‹ Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 16 sur 46 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

affaires, il en laissait le soin à deux bons et vertueux ecclésîastiques,dont l'un,M.PortaiI,ayant par les avis de M.Vincent reçu la prêtrise plusieurs années auparavant,s'était inséparablement uni aux volontés de ce sage directeur, et y a persévéré jusqu'à ce que la mort les sépara l'un de l'autre pour les réunir plus parfaitement dans le ciel. L'autre était M. Belin, chapelain de la maison de Gondy à Villepreux. Ils logeaient tous deux dans cet hôpital des forçats, et y célébraient la sainte Messe. M. le général fut grandement consolé de la réussite de cette entreprise ; et lorsque l'année suivante, 1623, on eut fait venir les galères de Marseille à Bordeaux, au sujet de la guerre contre les hérétiques, il consentit bien volontiers que M. Vincent fît un voyage en Guyenne pour aller en cette province rendre à ces pauvres galériens le même service. A Bordeaux, M.Vincent s'associa plusieurs bons religieux de divers Ordres; et s'étant partagés et mis à travailler deux en chaque galère, ils y firent la mission et disposèrent ces pauvres gens à se réconcilier avec Dieu, et à se soumettre à toutes ses volontés, en acceptant leurs peines avec patience, pour la satisfaction de leurs péchés. M.- Vincent y gagna un Turc à Dieu et à l'Église, et rayant mené à Paris, il le présenta à M. le général, qui*en reçut beaucoup de contentement.

CÔapîtte quin^iCmC^ — II pourvoit aux nécessités corporelles et spirituelles des pauvres de la ville de Mâcon, avec un très grand fruit.

MME la charité de M. Vincent allait toujours ,j^ s'allumant de plus en plus dans son cœur, Dieu ^ se plaisait à lui fournir aussi de nouveaux sujets d'étendre et de faire davantage abonder cette divine vertu. Passant par la ville de Mâcon, il la trouva remplie d'un grand nombre de pauvres, qui étaient encore plus dénués des biens de l'âme que de ceux du corps, et qui n'ayant aucun sentiment de leur misère spirituelle et de 1 état déplorable de leur conscience,vivaient dans une triste insensibilité des choses de leur salut, à quoi on ne savait quel remède apporter. Ces pauvres, doublement misérables, ne faisaient autre chose que courir par les rues et par les églises pour demander l'aumône, sans se mettre en devoir de satisfaire aux lois de l'Eglise, et sans se soucier d'enfreindre les commandements de Dieu. Ils n'entendaient presque jamais

la messe; ils ne savaient ce que c'était que de se confesser, ou de recevoir aucun sacrement ; ils passaient leur vie dans une profonde ignorance de Dieu, et se plongeaient en toutes sortes de vices. M. Vincent, voyant une telle misère, en eut une extrême compassion, et quoiqu'il n'eût aucun dessein de s'arrêter en ce lieu-là, il ne put néanmoins passer outre ; mais, à l'exemple du bon Samaritain, considérant tous ces pauvres comme autant de voyageurs qui avaient été dépouillés et dangereusement navrés par les ennemis de leur salut, il résolut de demeurer quelques jours à Mâcon pour essayer de bander leurs plaies et de leur procurer quelque assistance. Et en effet, il y établit un très bon ordre, ayant associé des hommes pour assister les pauvres et des femmes pour avoir soin des malades. Voici ce que le Père Desmoulins, alors supérieur de l'Oratoire de cette ville, en a témoigné par écrit.

« Je n'ai appris de personne l'état de ces pauvres, je l'ai reconnu moi-même; car, lors de l'institution de cette charité, comme il fut ordonné que, tous les premiers jours du mois, tous les pauvres qui recevraient l'aumône se confesseraient, les autres confesseurs et moi trouvions des vieillards âgés de soixante ans et plus, qui nous disaient librement qu'ils ne s'étaient jamais confessés; et lorsqu'on leur parlait de Dieu, de la Très Sainte Trinité, de la Nativité, Passion et Mort de Jésus-Christ, et autres mystères, c'était un langage qu'ils n'entendaient point. Or, par le moyen de cette confrérie, on pourvut à ces désordres; et en peu de temps on mit les pauvres hors de leurs misères de corps et d'esprit. M. Vincent sut si bien ménager les grands et les petits, qu'un chacun se porta volontairement à contribuer à une si bonne œuvre, les uns en argent, les autres en blé ou en d'autres denrées selon leur pouvoir : de sorte que près de trois cents pauvres étaient logés, nourris et entretenus fort raisonnablement. M. Vincent donna la première aumône, et puis il se retira. »

Mais comment se retira- t-ii? Il le faut apprendre de luimême. Voici ce qu'il en écrivit en l'année 1635 à Mademoiselle le Gras, qui était par son avis allée à Beauvais pour quelque œuvre semblable, et qui avait besoin d'un peu d'encouragement;

« Je vous le disais bien, que vous trouveriez de grandes difficultés en l'affaire de Beauvais. Béni soit Dieu, que vous l'ayez heureusement acheminée. Quand j'établis la Charité à Mâcon, chacun se moquait de moi, on me montrait au doigt par les rues, croyant que je n'en pourrais jamais venir à bout ; et quand la chose fut

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