'elles nous représentent Notre-Seigneur JéSUS-Christ, sa glorieuse Mère et les autres saints du Paradis, qui, ayant triomphé du monde, nous exhortent par ces figures muettes de les suivre en leur foi et en leurs bonnes œuvres. »
Cette réponse ayant été trouvée bien faite, M. Vincent la répéta et s'en servit pour faire avouer à cet hérétique qu'il n'avait pas eu raison de s'arrêter à cette difficulté, après avoir été instruit de la croyance catholique aussi bien sur cet article que sur les autres. Ne le jugeant donc pas encore assez bien disposé pour faire son abjuration, il le remit à un autre jour. Cette fois, ayant abjuré son hérésie à la face de toute la paroisse, il fit profession publique de la foi catholique, à l'édification de tout le pays, et y persévéra constamment depuis.
Saint Vincent de PaoL
Cfjapitte Quatorzième* — Ayant été fait aumônier royal des galères, il fait un voyage en Provence et un autre en Guyenne, et procure le soulagement corporel et spirituel des pauvres galériens.
NSIEUR le général des galères, voyant avec quelle )^ bénédiction et quel fruit M.Vincent travaillait pour 'é procurer le salut des âmes, voulut lui fournir une F occasion d'étendre sa charité sur les forçats détenus aux galères. A cet effet, il demanda pour lui au roi Louis XIII, de très glorieuse mémoire, la charge d'aumônier royal des galères, et lui en fit expédier le brevet. Ce nouvel ofifice obligea M. Vincent de faire un voyage à Marseille en l'année 1622, pour y visiter les galères et connaître par lui-même les nécessités des pauvres forçats, afin d'y pourvoir et de les soulager autant qu'il lui serait possible.
Étant arrivé en ce lieu, il vit un spectacle le plus pitoyable qu'on puisse imaginer: des criminels doublement misérables, plus chargés du poids insupportable de leurs péchés que de la pesanteur de leurs chaînes, accablés de misères et de peines, qui leur ôtaient le soin et la pensée de leur salut,et les portaient incessamment au blasphème et au désespoir. C'était une vraie image de l'enfer, où l'on n'entendait parler de DiEU que pour le renier et déshonorer, et où la mauvaise disposition de ces misérables enchaînés rendait toutes leurs souffrances inutiles et sans fruit. M. Vincent, touché d'un sentiment de compassion envers ces pauvres forçats, se mit en devoir de les assister le mieux qu'il lui fut possible, et employa tout ce que sa charité lui put suggérer pour adoucir leurs esprits et les rendre par ce moyen susceptibles du bien qu'il désirait procurer à leurs âmes. Il écoutait leurs plaintes avec grande patience, il compatissait à leurs peines, il les embrassait, il baisait leurs chaînes et s'employait autant qu'il pouvait par prières et remontrances envers les comités' et autres officiers, à ce qu'ils fussent traités plus humainement, s'insinuant ainsi dans leurs coeurs pour les gagner plus facilement à DiEU.
C'est ce qu'il écrivit un jour à un des prêtres de sa congrégation, qui par un zèle trop ardent usait de paroles rudes et âpres en ses prédications aux paysans, pour lui montrer que s'il voulait faire quelque fruit parmi ces pauvres gens, il devait agir avec un esprit de douceur, qui est le véritable, esprit de J ésus-Christ\
I. Officiers préposés àlachiourme d'une galère. (Note des éditeurs.)
Le désir d'assister ces pauvres forçats et de procurer qu'ils fussent du nombre de ces pécheurs pénitents qui réjouissent le Ciel, lui fit accepter la charge d'aumônier royal, afin qu'ayant juridiction sur eux et vue sur les autres aumôniers des galères, il eût aussi plus de moyen de réussir dans ce pieux dessein, bien digne de la charité très ardente qui brûlait dans son cœur.
Après avoir demeuré quelque temps à Marseille, il fut obligé de revenir à Paris, où DiEU voulait se servir de lui en d'autres occasions très importantes pour sa gloire; il voulut néanmoins qu'il fît ce voyage pour mieux connaître le misérable état de ces pauvres forçats, afin qu'il procurât quelque adoucissement aux souffrances de leurs corps et quelque remède aux nécessités de leurs âmes, comme il fit depuis par l'établissement des prêtres de sa compagnie à Marseille, où ils ont soin de l'hôpital des galériens et où ils font des missions sur les galères.
De retour à Paris, il se mit en devoir d'aller visiter les criminels condamnés aux galères. Il les trouva dans un état encore plus déplorable que ceux qu'il avait laissés à Marseille ; ils étaient renfermés en des cachots de la Conciergerie et des autres prisons, où ils croupissaient, mangés de vermine, exténués de langueur et de pauvreté, et entièrement négligés pour le corps et pour l'âme.
Les voyant dans une telle misère, il en donna avis à M. le général des galères, et lui remontra que ces pauvres gens lui appartenaient, et qu'en attendant qu'on les menât sur les galères, il était de sa charité d'en faire prendre quelque soin. Il lui proposa en même temps un moyen de les assister, que ce vertueux seigneur approuva bien volontiers. A cet effet, il loua une maison dans le voisinage de l'église Saint-Roch, pour y retirer ces pauvres forçats sous bonne garde; et ayant usé d'une très grande diligence, il fit en sorte que la maison fût en état de les recevoir dès la même année 1622.
Là M. Vincent donna libre carrière à sa charité pour ces pauvres abandonnés: il les visitait fort souvent, les instruisait, les consolait, les disposait à faire de bonnes confessions générales, leur administrait les sacrements; et non content du soin qu'il prenait de leurs âmes, il pourvoyait encore au soulagement de leurs corps, et quelquefois y demeurait pour leur rendre plus de services et leur donner plus de consolations, même en des temps suspects de maladies contagieuses. Quand il était obligé de s'absenter pour d'autres