‹ Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 23 sur 46 · CHAPITRE VINGT-DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-DEUXIEME

demoiselle de se dédier particulièrement à ces œuvres de charité, sous la direction de M. Vincent.

C'était mademoiselle Louise de Marillac, veuve de M. le Gras', secrétaire de la reine-mère Marie de Médicis. DiEU lui avait donné les vertus et les dispositions convenables pour réussir dans toutes les saintes œuvres auxquelles il la destinait ; car elle avait un fort bon jugement, une vertu mâle, et une charité universelle, qui lui faisait embrasser avec un zèle infatigable toutes les occasions de secourir le prochain, et particulièrement les pauvres. DiEU l'exerça pendant quelque temps par diverses peines intérieures; elle se trouva aussi en grandes perplexités touchant la résolution qu'elle devait prendre pour se donner à Dieu. Elle avait demeuré plusieurs années sous la direction de M. l'évêque de Belley, et ce fut par son conseil qu'elle résolut enfin de prendre M. Vincent pour directeur. Bien qu'il ne se chargeât pas facilement de la conduite des âmes en particulier, de peur que cet emploi ne lui ôtât du temps, et l'empêchât de s'appliquer à des œuvres plus importantes pour le service de l'Église, M. Vincent crut néanmoins qu'il devait en cette occasion déférer aux avis de ce grand prélat, et rendre cet office de charité à cette vertueuse demoiselle, DiEU en ayant ainsi disposé pour les grands biens que sa providence voulait en tirer. Cette fidèle servante de Jésus-Christ se sentit fortement touchée en ses oraisons, de s'adonner au service des pauvres ; sur quoi ayant demandé l'avis de M. Vincent, il lui fit cette réponse dans une lettre :

« Oui certes, Mademoiselle, je le veux bien : pourquoi non ? Puisque Notre-Seigneur vous a donné ce saint sentiment, communiez demain, et vous préparez à la salutaire revue que vous vous proposez. Et après cela vous commencerez les saints exercices que vous vous êtes ordonnés. »

Admirable conduite de la Providence divine ! Madame la générale des galères étant décédée en l'année 1625, après avoir coopéré avec tant de bénédiction aux premières missions et au premier établissement des missionnaires ; et M. Vincent s'étant alors retiré, comme il a été dit, au collège dçs Bons- Enfants, Dieu voulut que bientôt après mademoiselle le Gras allât demeurer auprès de ce collège, pour coopérer avec un très grand zèle à toutes les entreprises de charité auxquelles

I. Au XVIIe siècle, Mademoiselle était un titre que l'on conservait à toute femme mariée qui n'était pab noble, et à toute femme noble qui n'était pas titrée. (Note des éditeurs.)

ce fidèle serviteur de DiEU s'appliquait. Ayant donc trouvé en elle de si bonnes dispositions, et éprouvé durant quelques années sa vertu, il lui proposa, au commencement de l'an 1629, de se donner particulièrement à Notre-Seigneur pour honorer sa charité envers les pauvres, et pour l'imiter autant qu'elle pourrait dans les fatigues, lassitudes et contradictions qu'il avait souffertes pour leur sujet ; il la convia d'entreprendre, à l'exemple de ce très charitable Seigneur, quelques voyages, et d'aller par les villages voir comment allaient les confréries et assemblées de Charité qu'on y avait établies : ce qu'elle fit par esprit d'obéissance, y étant d'ailleurs portée par son zèle et par l'amour qu'elle avait envers les pauvres. Elle apporta des bénédictions en tous les lieux où elle fit cette visite des confréries de la Charité : relevant celles qui étaient déchues, encourageant les femmes qui les composaient, en faisant augmenter le nombre quand elles étaient trop peu pour en porter les charges, leur donnant divers avis pour s'acquitter dignement de leurs devoirs, les dressant au service des pauvres malades, leur distribuant des chemises et autres linges qu'elle leur portait, avec des drogues pour composer des remèdes.

Elle faisait ordinairement quelque séjouren chaque paroisse, et pendant ce temps-là, outre ce qu'elle procurait pour le bien des confréries de la Charité, elle faisait assembler les jeunes filles en quelque maison particulière sous le bon plaisir de M. le curé, et les catéchisait et instruisait des devoirs de la vie chrétienne. S'il y avait une maîtresse d'école, elle lui enseignait charitablement à bien faire son office ; s'il n'y en avait pas, elle tâchait d'en faire mettre quelqu'une qui fût propre ;et pourla mieux dresser, elle-même commençait à faire l'école et à instruire les petites filles en sa présence.

Elle s'appliqua durant plusieurs années avec grand fruit à ces exercices de charité dans les diocèses de Beauvais, de Paris, de Senlis, de Soissons, de M eaux, de Châlons en Champagne et de Chartres. Elle avait une instruction écrite de la main de M. Vincent, touchant la manière qu'elle devait observer. Elle lui écrivait de temps en temps tout ce qui se passait, et ne faisait rien d'extraordinaire que par ses avis. Elle faisait ces voyages et ces aumônes à ses dépens, et était toujours accompagnée de quelques autres demoiselles de piété, et d'une servante. Après avoir employé la plus grande partie de l'année en ces pénibles et charitables exercices, elle revenait ordinairement passer l'hiver à Paris, où elle continuait de

Page 1