CHAPITRE VINGT-QUATRIEME
service et l'assistance qu'elles rendent aux pauvres malades, elles s'emploient encore, en plusieurs lîeux,à instruire les jeunes filles, et leur apprennent surtout à connaître et servir DiEU, et à s'acquitter des principaux devoirs de la vie chrétienne.
Chapitre tiingt-quattième. — Les exercices des ordinands, pour aider ceux qui désirent recevoir les saints ordres.
'AVERTISSEMENT de saint Paul à l'évêque
saint Timothée, de n'imposer pas facilement les
mains pour conférer le sacrement de l'Ordre, est
^ très important, car l'Église ne reçoit point de plus
grand dommage, comme a dit un saint Père, que
de la part des mauvais prêtres.
C'est là aussi le sujet d'une des plus grandes peines des bons évêques qui désirent s'acquitter dignementde leurcharge: d'un côté, ils voient la nécessité de pourvoir leurs églises de prêtres et autres ministres sacrés; d'autre part, ils se trouvent fort empêchés lorsqu'il est question d'en faire le choix, étant assez possible que, dans le grand nombre de ceux qui se présentent pour fournir à la grande étendue de leurs diocèses, il s'en trouve plusieurs assez mal pourvus des qualités et des vertus requises pour un si saint ministère ; et quelque diligence qu'ils puissent apporter à l'examen de la capacité de ceux qui se présentent, et à la perquisition de leur vie et de leurs mœurs, ils ne peuvent pas connaître tout ce qui en est, et ils y sont souvent trompés.
Messire Augustin Potier, évêque de Beauvaîs, avait bien reconnu ce mal et souvent recherché les moyens d'y remédier. C'est pourquoi, voyant avec quelle abondance DiEU avait communiqué son esprit à M. Vincent pour pourvoir aux nécessités spirituelles et corporelles de son peuple, il jugea qu'il n'aurait pas moins de lumière ni de grâce pour lui aider à réformer son clergé. Comme il avait une grande estime de sa vertu et une confiance particulière en sa charité, il l'appelait souvent à Beauvais, ou bien il le venait visiter à Paris, pour lui déclarer les peines qu'il ressentait sur ce sujet, et pour aviser aux remèdes les plus efficaces. Un jour entre autres, ce bon prélat ayant demandé à M. Vincent ce qu'il pourrait faire, ce sage et expérimenté missionnaire lui répondit que, pour travailler avec espérance de fruit à la réforme de son
clergé, il fallait aller à la source du mal et y appliquer le remède ; et puisqu'on ne pouvait que très difficilement changer les anciens prêtres, il fallait avoir soin d'en former de bons pour l'avenir : ce qui se ferait, premièrement, en prenant résolution de n'en plus admettre aux Ordres qui n'eussent la science requise et les autres marques d'une véritable vocation ; secondement, en travaillant à les rendre capables de leurs obligations, et à leur faire prendre l'esprit ecclésiastique avant d'en pourvoir les paroisses.
M. de Beauvais ayant fort goûté cette pensée, il arriva un jour que, faisant voyage et menant avec lui M. Vincent dans son carrosse, en l'année 1628, ce bon prélat dit qu'il avait pensé quel serait le moyen le plus court et le plus assuré pour bien préparer les aspirants aux saints Ordres, et qu'il lui avait semblé que ce serait de les faire venir chez lui, et de les y retenir quelques jours, pendant lesquels on leur ferait faire des exercices convenables pour les instruire des choses qu'ils devaient savoir et des vertus qu'ils devaient pratiquer. M. Vincent, qui lui avait déjà représenté en général la nécessité de cette préparation, en approuva la manière, et, élevant la voix, lui dit : « O Monseigneur, voilà une pensée qui est de Dieu, voilà un excellent moyen pour remettre petit à petit tout le clergé de votre diocèse en bon ordre. » Sur cela, ce vertueux prélat résolut d'en venir à l'exécution, et, en se séparant de M. Vincent, il lui dit qu'il allait faire préparer toutes choses à cette fin, le priant de penser aux matières propres pour entretenir ceux qui se présenteraient à l'ordination, et de mettre par écrit l'ordre qu'il devait faire observer pendant cette retraite ; il le convia aussi de se rendre à Beauvais quinze ou vingt jours avant le temps de la prochaine ordination, qui se devait faire au mois de septembre suivant. M. Vincent ne manqua pas de faire ce que ce prélat lui avait prescrit, « étant plus assuré, comme il le disait, que DiEU demandait ce service de lui, l'ayant appris de la bouche d'un évêque, que s'il lui avait été révélé par un ange. » Lorsqu'il fut arrivé à Beauvais, M. l'évêque, après l'examen des ordinands : fit lui-même l'ouverture des exercices ; et les entretiens, dont le projet avait été disposé, furent continués jusqu'au jour de l'ordination, par M. Vincent et par MM. Messier et Duchêne, docteurs de la faculté de Paris, à peu près selon l'ordre qu'on a depuis suivi et que l'on suit encore maintenant. M. Vincent expliqua particulièrement le Décalogue aux ordinands : ce qu'il fit d'une manière si nette et tout ensemble si affective et si cffi-
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cace, que ses auditeurs conçurent le désir de lui faire des confessions générales ; M. Duchéne, docteur, qui faisait de son côté une partie de ces entretiens, en fut tellement touché luimême, qu'il voulut aussi faire une confession générale de toute sa vie à M. Vincent.
A quelque temps delà, M. l'évéque de Beauvais, étant venu à Paris et ayant entretenu M. l'archevêque des grands fruits que ces exercices commençaient à produire dans son diocèse, lui en fit voir l'importance et même la nécessité ; de telle sorte que ce bon prélat ordonna, en 163 1, que tous ceux qui seraient admis à recevoir les Ordres dans son diocèse, seraient obligés de se retirer chez les prêtres de la Congrégation de la Mission, dix jours avant chaque ordination, pour être informés par eux des dispositions requises et aidés à les obtenir de Dieu. M.Vincent, obéissant à cette ordonnance, commença dès le carême suivant à recevoir les ordinands au collège des Bons-Enfants, n'ayant pas encore son établissement à Saint- Lazare, et leur fit faire les exercices pendant le temps prescrit par la même ordonnance ; ce qui a toujours été continué depuis ce temps-là jusqu'à maintenant. Cette sainte pratique, de retirer et exercer les ordinands pendant quelques jours, s'est communiquée et répandue, par le zèle de M. Vincent, en plusieurs autres diocèses de France et d'Italie, et même jusque dans Rome, avec un fruit et une bénédiction qui se peut mieux reconnaître par les effets qu'expliquer par des paroles.
Cftapitre tiitigt-Cinquième. — L'usage des retraites spirituelles pour toutes sortes de personnes.
terre est tout en désolation, disait autrefois un '^ prophète, parce qu'il n'y a personne qui se re- '^ cueille intérieurement, et qui s'applique à penser et à méditer dans son cœur.
Les plus grands saints ont souvent parlé contre ce désordre, et ont exhorté les fidèles à rentrer en eux-mêmes par l'exercice de la méditation. Dans ces derniers temps, saint Charles Borromée, saint Ignace, le bienheureux François de Sales, et plusieurs autres saints personnages, ont mis en usage les exercices spirituels, pour porter les âmes à la pratique de cette récollection si nécessaire. Mais, quoique cela ait produit de très grands fruits, il s'est trouvé néanmoins que, faute de lieux propres et d'aiitres commodités extérieures pour faire ces
exercices, il y avait peu de personnes, particulièrement entre les laïques, qui en pussent profiter. Cette considération fit résoudre M. Vincent de tenir la porte de sa maison, et encore plus celle de son cœur, ouverte pour recevoir tous ceux qui auraient cette dévotion, et même de convier les personnes qui en auraient besoin, de venir passer quelques jours dans les exercices d'une sainte retraite.
Depuis qu'il eut commencé cet office de charité au collège des Bons-Enfants, il l'a toujours continué en toutes les maisons de la Mission, et particulièrement en celles de Paris et de Roine, où les prêtres de sa Congrégation (qui pratiquent euxmêmes ces exercices de retraite tous les ans, à l'exemple de leur père et instituteur,) reçoivent avec une charité cordiale les personnes du dehors qui s'y présentent, de quelque condition qu'elles soient, riches et pauvres, ecclésiastiques et laïques, docteurs et ignorants, nobles et artisans, maîtres et serviteurs : et, en leur faisant part de leur table, ils leur rendent toute sorte de services pour le bien de leurs âmes, soit en les aidant à faire de bonnes confessions générales pour se convertir parfaitement à Dieu, soit en leur donnant lumière et conseil pour se dresser un règlement de vie selon leur condition, ou même pour faire le choix d'un état. L'on a vu plusieurs fois en la maison de Saint- Lazare, dans un même réfectoire, des seigneurs portant le cordon bleu, des gens de palais, des artisans, des ermites et des laquais, qui faisaient en rnême temps leur retraite avec plusieurs autres personnes ecclésiastiques. Et sur cela, M. Vincent disait quelquefois, avec cette douce gaieté dont il savait user en temps et lieu, que la maison de Saint- Lazare était comme l'arche de Noé, où toute sorte d'animaux, grands et petits, étaient reçus et logés : de quoi M. Vincent avait des sentiments très particuliers de reconnaissance envers DiEU, se tenant grandement obligé à sa bonté de ce qu'il daignait se servir de lui et des siens, pour opérer les effets de sa miséricorde et de sa grâce dans ces retraites. C'est pour cette considération qu'il a toujours conservé dans sa compagnie cette pratique des retraites, qu'il appelait un don du ciel, quoiqu'elle lui fût grandement à charge et que cela obligeât de faire une dépense, fort notable, nourrissant gratuitement la plupart de ce grand nombre d'exercitants, qui passent tous les ans par Saint-Lazare et par les autres maisons de la Mission, sans qu'il y ait aucune fondation ni revenu destiné pour les défrayer. Mais ce grand serviteur de DiEU n'avait aucun égard à la dépense, quand il
était question de procurer le salut des âmes, qui avaient coûté si cher à JéSUS-Christ.
Et comme s'il n'eût pas encore été pleinement satisfait de ce que les hommes de toutes les conditions trouvaient, dans les maisons de sa compagnie, des aides pour leur sanctification et pour leur salut, sa charité a procuré aussi que les femmes et les filles trouvassent un semblable secours pour le bien spirituel de leurs âmes, dans la maison des Filles de la Charité, où mademoiselle le Gras les recevait à bras ouverts, avec un cœur qui n'était jamais las de bien faire.
Voici l'extrait d'une lettre que M. Vincent lui écrivit un jour sur ce sujet :
« Madame la présidente Goussault et mademoiselle I^my s*en vont faire chez vous leur petite retraite. Je vous prie de les servir en cela, de leur donner le partage du temps que je vous ai mis en main, de leur marquer les sujets de leurs oraisons, d'écouter le rapport qu'elles vous feront de leurs bonnes pensées en présence l'une de l'autre, et de faire faire lecture de table pendant leur repas ; au sortir duquel elles se pourront divertir d'une manière gaie et modeste, en des choses qui leur seront arrivées pendant leur solitude ou qu'elles auront lues des histoires saintes. Et s'il fait beau après le dîner, elles se pourront promener un peu ; hors ces deux temps, elles observeront le silence. Il sera bon qu'elles écrivent les principaux sentiments qu'elles auront eus en l'oraison, et qu'elles disposent leur confession générale pour mercredi. La lecture spirituelle ])Ourra être de \ Imitation de Jésus-Christ^ en s'arrêtant un peu sur chaque période ; comme aussi quelque chose de Grenade, se rapportant au sujet de leur méditation. Elles pourront encore lire quelques chapitres des Évangiles. Mais il sera bon que, le jour de leur confession générale, vous leur donniez l'oraison du Mémorial de Grenade, qui est pour exciter à la contrition. Au reste, vous veillerez à ce qu'elles ne se pressent pas trop âprement en ces exercices. Je prie Notre-Seigneur qu'il vous donne son Esprit pour cela. »
Une autre dame ayant fait sa retraite en la même maison des Filles de la Charité, et, sur la fin, ayant donné à mademoiselle le Gras ce qu'elle avait mis par écrit de ses bons sentiments et résolutions pour les envoyer à M. Vincent, ce sage et expérimenté directeur, les ayant lus, lui écrivit en ces termes :
« Je vous envoie les résolutions de madame N., qui sont bonnes ; mais elles me sembleraient encore meilleures, si elles descendaient un peu au particulier. Il sera bon d'exercer à cela celles qui feront les
exercices de la retraite chez vous ; le reste n'est que production de l'esprit, lequel, ayant trouvé quelque facilité, et même quelque douceur, en la considération d'une vertu, se flatte en la pensée d'être bien vertueux ; néanmoins, pour le devenir solidement, il est expédient de faire de bonnes résolutions de pratique sur les actes particuliers des vertus, et d'être après fidèle à les accomplir. Sans cela, on ne l'est souvent que par imagination. »
Cbapitte t)ingt:^Si)CièmC. — Les conférences spirituelles pour les ecclésiastiques.
E tout temps les conférences spirituelles ont été en ^ usage dans l'Église ; les anciens Pères du désert >^ s'en servaient comme d'un excellent moyen pour ^ s'cntr'aider dans la voie étroite de la perfection évangélique, et nous avons encore des volumes entiers remplis des matières qu'ils traitaient dans leurs saintes assemblées.
Or, comme M. Vincent reconnaissait l'excellence et l'utilité de ce moyen par sa propre expérience et par celle de sa compagnie, il embrassa volontiers l'occasion que DiEU lui présenta d'établir ces mêmes conférences spirituelles parmi les personnes ecclésiastiques.
Quelques vertueux ecclésiastiques, ayant passé par les exercices préparatoires de l'ordination, et ayant conçu une grande volonté de mener une vie digne du caractère sacré qu'ils avaient reçu, s'adressèrent à M. Vincent, le priant de les vouloir assister de ses bons avis pour leur conduite, et de leur déclarer de quelle façon ils se devaient comporter pour correspondre fidèlement aux grâces qu'ils avaient reçues en l'ordination. M.Vincent, qui avait un zèle très ardent pour le bien spirituel des personnes ecclésiastiques, leur proposa, entre plusieurs autres moyens, de s'assembler une fois la semaine pour conférer ensemble des choses qui regardaient leur état, corn me des vertus ecclésiastiques, des fonctions propres de leur ministère et autres semblables matières, dont ils pourraient tirer une grande utUité pour le bien de leurs âmes ; outre que ces mêmes conférences serviraient à faire entre eux quelque union particulière, au service de jÉSUS-CllRlST et de son Eglise, pour s'entr'aider les uns les autres, s'encourager dans leurs travaux et se perfectionner dans leurs emplois.
Cette proposition fut reçue par eux comme un avis qui leur
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